
Les valeurs individuelles et communautaires,
la reconnaissance du bien et du mal, la légitimité,
la démocratie… Ces sujets ne sont plus la chasse
gardée des profs de philo ou de théologie :
ils trouvent désormais leur chemin jusque dans les cours
de science. En effet, les cellules souches, le clonage et le contrôle
de la reproduction, pour ne donner que quelques exemples, soulèvent
d’importantes questions éthiques auxquelles il faut
sensibiliser les étudiants. |
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| « On
ne peut plus enseigner la science comme avant,
affirme Yvon Fortin, professeur de sciences physiques au collège
François-Xavier-Garneau. Il faut inciter les élèves
à se poser des questions qui vont au-delà de la stricte
matière. Par exemple, jusqu’où peut-on, ou doit-on,
pousser la recherche? Qu’est-ce qui devrait être permis
ou interdit au nom de l’acquisition de nouvelles connaissances? » |
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| Selon M. Fortin, plus
les élèves sont confrontés tôt aux questions
éthiques, plus ils y seront sensibles lorsque viendra le
moment de prendre des décisions de nature morale. « Une
fois que le jeune sera rendu dans un laboratoire, il ne sera plus
temps de l’amener à s’interroger : il faut
le faire bien avant. Régulièrement, dans mon cours,
je prends un peu de temps pour parler des questions éthiques.
Je n’apporte pas de réponses, mais j’invite les
jeunes à réfléchir. » |
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Info
ADN
Au chapitre des questions éthiques auxquels
les étudiants du cégep et de l’université
devraient être sensibilisés, les banques d’information
génétique figurent en tête de liste. En effet,
les jeunes adultes constituent une clientèle de choix pour
les compagnies pharmaceutiques qui réalisent des études
cliniques : en quelques jours, ces « cobayes »,
volontaires pour tester un nouveau médicament peuvent parfois
encaisser plusieurs milliers de dollars.
Or, certains tests réalisés lors
de ces séjours en clinique visent spécifiquement
le prélèvement de cellules et de tissus pour l’analyse
des données génétiques. En d’autres
mots, on analyse l’ADN des sujets afin de pouvoir en déchiffrer
le code. En terme d’information sur un individu, on ne peut
avoir plus personnel!

Mais qu’advient-il au juste de toutes
ces données génétiques une fois qu’on
a quitté la clinique? Sont-elles stockées quelque
part? Peuvent-elles être utilisées par un employeur
ou une compagnie d’assurances pour déterminer si
une personne est sujette à développer certaines
maladies? C’est exactement à ces questions que répond
le nouveau fascicule pédagogique intitulé Les
Banques d’Information
Génétique, c’est BIG,
préparé par la Commission de l’éthique
de la science et de la technologie (CEST). Un document d’une
trentaine de pages spécialement conçu pour les étudiants
du cégep et de l’université.
L’ABC des BIG
D’emblée, le document insiste
sur les bons côtés des banques de données
génétiques. On précise qu’elles permettent
de chercher l’origine de maladies complexes, d’identifier
des gènes de protection contre des maladies courantes,
d’orienter la recherche vers de nouveaux traitements et
de mieux répartir les ressources en soin de santé
sur un territoire donné. En fait, selon la CEST, contribuer
à une BIG peut être une façon originale d’aider
au combat contre certaines maladies génétiques comme
le cancer du sein, l’asthme ou la schizophrénie.
Mais il faut garder les yeux ouverts. Le document
invite donc les jeunes à se demander quels autres usages
pourraient être faits de l’information confidentielle
que contiennent ces banques de données. On rappelle notamment
qu’aucun système informatique n’est à
l’abri du piratage. Si elles tombaient entre les mauvaises
mains, les données pourraient entraîner la discrimination
de certaines personnes en matière d’emploi, d’assurances
ou d’emprunt hypothécaire…
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| « Le
document soulève plusieurs questions d’ordre moral,
souligne Isabelle Montpetit, journaliste à Radio-Canada et
présidente du Comité interne sur l’information,
la sensibilisation et l’éducation de la population
à la CEST. On invite l’étudiant à
se poser des questions sur la légitimité des banques
de données génétiques. Quelles sont leurs finalités?
Leur pertinence? On aborde des questions liées à la
transparence, à la discrimination, à la légitimité,
à la propriété et à la démocratie. » |
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Pour alléger
un sujet qui pourrait, de prime abord, sembler costaud, l’auteur
Luc Dupont place le lecteur dans les différents rôles
qu’il sera susceptible de jouer tout au long de sa vie :
celui d’un parent, d’un patient, d’un volontaire
de recherche, d’un acheteur d’assurances, d’un
travailleur, d’un emprunteur, d’un chercheur-entrepreneur
ou d’un simple citoyen. À chaque étape, l’étudiant
est appelé à se poser des questions.
Déjà,
le fascicule Les Banques d’Information
Génétique, c’est BIG,
a été offert à tous les professeurs de philosophie
travaillant dans les cégeps. « Nous avons
contacté les institutions et, jusqu’à maintenant,
la réponse est très positive, affirme Michèle
Jean, membre de la CEST et présidente du Comité
international de bioéthique de l’UNESCO. Nous
espérons que les professeurs qui utiliseront le guide passeront
le mot, et notamment à leurs collègues de sciences.
Les profs ne sont pas tenus de respecter la structure du guide
comme telle, mais je pense qu’ils peuvent y trouver plusieurs
idées pour organiser des activités et des jeux de
rôles. »
Selon Yvon Fortin, les enseignants n’ont
aucune raison d’avoir peur d’aborder les questions
éthiques dans leurs cours de science. « Il ne
faut pas un bac en philosophie pour parler d’éthique.
Il suffit d’être curieux, de se poser des questions
sur notre place dans l’Univers, sur nos droits et nos devoirs.
Les réponses, on les découvre ensuite avec les élèves. »
Dominique Forget
Collaboration spéciale
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| Quelques
clics pour en savoir plus
Les professeurs et membres du public intéressés
par les banques de données génétiques peuvent
obtenir une foule de renseignements en ligne. Le document Les
Banques d’Information
Génétique, c’est BIG
peut être téléchargé à l’adresse
suivante :
www.ethique.gouv.qc.ca/big
Il peut aussi être commandé auprès
de la Commission,
au (418) 528-0965
Le site de la CEST contient aussi des renseignements
complémentaires et des liens vers des sites pertinents
en matière d’information génétique.
www.ethique.gouv.qc.ca |
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