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La lenteur avec laquelle ils traînent leur
petit corps gluant fait cligner bien des yeux à la bibliothèque
Saint-Gabriel de Sainte-Thérèse. Trônant sur l’étagère
de l’entrée où on leur a aménagé un
terrarium, les escargots partagent les tablettes avec quelques bouquins
sur les gastéropodes. En silence, ils participent à la tranquille
révolution du savoir proposée par la bibliothèque.
« Les escargots sont là pour susciter des interrogations,
et les livres sont là pour y répondre! »
Bibliothécaire et spécialiste
en moyens et techniques d’enseignement à la Commission scolaire
de la Seigneurie des Mille-Îles, Denise Fortin fait tout ce qu’elle
peut pour que des questions surgissent de la bouche des jeunes visiteurs
du premier cycle du secondaire. Avant les mollusques, ce sont des orchidées
et des mimosas qui ont servi de sentinelles à la science qui grouille
sur les rayons. Et ça marche. « Le mouvement des
mimosas au moindre contact est un beau prétexte pour aborder la
biologie des fleurs », signale-t-elle.
Un rien – ou presque – peut transformer la bibliothèque
en un lieu formidable d’enseignement et d’animation de la
science. Il suffit simplement – ou presque – de s’en
donner la peine!
Un autre visage de la science
Pour Denise Fortin, les bibliothèques ne sont
ni plus ni moins qu’une autre façon de partager le savoir
scientifique. S’inspirant d’ouvrages de toutes sortes pour
mettre sur pied des activités d’animation, elle n’hésite
pas à s’attaquer aux matières les plus ardues. Un
recueil d’énigmes mathématiques qu’elle a déniché,
par exemple, initie les élèves par le jeu au processus mathématique
de résolution de problèmes.

La bibliothécaire a aussi fait découvrir l’entomologie
aux jeunes de l’école Jean-Jacques-Rousseau : il y a
deux ans, la bibliothèque s’est en effet transformée
en une exposition d’insectes haute en couleurs, érigée
en collaboration avec l’Insectarium de Montréal. Des livres
et des jeux ont servi à alimenter l’événement
qui s’est étiré sur un mois. « Tous
les élèves sont venus visiter l’exposition! »
Des jeunes d’autres écoles de la région et des membres
de la population ont même fait le détour pour l’occasion.
« Il pouvait parfois y avoir jusqu’à 200 personnes
dans le petit espace aménagé. Mais les seuls qui n’étaient
pas au rendez-vous étaient les enseignants », confie
Denise Fortin avec regret. Une situation d’autant plus dommage,
selon elle, que les bibliothèques
peuvent apporter un sérieux coup de pouce aux professeurs qui font
la difficile traversée de la réforme de l’enseignement.
Par des mises en scène interactives, des jeux, des expositions
ou de simples histoires, ces lieux en apparence dormants n’attendent
que la motivation des enseignants et des bibliothécaires pour aborder
la science sous d’autres angles que celui des cours traditionnels.
« Un des rôles des bibliothèques
est de faire sortir les élèves de leur classe et de déranger
les profs de science! » Denise Fortin invite d’ailleurs
tous les enseignants à s’associer aux bibliothèques
pour mettre en œuvre des manières innovantes pour parler de
science et mieux répondre aux objectifs de la réforme, basée
notamment sur l’intégration des savoirs.
Pour les petits et les grands
La
ville de Brossard offre une autre preuve du dynamisme scientifique que
renferment les bibliothèques. L’automne dernier, la bibliothèque
de cette municipalité a organisé un safari…sous-marin!
