Pluie de science www.spst.org/pluiedescience/0205 Version complète
Éditorial
Il est vrai qu’en ce qui me concerne, après avoir été tentée par l’étude des océans, je suis plutôt allée papillonner du côté des arts et des communications. Une vie de liberté et d’imprévus que je croyais beaucoup plus excitante! En fait, ces idées reçues sont bien loin de la réalité. Le fleuve de la recherche scientifique n’est pas long et tranquille. Pour vous le prouver, nous vous proposons deux articles dans lesquels des scientifiques se racontent de façon très personnelle. Ce mois-ci, une chercheuse relate les aléas du hasard qui ont fait d’elle, aujourd’hui, une spécialiste des tourbières, alors qu’elle pensait se destiner à une autre discipline. Ce dossier sur la Face cachée de la science se poursuivra le mois prochain avec le témoignage angoissé d’une étudiante en géographie qui a affronté la douloureuse épreuve de défendre sa thèse de doctorat. D’autre part, ne pas avoir de vrai plan de carrière permet souvent de devenir un brillant touche-à-tout. Assurément, Jean-Paul Desbiens, dit le frère Untel, n’en possédait pas… Ce religieux et professeur fut successivement écrivain, haut fonctionnaire, éditorialiste, directeur de collège et grand penseur de l’éducation scientifique. Vous découvrirez ce personnage aux idées toujours avant-gardistes dans notre dossier Les points cardinaux de la médiation scientifique. S’engager dans les sciences peut aussi réserver des surprises. Un domaine peut même en cacher un autre. Auriez-vous cru qu’en vous intéressant à la physique, vous auriez pu vous retrouver à étudier… la musique! C’est pourtant ce qui est arrivé à une scientifique à l’oreille fine que vous rencontrerez dans notre dossier spécial La physique sous toutes ses coutures, qui s’inscrit dans le cadre de l’Année internationale de la physique. Il reste que pour réussir à faire naître des rêves de carrières scientifiques, les jeunes doivent pouvoir bénéficier d’un enseignement des sciences stimulant et inspirant. C’est ce que propose le tout nouveau LabUQAM, véritable laboratoire expérimental au service des futurs professeurs en science. C’est le sujet de notre dossier Actualité ce mois-ci. Quant à notre Coup d’œil à l’étranger, il nous emmène du côté de la Belgique, où le projet Tous chercheurs s’est donné le mandat de former de jeunes chercheurs en herbe. Leur mission? Sensibiliser leur communauté à l’environnement, tout en démystifiant le rôle des scientifiques. Une initiative qui, espérons-le, provoquera de nombreuses vocations scientifiques : notre planète bleue en a bien besoin! Enfin, le dossier régional met en vedette la Montérégie. Vous y ferez la connaissance de magnifiques espèces aviaires grâce à l’UQROP, l’Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie. Comme d’habitude, nous vous suggérons plusieurs sites Internet riches en information et en activités afin de poursuivre plus avant notre exploration des espèces ailées. À cela s’ajoutent des lectures passionnantes proposées par nos complices du Réseau BIBLIO de la Montérégie. De quoi donner envie de changer de carrière! Bonne lecture et n’hésitez surtout pas à nous envoyer vos commentaires et suggestions. Vanessa Quintal ***
La face cachée de la science
Fin des années 1980. Mon amoureux, André, et moi nous nous envolons vers l’Angleterre afin d’y poursuivre des études de doctorat à l’Université de Cambridge. Lui, pour y étudier les oiseaux et moi, afin d’y analyser l’impact de l’augmentation du CO2 sur les plantes. En 1990, à mi-chemin de mon doctorat, un collègue de Québec m’envoie, à tout hasard, une offre d’emploi publiée dans le journal Le Soleil. L’Université Laval cherche un professeur en écologie appliquée. Quoique je n’aie pas encore terminé mes études, je décide de leur envoyer tout de même mon curriculum vitae, nourrissant depuis longtemps l’envie de retourner vivre à Québec. Sans grand étonnement, l’université ne considère pas ma candidature en raison de mon statut d’étudiante. Tant pis ! De toute façon, je ne souhaite pas vraiment devenir professeure. Le temps passe et l’Université Laval ne trouve pas le candidat idéal. Le directeur du département décide alors de me faire venir pour une entrevue. Heureuse de me retrouver pour quelque temps au Québec, j’accepte l’invitation, sans trop d’espoir…
Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que le poste m’attendrait, sitôt mon doctorat obtenu! De retour chez les Anglais, je mets les bouchées doubles pour terminer l’analyse de mes données et débuter la rédaction de ma thèse. Mais pourquoi rédiger à Cambridge alors que je peux le faire à Québec? Valises en main, André et moi rappliquons chez nous… pour de bon! Immédiatement, je demande au directeur du département qui m’a engagé s’il peut me prêter un bureau afin que je puisse terminer ma thèse tout en commençant à remplir les pages blanches de mon carnet de contacts. Non seulement il accepte, mais il décide de m’engager sur le champ! À l’automne 1991, je prépare deux importantes demandes de subvention, étape cruciale pour tout chercheur qui débute. L’université ne dirige pas les nouveaux professeurs dans leurs choix de sujets de recherche; elle leur donne carte blanche. C’est bien, mais c’est aussi très déconcertant pour un chercheur qui fait ses premiers pas… Ma première demande concerne un projet en continuité avec mes travaux de doctorat, soit l’étude en serres des effets de l’augmentation du CO2 sur les plantes. Dans la seconde, je souhaite étudier la dégradation des sols dans les bleuetières, un intérêt que j’ai développé de façon un peu marginale, suite à une visite dans une bleuetière de la région du Lac-Saint-Jean.
En avril 1992, alors que je termine officiellement mon doctorat, je reçois une réponse positive à ma deuxième demande. D’une certaine manière, le hasard aura donc décidé de mon champ de recherche… J’engage alors ma première équipe : deux étudiants de maîtrise, une étudiante au doctorat et une professionnelle en recherche pour travailler non seulement sur les bleuetières, mais également sur les tourbières. Revenons en arrière. Encore une fois par hasard, en revenant du Lac-Saint-Jean, dans la ville de Desbiens, j’ai aperçu de gros tas de terre dans la cour arrière d’une usine Jonhson & Jonhson. Intriguée, j’ai tenté de voir ce que c’était, mais sans succès. Un peu plus tard, j’ai appris qu’il s’agissait de résidus de matière végétale. Après avoir envisagé avec les gens de la compagnie la possibilité de valoriser ces résidus, ils m’ont offert 14 000 $ pour mener mes recherches! Il faut dire qu’au début des années 1990, l’industrie de la tourbe s’est mobilisée afin de mieux gérer cette ressource naturelle. Les industriels reconnaissaient dès lors le rôle environnemental important des tourbières, qui filtrent l’eau des lacs et des rivières, séquestrent du CO2 et abritent plusieurs espèces d’oiseaux et de petits mammifères. D’ailleurs, grâce à la compagnie qui finançait mes recherches, j’ai pu assister à l’un des plus gros congrès sur les tourbières.
Le travail va bon train. Mon équipe s’emploie à étudier les problèmes des bleuetières et des tourbières. Tout se passe bien durant l’été, mais à l’automne, le conte de fée tourne au cauchemar. Je passe peu de temps en laboratoire, trop occupée à préparer mes cours et à trouver de l’argent pour financer mes travaux de recherche. Un de mes étudiants me quitte sous prétexte que je ne suis pas assez présente. Puis, c’est au tour de ma professionnelle en recherche qui trouve que je ne suis pas assez organisée. Enfin, une autre étudiante lâche ses études prétendant qu’elle n’aime pas le milieu de la recherche. Pour couronner le tout, mes expériences sur le terrain se soldent par un échec : toutes mes tentatives pour faire pousser de la mousse et de la sphaigne dans les tourbières exploitées s’avèrent infructueuses. Tout cela est de ma faute. Je ne dors plus, je me questionne sur mes choix de carrière. Dire que je ne voulais même pas devenir professeure… Je me retrouve avec un bon budget de recherche, mais toute seule. Il ne me reste plus qu’à démissionner. À la dernière minute, grâce aux encouragements de mon conjoint, je décide de me donner une seconde chance. Une décision que je n’ai jamais regrettée. Aujourd’hui, j’occupe toujours le même bureau à l’Université Laval. Je dirige le Groupe de recherche en écologie des tourbières depuis 1993 et je supervise actuellement quatre professionnels en recherche, un stagiaire post doctoral et neuf étudiants diplômés. Comme quoi le hasard fait souvent bien les choses! Professeure titulaire au département de phytologie de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, Line Rochefort dirige également la Chaire de recherche industrielle en aménagement des tourbières. Elle est par ailleurs devenue la première femme de l’histoire de l’International Peat Society à être nommée présidente d’une des sept commissions chargées d’examiner le futur des tourbières après leur exploitation.
