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Grives, bécasseaux et autres hirondelles ont
un succès fou dans les cours d’école. Un beau prétexte
pour parler d’écologie, faire des mathématiques, et
éveiller la curiosité des jeunes aux sciences de la nature…
et aux sciences tout court.
La cour aux oiseaux
« J’ai trouvé un épervier
ou un faucon! » s’exclame le jeune Samuel dans la cour
de l’école alternative Yves-Prévost de Beauport. Il
n’en fallait pas plus pour que Lucie Côté, son enseignante
au 3e cycle, décide de lancer toute la classe dans une grande enquête
ornithologique.
L’oiseau est mort, il s’est cassé
le cou en percutant une fenêtre. Certains l’auraient mis à
la poubelle, mais Lucie le présente plutôt en classe et réfléchit,
avec ses élèves, aux caractéristiques qui permettraient
de l’identifier. Ses couleurs, sa forme, sa taille sont scrupuleusement
notées. Son bec est un peu tordu, mais est-ce vraiment un rapace?
Tout le monde y va de sa petite hypothèse… L’opinion
d’un spécialiste s’impose!
Le
hasard fait bien les choses : le propre frère de l’enseignante,
Marc Côté, est agent de conservation de la faune. Quand il
se présente le lendemain, comme il le fait souvent dans les écoles
de la région, son verdict est surprenant : l’oiseau
est en fait une gélinotte. M. Côté propose alors de
procéder à une dissection pour présenter aux enfants
l’anatomie de l’animal. Il nomme les structures internes et
en explique les fonctions : les os poreux qui allègent le
squelette, le gravier dans le gésier pour moudre la nourriture,
les positions des griffes sur les pattes pour s’agripper... Il parle
aussi du chant, émis par un organe spécial – le syrinx
–, et a même pensé à apporter des enregistrements,
permettant aux élèves de s’essayer à différencier
les espèces à l’oreille.

Duvet
Les jeunes, ravis, en redemandent. Lors d’une
autre visite du spécialiste, la question du vol est abordée.
Comment expliquer qu’un oiseau soit capable de voler, mais pas un
chat? C’est avec une expérience toute simple que M. Côté
amène les enfants à trouver la réponse : il
lance en l’air une boule et un avion en papier. Une conclusion est
tirée : la légèreté n’est pas primordiale
pour voler, mais l’effet de portance, créé par les
ailes, l’est beaucoup plus. Parlant de vol, Marc Côté
présente aussi des plumes de diverses espèces, soulignant
les différences entre les rémiges (longues plumes des ailes)
de rapaces et celles d’oiseaux plus « acrobatiques ».
Nouvelle découverte : la forme des ailes revêt aussi
une importance dans le vol, car certaines permettent un vol plané,
les autres des mouvements rapides.
Mais les plumes servent-elles seulement à voler?
Le duvet, à titre d’isolant, est observé et comparé
aux autres plumes. Maintenant bien outillés, les enfants sont prêts
à présenter leurs connaissances biologiques. Leurs recherches
et leurs conclusions seront, cette fois, présentées à
toute l’école sur des affiches.
Nourrir les oiseaux :
alimenter sa curiosité
Si la complicité d’un spécialiste
est toujours la bienvenue, certains enseignants choisissent de voler de
leur propres ailes. Ainsi, chaque année, les élèves
de 5e année de l’école du Ruisseau à Lévis
confectionnent leur propre mangeoire. L’intérêt des
enfants est indéniable : tous participent activement, parfois
même avec leurs parents, et inscrivent l’ornithologie à
leur menu quotidien pendant une bonne partie de l’année scolaire.

Construction d'une mangeoire à
l'École du Ruisseau
Le mode d’emploi? Le projet s’amorce dès
la rentrée par l’analyse des types de becs. Les élèves
découvrent alors les liens entre l’alimentation et l’anatomie
des animaux : becs plus trapus pour les granivores, recourbés
pour les prédateurs comme les rapaces. Suit l’étape
de la construction de la mangeoire. À partir d’un schéma
général, les élèves dessinent leur propre
plan, prévoient les différentes pièces à découper,
transposent les formes sur un contreplaqué, montent et peignent
leurs œuvres. « Ces mangeoires pourraient être
vendues dans des centres-jardin! » affirme l’enseignante
Sonia Turcotte, toujours surprise de l’application de ses élèves.
Autre incontournable : la question de l’endroit idéal
pour installer sa mangeoire afin d’éviter la prédation,
qui permet d’introduire de manière très pratique plusieurs
notions d’écologie.
Les élèves repartent alors chez eux avec
leur création. L’observation et le « casse-tête »
de l’identification des espèces peuvent débuter au
mois de novembre. Pour aider à reconnaître les oiseaux, chaque
enfant reçoit un exemplaire du magazine Québec Oiseaux,
où une cinquantaine d’espèces sont décrites
et illustrées. On discute, on cherche, on compare ses observations…
Chacun fait des recherches et des présentations sur un oiseau de
son choix. C’est le moment propice pour aborder des sujets comme
l’origine et l’évolution de ces animaux.

Cap
Tourmente
Le projet culmine, en février, par une sortie
au cap Tourmente. Le sentier, entretenu l’hiver, traverse plusieurs
habitats : des champs, une érablière, une forêt
mixte et une cabane chauffée – idéale pour les pique-niques!
Le lieu est propice pour l’observation d’une quarantaine d’espèces
d’oiseaux, dont plusieurs n’ont jamais été vus
en ville. Avant l’expédition, pour bien préparer ses
élèves, Sonia Turcotte leur présente une vidéo
expliquant comment reconnaître et localiser un oiseau sans le voir,
seulement par son chant.
« J’aimerais pouvoir construire
des couvoirs avec les élèves, ce qui nous permettrait d’aborder
la reproduction et la croissance de ces ovipares… Malheureusement,
c’est exclu pour le moment, le projet actuel étant déjà
relativement long » explique l’enseignante. Preuve
que quand on attrape la piqûre pour la gent ailée et que
l’on peut tirer profit des bonnes ressources, on risque d’arriver
plus rapidement à cours de temps qu’à cours d’idées…
François D’Allaire
Collaboration spéciale
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