La séance, destinée aux jeunes de 6 ans et plus, portait
sur l’étrange univers sous-marin et était animée
par les Ateliers de la folle école. « Chaque
année, la bibliothèque organise deux sessions d’animation
sur la science », indique Rosette d’Aragon, technicienne
en documentation pour les services aux jeunes. Des groupes d’animation
tels que G.U.E.P.E. ou Muséobus viennent entretenir
les jeunes d’astronomie, de chimie ou encore de météorologie. |
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| Même
les poupons de quelques mois ont droit à leur séance de
vulgarisation. Toutes les semaines, l’activité intitulée
« L’heure du conte » propose aux tout-petits
une histoire qui met en scène les couleurs, les chiffres, le corps
humain ou des notions d’espace. « C’est une
façon d’éveiller les petits à la science,
dit Rosette d’Aragon. Et chacune de nos activités est
une occasion de mettre en valeur nos livres à saveur scientifique. » |
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| Marie Goyette abonde dans le
même sens. En 2002, la directrice de la bibliothèque Gabrielle-Roy,
à Québec, et son équipe ont organisé un mois
d’activités sur les quatre éléments que sont
l’eau, la terre, l’air et le feu. La France et le Biodôme
de Montréal ont collaboré à la tenue de l’événement
qui comprenait notamment des conférences, des films et des expositions.
L’expérience fait maintenant croire à Marie Goyette
que vulgariser la science entre les murs des bibliothèques permet
de lever le voile sur un visage méconnu de ces lieux. « L’événement
a attiré une clientèle qui n’avait jamais mis les pieds
chez nous et nous a permis de travailler avec des auteurs et des éditeurs
que nous ne connaissions pas, souligne celle qui est également
directrice de l’animation culturelle. Une partie importante et
parfois mal connue de notre fonds documentaire a aussi pu être valorisée. » |
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| La
science dans les bibliothèques…
et les municipalités
Marie Goyette, qui dirige la
bibliothèque Gabrielle-Roy à Québec, songe à
mettre sur pied un comité responsable de la culture scientifique
et technique. Le groupe établirait des objectifs à atteindre
en la matière. « Le défi est d’intégrer
la science dans nos habitudes et nos activités. »
Selon elle, la vie culturelle des bibliothèques publiques est étroitement
liée aux politiques culturelles établies par les municipalités.
« Il faut d’abord que les villes soient convaincues
de l’importance de la culture scientifique et technique et qu’elles
sachent que les bibliothèques sont des outils pour la promouvoir. » |
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| Bibliothèque
Saint-Laurent
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| « Les
fusions municipales ont amené la création de diverses équipes
de services pour l’ensemble du territoire, note Florian Dubois,
directeur de la bibliothèque de Saint-Laurent. Pourquoi ne pas
former une équipe volante responsable de l’animation scientifique
dans les bibliothèques? Moi, j’achèterais. » |
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La science sur les étagères
Ce sont là quelques exemples parmi tant d’autres
de la vie scientifique qui trépigne dans les bibliothèques,
qu’elles soient publiques ou scolaires. Mais une vie de cette nature,
on s’en doute, repose en partie sur la science qui se trouve sur
les étagères. Or, il faut savoir que les ouvrages scientifiques
sont très convoités par les usagers. Il y a quelques années,
les gestionnaires de la bibliothèque Gabrielle-Roy ont même
réalisé que la demande pour les publications en sciences
pures était plus grande que l’offre de l’établissement.
De façon générale, les thématiques
les plus en demande sont l’astronomie, les sciences de la vie, les
sciences de la Terre, la botanique et la zoologie. « Les
publications francophones n’étant parfois pas assez nombreuses,
nous devons quelquefois puiser du côté anglophone. Nous compensons
aussi par l’achat de périodiques, de cédéroms
et de documents multimédias. » Marie Goyette indique
par ailleurs que les publications qui traitent de science sous les angles
philosophique, historique ou éthique sont de plus en plus en demande.
Bibliothèque
Saint-Laurent
Des objectifs en matière de clientèle
à desservir, de catégories de livres et de disciplines à
représenter orientent le montage et l’entretien de collections
de la bibliothèque Gabrielle-Roy. À ce chapitre, il faut
savoir qu’aucune directive n’oblige les bibliothèques
publiques à atteindre un nombre précis d’ouvrages
à caractère scientifique. « Ce n’est
pas le rôle de l’État de déterminer les besoins
locaux des établissements, et ce serait plutôt mal vu de
le faire, confirme Jacques Morrier, responsable des bibliothèques
publiques au ministère de la Culture et des Communications du Québec.
