Le banc d’essai de Sally Ride

Apprendre pour s’amuser ou s’amuser pour apprendre? Sally Ride ne fait pas la différence. Celle qui fut la première américaine à aller dans l’espace mélange le jeu et l’apprentissage de toutes les manières possibles afin d’encourager les jeunes filles à poursuivre une carrière en science.

Pas question pour l’ex-astronaute d’observer les toutes petites filles abandonner leurs cours de science sans rien faire. « C’est généralement au moment de passer du primaire au secondaire qu’on les perd, constate-t-elle. Ça ne leur semble alors plus "cool" d’aimer les maths ou de rêver de devenir astronaute. » La physicienne a décidé de prendre le taureau par les cornes en fondant la compagnie Imaginary Lines et le « club de science Sally Ride » – The Sally Ride Science Club. Sa mission : alimenter la flamme scientifique chez les filles qui sont, ou qui pourraient, être intéressées par les sciences en mettant sur pied une foule d’activités. L’initiative la plus spectaculaire est sans aucun doute le TOYchallenge, une impressionnante compétition de conception de jeux commanditée par le populaire fabricant de jouets Hasbro.

Le concours s’inspire d’un cours de design offert en première année d’ingénierie par le plus grand collège pour jeunes femmes aux États-Unis : le Smith College, au Massachusetts. Dans ce cours, des équipes d’étudiantes conçoivent un jeu qui sera utilisé pour présenter certains principes scientifiques devant toute la classe.

Avec le TOYchallenge, les jeunes se transforment en ingénieurs en herbe. Les participants sont des élèves des niveaux 5 à 8 (l’équivalent chez nous de la cinquième année du primaire à la deuxième du secondaire), et la moitié d’entre eux doivent être des filles. Leur première tâche est de retenir une idée de jeu et de la développer. Ils doivent ensuite décrire et concevoir le scénario qui mènera à la fabrication d’un prototype. Toutes les créations sont exhibées lors d’un grand festival national qui regroupe l’ensemble des participants. Les projets sont évalués selon leur originalité, la créativité des élèves, l’élégance de l’ingénierie, la faisabilité du projet, sa présentation devant les pairs et la participation de l’équipe.

Le tout premier TOYchallenge, qui s’est déroulé en juin 2003, a rassemblé près de 250 participants. Le projet gagnant du premier prix, appelé « Island Quest », est un jeu sphérique en trois dimensions qui fait se déplacer les joueurs en longitude et en latitude. Ces derniers doivent dessiner une carte qui les mènera à l’objet de leur convoitise : une île, conquise par le premier arrivé. Un bel exemple d’ingéniosité récompensé, entre autres, par des poupées animées conçues par Hasbro représentant nul autre que chacun des membres de l’équipe gagnante.

Le jeu « Brainia Mania », gagnant du deuxième prix, testait quant à lui les connaissances scientifiques et mathématiques des joueurs en même temps qu’il défiait leurs habiletés de construction. Il a valu à ses concepteurs un tour VIP au Kennedy Space Center ainsi qu’une séance de questions privée avec un astronaute.

« Le spectacle de ces jeunes qui travaillent ensemble pour concevoir un jeu original m’a beaucoup inspirée, raconte Sally Ride. Tout ce qu’ils ont appris dans le cadre de ce concours a une valeur inestimable sur le plan de la formation, mais aussi sur le plan professionnel. Le travail d’équipe, la démarche de conception d’un design et la création d’un prototype sont tous des apprentissages… y compris le fait que la science, c’est excitant! »

Séance de travail avec Joseph O'Rourke, au Smith College


Professeur au Massachusetts Institute of Technology, Mitchel Resnick met au point de nouvelles technologies qui aident les gens, particulièrement les enfants, à apprendre de manière différente. Pour lui, le TOYchallenge constitue une saine compétition qui poussent les filles comme les garçons à développer leur propre vision des sciences. Le chercheur pense que les meilleures expériences d’apprentissage, pour les enfants, surviennent lorsqu’ils conçoivent eux-mêmes un objet ou une structure. « Quand ils jouent et expérimentent, les enfants s’imprègnent de nouveaux apprentissages. Qu’est-ce qui fait qu’une structure tombe? Comment les couleurs se mélangent-elles? Malheureusement, après la maternelle ou la garderie, le système éducatif tel qu’il est conçu demande à l’enfant de devenir plus passif… Pourtant, il n’y a aucune raison pour que l’école ne demeure pas un vaste banc d’essai! »

Alors les filles, Ride, Sally ride?


Sophie Payeur

Collaboration spéciale




The Sally Ride TOYchallenge (en anglais seulement) :
www.toychallenge.com



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