« Et pourtant, elle tourne! »

Si Galilée parlait de la planète Terre lorsqu’il a prononcé ces mots en 1633, la célèbre phrase s’applique tout autant au projet mené cet automne par deux classes de l’école Élan, à Montréal. Une expérimentation astronomique? Que nenni. Dans le cadre du programme des bourses de L’Île du savoir(1) , les petits de la classe de préscolaire de Véronique Chaloux et les élèves de cinquième et sixième année de Marie-Pascale Lévesque ont mené ensemble un projet … sur les toupies!



Jean-Baptiste Siméon Chardin. Garçon à la toupie, 1738
Ci-dessous, Takeo et sa toupie Beyblade, 2004

Élan étant une école alternative, ses enseignants construisent souvent des activités pédagogiques en fonction des intérêts des jeunes. Les élèves de maternelle de Mme Chaloux, probablement influencés par la vague des Beyblade (les toupies vedettes d’un dessin animé) manifestaient le désir d’en savoir davantage sur les toupies. Comment font-elles pour tourner? Pourquoi arrêtent-elles? Qui les a inventées?

Véronique Chaloux part donc en quête de réponses à fournir à ses élèves, mais, à sa grande surprise, elle en trouve peu : « Dans les encyclopédies datant d’après 1960, les toupies ne sont presque jamais mentionnées, comme si elles n’existaient pas… » L’enseignante soumet alors, avec une collègue, un projet au programme des bourses de L’Île du savoir.

D’abord avec le professeur Pierre Nonnon, du laboratoire de robotique pédagogique de l’Université de Montréal, puis avec André Blondin, responsable du programme des bourses de L’Île du savoir, Véronique Chaloux et sa collègue suivent des ateliers de perfectionnement concernant autant les toupies que les bases de la démarche scientifique au sens large. En tout, cinq journées de stage et de rencontres sont nécessaires pour mettre au point le projet.


Tourner et avancer

À la rentrée 2003, maintenant bien outillées, Véronique Chaloux et Marie-Pascale Lévesque présentent à leurs classes un projet qui doit se dérouler en trois temps. La première étape consiste simplement pour les élèves à faire fonctionner leurs toupies et à noter leurs observations.

 
Dans la deuxième phase du projet, un élément nouveau est introduit : que se passe-t-il si les enfants font tournoyer leurs toupies sur des surfaces différentes? Les enseignantes leur font expérimenter différents matériaux : du verre, du métal, du tissu, l’asphalte du trottoir… Quelle est la surface qui permet à la toupie de tourner le plus longtemps? Pourquoi? « Sans vraiment s’en rendre compte, explique Marie-Pascale Lévesque, les petits ont assimilé des notions complexes de physique, comme la friction ou l’axe de rotation. Ils ont donc pu faire des découvertes scientifiques dans un cadre agréable. C’était fascinant de les voir découvrir un objet familier sous un nouveau jour. »
 

Quant à la troisième phase du projet, elle alliait bricolage et science physique : « Nous avons mis à la disposition des élèves une grande quantité de matériel, dont des boules de polystyrène, des cure-dents, de la pâte à modeler et des assiettes. Puis, nous les avons laissés libres de construire leur propre engin, explique Marie-Pascale Lévesque. Ils devaient ensuite évaluer la qualité de rotation et l’équilibre de celui-ci, et expliquer pourquoi il tournait plus ou moins rondement. C’était très formateur parce que ça a permis aux enfants de faire une synthèse des apprentissages. »

Si les jeunes se sont beaucoup instruits au cours de cette activité, il en a été de même pour leurs enseignantes. « Nous nous sommes entre autres rendu compte que la toupie est un jouet universel et qu’elle fait partie de l’imaginaire ludique des enfants partout dans le monde et depuis toujours », précise Véronique Chaloux.


L’activité est maintenant terminée. Pourtant, les enfants de la classe de Mme Chaloux ont conservé quelque chose de particulier de leur expérience : « Ils cherchent constamment à faire tourner des objets de la classe, s’amuse l’enseignante. Je crois qu’ils essaient de voir si ceux-ci peuvent devenir des toupies! »

Qui a dit qu’on ne pouvait pas faire des découvertes scientifiques passionnantes avec un jeu d’enfant?


Isabelle Pauzé

Collaboration spéciale




(1) L’île du savoir est une initiative originale développée par le CRDÎM et le gouvernement du Québec avec l’appui de la SPST. Elle vise à faire la promotion de la science et de la technologie, ainsi que des formations et des carrières dans ces secteurs, auprès des jeunes de l’île de Montréal.



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