Chaque bibliothèque doit déterminer sa politique et
construire sa collection en fonction des clientèles, dans les sciences
comme dans les autres matières. » |
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| À
chaque bibliothèque publique, donc, de décider ce qu’elle
met sur ses rayons. Mais que se passe-t-il lorsque les moyens sont limités?
C’est le cas de certaines bibliothèques publiques, mais c’est
particulièrement vrai pour les bibliothèques scolaires. Le
développement de leur collection est chapeauté par des lignes
directrices générales émises par l’Association
canadienne des bibliothèques scolaires ou par l’Unesco. Ces
directives, toutefois, sont des principes de développement et, à
l’instar des bibliothèques publiques, c’est à
chaque école de constituer ses propres collections. |
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L’état
de ces bibliothèques, toutefois, fait peine à voir. La Coalition
en faveur des bibliothèques scolaires au Québec lançait
cet automne un cri d’alarme : seulement trois dollars et quelques
poussières sont versés par élève pour acquérir
des livres. Un rapport sur la situation des bibliothèques scolaires
québécoises réalisé en décembre 2001
par le ministère de l’Éducation fait également
ressortir que sur une quinzaine de bibliothèques visitées
au Québec, 80 % sont jugées « moins que
satisfaisantes » à l’égard de la valeur
actuelle de leurs ouvrages de référence. « Quand
on sait que la science évolue à un rythme effarant, on devine
que la majorité des ouvrages scientifiques serait à éliminer »,
lance Jocelyne Dion, présidente de la coalition. Elle souligne
cependant que les périodiques, qui témoignent des découvertes
récentes, constituent un bon moyen de rattrapage. « Mais
encore là, ce ne sont pas toutes les bibliothèques qui ont
les moyens de s’y abonner… »
L'heure
du conte à la bibliothèque de Nominingue
Une question de priorité
Est-ce à dire que sans ouvrage décent,
il n’y a point de salut pour la science dans les bibliothèques?
« L’état des collections est important, mais
je crois que la perception des choses l’est encore plus »,
lance Florian Dubois, directeur de la bibliothèque de Saint-Laurent.
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| « Avant,
ma vision de la bibliothèque était uniquement littéraire,
mais ma perception a changé. Les programmes de la SPST comme les
Innovateurs ou La science se livre à Communication-Jeunesse
ont notamment suscité mon intérêt pour la chose scientifique
et m’inspirent à plusieurs égards, explique-t-il.
Il existe maintenant d’extraordinaires trousses d’animation
scientifique et nous organisons plusieurs activités de groupe qui
attirent beaucoup de jeunes du primaire. Notre personnel est davantage
préoccupé par la science et nous faisons en sorte qu’elle
soit partie intégrante de nos activités. »
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« L’animation,
c’est ce qui permet de garder une bibliothèque vivante! »
renchérit Vesna Dell’Olio, bibliothécaire à
la bibliothèque du Plateau-Mont-Royal. Même si les budgets
accordés aux bibliothèques publiques ont fondu au cours
de la dernière décennie, Mme Dell’Olio pense qu’il
est toujours possible de mettre la science au menu des activités.
Même son de cloche de la part de l’océanographe Serge
Lepage, conseiller scientifique à la Biosphère de Montréal,
qui visite quelque 500 jeunes par année à titre d’« Innovateur ».
Pour lui, l’accumulation d’initiatives peut faire la différence.
« Ce n’est pas juste une question de moyens. L’idée
que les sciences sont difficiles à aborder circule encore largement,
et les bibliothèques ne sont pas l’exception. Mais avec un
peu d’imagination, on peut anéantir des préjugés. »
Serge Lepage reconnaît que les ouvrages scientifiques
à la fine pointe des découvertes et illustrés de
magnifiques images sont des outils extraordinaires pour aborder des sujets
tels que les mathématiques ou la physique. Mais, bien souvent,
c’est armé de matériel tel que du sel, de la glace,
des colorants alimentaires et d’une bouilloire que le scientifique
démystifie les propriétés de l’eau face aux
jeunes assis sur les planchers des bibliothèques…

Sophie Payeur
Collaboration spéciale
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