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La physique sous toutes ses coutures Dans le cadre de l’année internationale de la physique décrétée par l’UNESCO, nous vous présentons des dossiers mettant en lumière les différents domaines, parfois inusités, auxquels touche les sciences physiques.
Qu’elle prenne la forme d’une symphonie, d’une opérette ou d’une simple ballade, la musique éveille en nous des sentiments intraduisibles. Elle fait partie des belles choses de ce monde que l’on ose croire insaisissables. Pourtant, elle n’échappe pas à la science. Les spécialistes de l’acoustique, une branche de la physique qui étudie les sons, arrivent à la décortiquer. Ingénieure, musicienne et professeure à la Faculté de musique de l’Université de Montréal, Caroline Traube fait partie de ces scientifiques hors du commun. « Lorsqu’un objet se met à vibrer à haute fréquence, une corde de piano par exemple, il entraîne la vibration de l’air qui l’entoure, explique-t-elle. Dans une salle de concert, les vibrations se propagent jusqu’à nos oreilles. Nos tympans se mettent à vibrer et nous entendons la musique. » Une vibration simple peut être représentée sous forme mathématique, grâce à l’équation d’une onde sinusoïdale. Chaque onde ou vibration est caractérisée par une amplitude (élongation maximale), une période (temps requis pour une vibration complète) et une fréquence (nombre de vibrations par seconde). Comme l’indique Mme Traube, très peu de sons peuvent être représentés par une seule onde sinusoïdale. « La majorité des sons résultent d’un amalgame de plusieurs ondes qui se chevauchent », souligne-t-elle. Équipés d’outils sophistiqués, les physiciens arrivent à les séparer et à les représenter graphiquement. Grâce à leurs connaissances, les scientifiques peuvent concevoir de meilleurs instruments, construire des salles aux propriétés acoustiques exceptionnelles et même synthétiser de nouveaux sons.
Les premiers luthiers italiens, dont Andrea Amati, Giuseppe Guarneri et Antonio Stradivarius, ont fabriqué des violons d’exception qui ont traversé les siècles et ébahi les plus grands mélomanes. Selon certains, les luthiers d’aujourd’hui ne pourront jamais égaler les prouesses de leurs prédécesseurs. Mais les physiciens, eux, pourraient peut-être y arriver… Comme tout instrument de musique, le violon combine une multitude de phénomènes physiques. Le glissement de l’archet sur les cordes entraîne leur vibration, mais fait aussi vibrer le chevalet, la caisse de résonance et, éventuellement, tout le bois dont est fait le violon. Les appareils scientifiques modernes peuvent capter et analyser les vibrations émises par chacune des parties d’un violon, qu’il s’agisse d’un Stradivarius ou d’un autre. À l’aide de leurs équations, les physiciens modélisent le fonctionnement de l’instrument, de la naissance du son à son émission. Peu à peu, ils dévoilent les secrets des grands luthiers. Quelques scientifiques rêvent qu’ils pourront un jour mettre au point des violons au moins équivalents, sinon supérieurs à ceux des grands maîtres. Certains croient y être déjà parvenus. Au cours d’un essai, des mélomanes à qui l’on avait bandé les yeux n’ont pu différencier des instruments modernes d’un Stradivarius.
