Rencontre avec le photographe animalier Philippe Henry, auteur de L’alligator

L’album L’alligator, lauréat du jury québécois des Prix de « La Science se Livre » (catégorie 9 à 14 ans), sous forme d’un journal d’expédition, invite le lecteur à en savoir plus sur ce survivant de l’époque des dinosaures. L’auteur - photographe Philippe Henry nous offre des photos saisissantes et livre ses observations avec un enthousiasme communicatif.

C’est du fin fond du Texas, où il est présentement en reportage sur le même sujet, qu’il a eu la gentillesse de répondre aux questions de Pluie de science. Rencontre avec un virtuose du téléobjectif, de la plume et de la vulgarisation scientifique.

 

 

Pluie de science : Racontez-nous votre histoire, et la « naissance » de L’alligator.

Philippe Henry : Je photographie la faune depuis une vingtaine d’années et travaille généralement assez longtemps avec la même espèce animale. Ainsi, je peux la photographier sous tous les angles et mieux comprendre son comportement. Cela me permet également de pouvoir suivre le travail des biologistes qui l’étudient, souvent pendant plusieurs années, dans le but de mieux la protéger.

J’ai commencé à travailler avec des scientifiques lorsque je suis arrivé au Québec, il y a une dizaine d’années. L’éditeur du magazine Canadian Wildlife / Biosphère, me proposait alors de réaliser un reportage sur le travail d’un biologiste, Michel Robert, qui étudiait le râle jaune dans les marais de l’île aux Grues. Ce reportage a permis aux lecteurs de passer un moment dans l’intimité de cet oiseau et de suivre le biologiste qui, pendant l’été 1995, raquettes aux pieds et cailloux en mains – le cri du râle ressemble au bruit fait par deux cailloux que l’on tape l’un contre l’autre –, parcourait les marais boueux pour capturer ces minuscules oiseaux et les munir de non moins minuscules émetteurs.

Grâce à ce reportage, pendant lequel j’ai fait mes premiers pas en raquettes de neige – en été, par 35 degrés, dans un marais infecté de moustiques – ce travail scientifique, qui n’aurait pu resté que chiffres et courbes dans une brochure spécialisée, a été rendu accessible aux lecteurs . Un bon exemple de vulgarisation.

 

 

Ce reportage m’a donné le goût de continuer à travailler avec des scientifiques de terrain. Il y a trois ans, après plusieurs années passées à suivre ceux qui étudiaient les populations d’ours noirs et d’orignaux du Québec et de Terre-Neuve, je cherchais un nouveau sujet de reportage et de livre pour enfants. Ce sont mes neveux qui m’ont donné l’idée d’aller photographier les alligators, lorsqu’ils m’ont dit que de tous les livres qu’ils avaient pu voir en librairie sur cette espèce, aucun ne racontait d’histoire vraiment passionnante. Certes, il y avait toujours de magnifiques photos et de belles illustrations, mais il manquait une histoire...

J’ai réussi à convaincre Marcus Osterwalder, qui dirige la collection Archimède à l’École des Loisirs, que nous pouvions faire un beau livre et je suis parti pour le Texas afin de rencontrer Dr Louise Hayes-Odum, biologiste, qui étudie la reproduction et le comportement des alligators dans les marais de Brazos Bend. Les photos prises au cours de ces trois dernières années ont fait l’objet de reportages publiés dans la presse magazine et de notre livre : L’alligator.

Aujourd’hui, je travaille toujours sur cette espèce et prépare un autre livre qui sera publié, vers la fin de l’année 2004, aux éditions Texas A & M - University Press. Je filme également les alligators pour une vidéo et un DVD qui sortiront vers la fin de l’année.

 

 

Pluie de science : Vulgariser la science auprès des jeunes… Pourquoi est-ce important pour vous?

Philippe Henry : Je ne suis pas un scientifique, mais un photographe de terrain, un photographe de la nature qui la montre à travers ses photos et la dépeint par des mots et des phrases – le tout formant un reportage ou un livre. J’essaye donc de rendre accessible, aux enfants de l’information documentaire de qualité. Je me sens beaucoup plus proche du poète et philosophe américain Henry David Thoreau, qui a inspiré les mouvements de retour à la nature, que de Thomas Henry Huxley, ce biologiste anglais ami de Darwin auteur de La place de l’homme dans la nature (1863), un essai sur l’origine de l’espèce humaine.

Je décris ce que je vois et ce que j’ai appris dans un langage ordinaire, tout en essayant d’être créatif et d’apporter un peu d’originalité. Je pense qu’il est important de vulgariser la science auprès des enfants afin de capter leur intérêt, dès leur plus jeune âge, et de leur permettre d’accéder à un monde d’information. Dans les livres que j’écris pour la collection Archimède, j’éparpille l’information documentaire dans un récit d’aventures vécues sur le terrain, comme ici, dans le monde secret des alligators, et j’y ajoute parfois un peu de fiction. C’est ce cocktail qui, je pense, pique la curiosité des enfants et leur donne le goût de tourner les pages…

En novembre 2001, je participais, avec M. Osterwalder, au symposium franco-québécois pour la promotion de la lecture et de l’animation scientifique dans les réseaux publics du livre – La science avec un grand L – et je me rappelle y avoir lu un papier de Muriel Tiberghien qui écrivait, si je me rappelle bien : « Tout comme monsieur Jourdain qui, dans Le Bourgeois gentilhomme, faisait de la prose sans le savoir, la collection Archimède amène subtilement les enfants à faire de la science sans le savoir. »

 



Philippe Henry, L’alligator, Paris, L’École des loisirs, coll. « Archimède », 2003.



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