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S’engager dans une voie scientifique n’est souvent pas garant d’un long voyage rectiligne et sans surprises. Lorsque j’étais étudiante, alors que je me dirigeais lentement, mais sûrement, vers une carrière de professionnelle en recherche, un concours de circonstances a rectifié mon plan de carrière. Voici mon histoire… Fin des années 1980. Mon amoureux, André, et moi nous nous envolons vers l’Angleterre afin d’y poursuivre des études de doctorat à l’Université de Cambridge. Lui, pour y étudier les oiseaux et moi, afin d’y analyser l’impact de l’augmentation du CO2 sur les plantes. |
En 1990, à mi-chemin de mon doctorat, un collègue de Québec m’envoie, à tout hasard, une offre d’emploi publiée dans le journal Le Soleil. L’Université Laval cherche un professeur en écologie appliquée. Quoique je n’aie pas encore terminé mes études, je décide de leur envoyer tout de même mon curriculum vitae, nourrissant depuis longtemps l’envie de retourner vivre à Québec. Sans grand étonnement, l’université ne considère pas ma candidature en raison de mon statut d’étudiante. Tant pis ! De toute façon, je ne souhaite pas vraiment devenir professeure. Le temps passe et l’Université Laval ne trouve pas le candidat idéal. Le directeur du département décide alors de me faire venir pour une entrevue. Heureuse de me retrouver pour quelque temps au Québec, j’accepte l’invitation, sans trop d’espoir…
Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que le poste m’attendrait, sitôt mon doctorat obtenu! De retour chez les Anglais, je mets les bouchées doubles pour terminer l’analyse de mes données et débuter la rédaction de ma thèse. Mais pourquoi rédiger à Cambridge alors que je peux le faire à Québec? Valises en main, André et moi rappliquons chez nous… pour de bon! Immédiatement, je demande au directeur du département qui m’a engagé s’il peut me prêter un bureau afin que je puisse terminer ma thèse tout en commençant à remplir les pages blanches de mon carnet de contacts. Non seulement il accepte, mais il décide de m’engager sur le champ! |
| À l’automne 1991, je prépare deux importantes demandes de subvention, étape cruciale pour tout chercheur qui débute. L’université ne dirige pas les nouveaux professeurs dans leurs choix de sujets de recherche; elle leur donne carte blanche. C’est bien, mais c’est aussi très déconcertant pour un chercheur qui fait ses premiers pas… |
| Ma première demande concerne un projet en continuité avec mes travaux de doctorat, soit l’étude en serres des effets de l’augmentation du CO2 sur les plantes. Dans la seconde, je souhaite étudier la dégradation des sols dans les bleuetières, un intérêt que j’ai développé de façon un peu marginale, suite à une visite dans une bleuetière de la région du Lac-Saint-Jean. |
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Un bon départ En avril 1992, alors que je termine officiellement mon doctorat, je reçois une réponse positive à ma deuxième demande. D’une certaine manière, le hasard aura donc décidé de mon champ de recherche… J’engage alors ma première équipe : deux étudiants de maîtrise, une étudiante au doctorat et une professionnelle en recherche pour travailler non seulement sur les bleuetières, mais également sur les tourbières. Revenons en arrière. Encore une fois par hasard, en revenant du Lac-Saint-Jean, dans la ville de Desbiens, j’ai aperçu de gros tas de terre dans la cour arrière d’une usine Jonhson & Jonhson. Intriguée, j’ai tenté de voir ce que c’était, mais sans succès. Un peu plus tard, j’ai appris qu’il s’agissait de résidus de matière végétale. Après avoir envisagé avec les gens de la compagnie la possibilité de valoriser ces résidus, ils m’ont offert 14 000 $ pour mener mes recherches! Il faut dire qu’au début des années 1990, l’industrie de la tourbe s’est mobilisée afin de mieux gérer cette ressource naturelle. Les industriels reconnaissaient dès lors le rôle environnemental important des tourbières, qui filtrent l’eau des lacs et des rivières, séquestrent du CO2 et abritent plusieurs espèces d’oiseaux et de petits mammifères. D’ailleurs, grâce à la compagnie qui finançait mes recherches, j’ai pu assister à l’un des plus gros congrès sur les tourbières. |
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C’est la débâcle! Le travail va bon train. Mon équipe s’emploie à étudier les problèmes des bleuetières et des tourbières. Tout se passe bien durant l’été, mais à l’automne, le conte de fée tourne au cauchemar. Je passe peu de temps en laboratoire, trop occupée à préparer mes cours et à trouver de l’argent pour financer mes travaux de recherche. Un de mes étudiants me quitte sous prétexte que je ne suis pas assez présente. Puis, c’est au tour de ma professionnelle en recherche qui trouve que je ne suis pas assez organisée. Enfin, une autre étudiante lâche ses études prétendant qu’elle n’aime pas le milieu de la recherche. Pour couronner le tout, mes expériences sur le terrain se soldent par un échec : toutes mes tentatives pour faire pousser de la mousse et de la sphaigne dans les tourbières exploitées s’avèrent infructueuses. Tout cela est de ma faute. Je ne dors plus, je me questionne sur mes choix de carrière. Dire que je ne voulais même pas devenir professeure… Je me retrouve avec un bon budget de recherche, mais toute seule. Il ne me reste plus qu’à démissionner. À la dernière minute, grâce aux encouragements de mon conjoint, je décide de me donner une seconde chance. Une décision que je n’ai jamais regrettée. |
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| Aujourd’hui, j’occupe toujours le même bureau à l’Université Laval. Je dirige le Groupe de recherche en écologie des tourbières depuis 1993 et je supervise actuellement quatre professionnels en recherche, un stagiaire post doctoral et neuf étudiants diplômés. Comme quoi le hasard fait souvent bien les choses! |
| Professeure titulaire au département de phytologie de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, Line Rochefort dirige également la Chaire de recherche industrielle en aménagement des tourbières. Elle est par ailleurs devenue la première femme de l’histoire de l’International Peat Society à être nommée présidente d’une des sept commissions chargées d’examiner le futur des tourbières après leur exploitation. |
| Nathalie
Kinnard Collaboration spéciale |