Les théâtres grecs, croit-on, sont dotés d’une acoustique parfaite. Leur architecture arrive à mettre en valeur autant les opéras que les performances d’un quatuor à cordes. « C’est carrément faux, rétorque Caroline Traube. Un seul espace ne peut convenir à tous les besoins. » Pour offrir une bonne acoustique, les salles de concert doivent être conçues de façon à réfléchir les ondes sonores. En effet, la réflexion des ondes contre les murs donne au son de la force et de la vitalité. Attention : la réverbération ne doit pas être excessive. « La réverbération, c’est le phénomène qui nous permet de continuer à entendre le son une fois que l’orchestre a cessé de jouer, explique Mme Traube. Par exemple, dans une salle où l’on trouve beaucoup de matériaux réfléchissants et peu de matériaux absorbants, on peut continuer à entendre le son durant quelques secondes après que les musiciens se soient arrêtés. » Ce genre de salle ne convient pas aux discours. À cause de la réverbération, les syllabes successives se chevauchent et certains mots deviennent incompréhensibles pour les auditeurs. En revanche, ce type de salle convient très bien aux chants grégoriens ou aux concerts d’orgues où chaque note s’étire dans le temps. Des salles dotées de temps de réverbération intermédiaires se prêtent aux comédies musicales, à la musique de chambre et aux symphonies. « Tout est une question d’équilibre, note Mme Traube. Les spécialistes en acoustique dessinent la configuration de la salle en fonction de l’usage qu’on compte en faire. Ils déterminent à quels endroits ils doivent utiliser des matériaux absorbants et où ils doivent plutôt installer des matériaux réfléchissants. »
La compréhension des mécanismes de production sonore ne sert pas qu’aux scientifiques ou aux ingénieurs qui veulent concevoir des instruments ou des salles de concert. Elle sert aussi aux artistes qui composent des pièces ou produisent des albums. Grâce aux équations mathématiques complexes qui simulent les vibrations émises par les instruments, de simples logiciels transforment les claviers en une guitare, en une flûte, en un violon ou en un instrument inusité. Plusieurs artistes se servent de ces outils pour intégrer de nouveaux sons à leurs mélodies ou pour corriger ceux émis en cours d’enregistrement. La physique ne peut cependant pas tout expliquer ou tout reproduire. La musique électronique ne remplacera probablement jamais le musicien et son instrument acoustique. La subtilité et la variété des timbres sonores qu’un artiste peut créer sont inimitables. Tant mieux! Les belles choses de ce monde gagnent à conserver une part de mystère…
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Les point cardinaux de la médiation
scientifique
En février 2004, on me demanda de couvrir une journée de réflexion sur l’enseignement des sciences, alimentée par le témoignage et les commentaires de Jean-Paul Desbiens, alias le frère Untel. Ce personnage quasi-mythique existe donc vraiment!
Droit comme un piquet, les cheveux en brosse et la démarche un peu raide, il use d’une langue directe et sans fard, amoureusement fidèle à la grammaire de son enfance. Soumis au supplice de l’éloge, il se gausse de lui-même en se qualifiant d’ « institution », esquissant ce sourire ironique qu’il économise au maximum. Rappelant les « conditions matérielles déplorables » dans lesquelles se faisait l’enseignement des sciences au moment où il passait son « brevet complémentaire », en 1945-1946, Jean-Paul Desbiens se souvient : « Bien que j’aie une formation littéraire et philosophique, j’aimais beaucoup les sciences expérimentales, la physique en particulier. » Vers 1955, il s’initie à la philosophie des sciences, à l’Université Laval. Plus tard, directeur de collège, il engage un docteur en physique nucléaire. « Je prenais grand plaisir à le voir manipuler les appareils sophistiqués dont il se servait. » Si, de son propre aveu, il ne s’est « guère élevé au-dessus des notions élémentaires », ce nouveau contact avec la physique fut pour lui « un émerveillement » et il en garde « un souvenir reconnaissant ». « Je comprenais pourquoi, enfant, assis sur la galerie de la maison, je voyais s’abattre la hache d’un voisin sur une bûche avant d’entendre le bruit de la cognée ; je comprenais la formation des arc-en-ciel ; on m’expliquait les effets de la rémanence rétinienne grâce au stroboscope ainsi que les lois de la propagation de la lumière dans les miroirs. »
Elle eut lieu lors d’une réunion particulière. Une dizaine de membres du Cénacle (regroupement de professionnels en enseignement des sciences et des technologies), dirigé par André Blondin, étaient venus de Montréal rencontrer M. Desbiens chez lui, à Saint-Augustin, au Campus Notre-Dame-de-Foy, un collège qu’il dirigea longtemps. Le thème du jour était à la fois prometteur et ardu : baliser le système des valeurs associées aux sciences et en préciser le sens. Mais que veut-on dire quand on parle de valeurs? M. Desbiens rappelle le caractère essentiellement pluriel de cette notion. En fait, il préfère parler des « profits » ou des « bienfaits » de l’enseignement des sciences : le goût de la clarté, la nécessité du mot juste, la distinction des concepts et la vigilance dans leur maniement. « L’enseignement des sciences, dit-il, doit conduire à une forme d’humilité. » À propos du couple science-culture, il déplore le fait que les programmes d’études contribuent à creuser le fossé entre les deux en imposant des choix, alors qu’ils devraient au contraire « forcer le contact entre les deux univers ». En effet, « il ne faut pas avoir peur d’imposer une direction », à l’heure où « la menace, c’est la confusion babélique ». Bien sûr, quoi qu’on fasse, nos valeurs nous portent, et sont transmises à notre insu, puisque l’enseignement est d’abord un rapport de personne à personne. « Les élèves ne nous écoutent pas, ils nous regardent aller », note un participant. Malheureusement, l’enseignement ne se donne plus pour mission de transmettre, au moyen des humanités, « les valeurs et les certitudes touchant ce que c’est que d’être un Homme », affirme Jean-Paul Desbiens. Nous les avons sacrifiées « au nom d’un souci du brassage des classes », et concrètement pour amener les jeunes Québécois plus tôt à l’université. Un nivellement vers le bas que déplore notre hôte.
Les sciences sont actuellement enseignées sous le signe de la certitude, alors qu’au contraire, pour certains, dont André Blondin, il faut montrer aux enfants que « la science qu’on leur enseigne n’est pas le bout de la ligne. On ne sait toujours pas si la matière est continue ou discontinue.» D’autres, cependant, remarquent que les élèves acceptent difficilement pareil propos, qui ne cadre pas avec l’image qu’ils se font de la science. Il était inévitable que cela nous ramène à la question de la formation des maîtres, qui fait l’objet d’un débat féroce depuis la réforme du baccalauréat en enseignement. En clair, il n’y aura plus de physiciens, de chimistes et de biologistes au secondaire, mais des spécialistes de l’enseignement des sciences munis d’une formation incomplète en ces matières. Les gens qui, autour de la table, sont en contact fréquent avec ces derniers observent que très peu de futurs professeurs arrivent à structurer leurs connaissances en un ensemble cohérent, alors que cela leur permettrait de se placer plus facilement au niveau de l’élève. Il n’est donc pas étonnant que, de leur propre aveu, ils manquent de confiance en leurs capacités. Cette façon de concevoir la formation des maîtres découlerait d’une incompréhension de la nature même de l’éducation, assimilée à une science alors qu’elle est une pratique. Dans cet esprit, nous avons confié la formation des maîtres aux facultés des sciences de l’éducation et éliminé ces lieux de formation professionnelle qu’étaient les écoles normales. Une décision qui s’est révélée, pour Jean-Paul Desbiens, « une erreur fondamentale ».
Revenu chez moi, j’exhume la proposition de Jean-Paul Desbiens pour l’école du 21ème siècle. L’essentiel tenait en quelques lignes, et en particulier dans celles-ci : « La pratique pédagogique serait entièrement gouvernée par le principe suivant : savoir ce qu’on lit et ce que l’on dit. Une école où la question la plus fréquente et pour ainsi dire la seule serait : qu’est-ce que vous voulez dire? » Une école de la lucidité, donc, de la clarification, de la compréhension. Cela passe d’abord par une bonne connaissance de la langue, par l’habitude de décortiquer les mots, ceux qui nomment la science aussi bien que ceux qui disent l’histoire, expriment les sentiments, créent les idées nouvelles. Les têtes bien faites ont en effet les idées claires, et les mots pour les dire leur arrivent aisément au terme d’un apprentissage rigoureux. C’est une école où l’on apprend à assimiler les connaissances beaucoup plus qu’à les multiplier, et à se forger au passage une vision cohérente du monde. C’est ainsi que l’éducation concourt à la formation d’un individu autonome, capable de formuler ses propres opinions et d’agir en citoyen éclairé. À la manière de ce grand homme derrière le personnage du frère Untel.
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Ça se passe près de chez
vous – en vedette : Des oiseaux de proie en Montérégie
C’est au creux d’une vallée en Montérégie, non loin de Saint-Hyacinthe, que se niche le site Chouette à voir! Son installation à la fois modeste et accueillante permet d’observer la plus grande collection de faucons, d’aigles, de hiboux et de chouettes au Québec. La formule est simple : des sentiers d’interprétation dirigent les visiteurs vers une dizaine de volières abritant des oiseaux de proie indigènes. Deux fois par jour, des entraîneurs présentent au public ces oiseaux sauvages en plein air et dévoilent tous les secrets de leur biologie. Les rapaces en profitent alors pour déployer leurs ailes et exhiber leur splendeur aux regards ébahis.
Ces superbes bêtes à plumes n’ont pas atterri par magie dans le petit boisé de Saint-Jude. Ils sont en fait d’anciens patients de la Clinique des oiseaux de proie (COP). Située dans les locaux de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, la clinique accueille les oiseaux de proie trouvés par la population aux quatre coins du Québec. Ils sont blessés, malades ou bien trop habitués aux humains, un comportement qui peut parfois devenir tout aussi nuisible pour l’homme que pour l’animal. « C’est à la clinique que les oiseaux ont la meilleure chance de survie, car les traitements sont adéquats. Le fait qu’elle se trouve à la faculté vétérinaire lui permet d’avoir des spécialistes facilement accessibles et ce, sans frais », observe Jacinthe Fréchette, coordonnatrice des services éducatifs de l’UQROP. Après avoir été soignés aux petits oignons, les oiseaux de proie vont se dégourdir les ailes dans la volière de réhabilitation de Chouette à voir!, la plus grande en Amérique du Nord. Les oiseaux guéris retournent dans la nature, alors que les autres, incurables, trouvent refuge dans une des volières de présentation.
Une fois que les rapaces sont bien installés dans leur nouvel environnement, les animateurs-entraîneurs de l’Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie (UQROP) prennent la relève. La majorité d’entre eux sont biologistes, techniciens en santé animale ou en interprétation du patrimoine naturel. En plus d’assurer le bien-être des résidents des volières, ils organisent des ateliers éducatifs pour groupes scolaires et grand public afin de faire découvrir ces espèces aviaires. Outre les sentiers d’interprétation et les présentations, l’UQROP offre des journées-expériences. L’une d’entre elles permet aux visiteurs intrépides de se familiariser avec l’art de la fauconnerie et de manipuler l’une de ces superbes bêtes.
Durant l’année, l’équipe de l’UQROP déploie ses ailes. D’école en école, les entraîneurs animent un atelier d’une heure qui consiste à présenter les particularités physiques et comportementales des rapaces. Après avoir pu toucher certaines parties anatomiques empaillées, histoire de sentir la douceur et la légèreté d’une aile ainsi que la fermeté des serres, les enfants assistent au clou du spectacle. Deux oiseaux bien vivants font leur entrée dans la classe. « Lorsque nous présentons les oiseaux, c’est le summum. Le but est de captiver l’intérêt des enfants et ça fonctionne! Les voir intéressés comme ça nous encourage énormément », raconte Jean-François Ricard, biologiste et animateur de l’UQROP. Il ajoute que ces animations « ont pour rôle principal de passer un message environnemental sur l’importance de la protection des animaux ». Afin de faire le lien entre le régime alimentaire de l’animal et ses habitudes de vie, l‘équipe de l’UQROP a concocté un atelier scientifique des plus inusités. Il s’agit, pour les élèves du deuxième cycle du primaire et ceux du secondaire, de disséquer une boulette de régurgitation d’un oiseau nocturne (chouette ou hibou). Une initiation originale au travail de biologiste!
Comme tout organisme à but non lucratif, l’UQROP amasse des fonds, mais elle le fait de façon toute particulière. Vous pouvez contribuer, entre autres, en parrainant un oiseau de proie, ce qui vous donnera le privilège de participer à sa remise en liberté. Une expérience émouvante qui contribue à perpétuer du même coup la préservation des oiseaux de proie ainsi que le travail de l’UQROP et de la COP.
Clinique des oiseaux de proie : www.medvet.umontreal.ca Accès à sa fiche signalétique dans Kaléidoscope : http://www.spst.org/servlet/FicheProducteur?producteurs_id=311 ***
Ça se passe
près de chez vous – en vedette : Des oiseaux de proie en
Montérégie
Les oiseaux du Québec Tout sur les oiseaux Fiches descriptives Le faucon pèlerin Comment construire un nichoir Comment construire une mangeoire Les chouettes et les hiboux du Saguenay-Lac-Saint-Jean Les chouettes effraies d’Hemilly La buse Le petit oiseau va sortir! ***
Ça se passe près de chez
vous – en vedette : Des oiseaux de proie en Montérégie
Les oiseaux de proie Les rapaces Les oiseaux de proie Les vautours Guide photo des oiseaux du Québec et
des maritimes L’univers des oiseaux ***
Ça se passe
près de chez vous – en vedette : Des oiseaux de proie en
Montérégie Depuis des lustres, les oiseaux nous inspirent allégresse, beauté et liberté, mais n’oublions pas qu’ils peuvent également servir de magnifique porte d’entrée vers les sciences du vivant. Vous trouverez grâce à Kaléidoscope une foule d’activités ornithologiques faites sur mesure pour vos élèves, vos enfants ou tout simplement pour vous, disponibles partout à travers le Québec. Pour consulter le dossier thématique de Kaléidoscope : ***
Ça se passe près de chez
vous – En vedette : Des oiseaux
de proie en Montérégie Découvrez les producteurs d’outils en science et technologie de la Montérégie. D’un seul coup d’œil, le tableau qui suit vous permettra de repérer les activités qui correspondent le mieux à vos besoins.
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| Action-Environnement |
À l'école des changements climatiques |
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| Caméléon informatique et robotique |
Caméléon Inc. |
Site Internet |
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| Catalogues Caméléon |
Catalogue |
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| Formations |
Atelier d'animation |
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Personnel enseignant
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| Centre des technologies textiles |
Site Internet |
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| Centre des technologies textiles et géosynthétiques - Groupe CTT |
Groupe CTT |
Site Internet |
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| Revue canadienne du textile |
Magazine |
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| SAGEOS |
Site Internet |
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| Soirée d'observation |
Animation scientifique |
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| Club d'astronomie Orion |
L'eau, c'est la santé |
Jeu interactif |
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| Conseil régional de l'environnement de la Montérégie |
La pollution de l'air et la santé |
Jeu interactif |
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| École nationale d'aérotechnique |
Animation d'un moteur à piston |
Cédérom |
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| Camp d'été en aéronautique |
Camp d’été |
Juin 2005 à août 2005 |
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| École nationale d'aérotechnique |
Site Internet |
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| Éthique et aéronautique : le travail de l'aérotechnicien |
Livre |
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| Facteurs humains en sécurité aérienne |
Livre |
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| Le rêve d'Icare |
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| Mini-baja |
Film vidéo VHS |
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| Programmes offerts à l'ÉNA |
Dépliant |
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| Un horizon sans limites |
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| Visite virtuelle de l'École nationale d'aérotechnique |
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| Visites organisées à l'École nationale d'aérotechnique |
Visite guidée |
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| L'Électrium, Centre d'interprétation des champs électrique et magnétique d'Hydro-Québec |
Outils pédagogiques |
Animation scientifique |
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| Muséobus |
Atelier Météo |
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| La Nature et les Nombres |
Exposition permanente |
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| Labomobile |
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| Versant d'eau, riche lieu de vie |
Exposition itinérante |
Avril 2005 à novembre 2005 |
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| Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie |
Activités éducatives |
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| Chouette à voir! | Expédition éducative |
23 mai 2005 au 17 juin 2005 |
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Des scientifiques en or Le mois dernier, contrairement à notre habitude, nous vous présentions non pas un Innovateur à l’école, mais une scientifique participant au programme Éclairs de sciences, l’un des volets du vaste projet L’Île du savoir. Des bénévoles donnent de leur temps à des enseignants du primaire qui acquièrent alors connaissances et méthodes scientifiques, les rendant plus à l’aise dans leur enseignement des sciences. Voici, une fois de plus, le portrait d’un de ces scientifiques dévoués à ce projet novateur.
Grâce à lui, qu’il tonne, qu’il pleuve à verse ou qu’il fasse un froid de canard, nous pouvons continuer à faire tranquillement cuire notre poulet en nous coulant dans un bon bain chaud. En fait, Sébastien Guillon travaille comme ingénieur pour Hydro-Québec. Dans son laboratoire, il recrée toutes les situations extérieures possibles et imaginables afin de savoir maintenir le réseau électrique en fonction, même si une panne devait survenir. Titulaire d’une maîtrise en physique théorique, il décrit sa spécialisation d’une bien belle façon : « À l’extrême, la science revient simplement à gérer de l’évidence. Les concepts, les théories et les théorèmes sophistiqués, tout cela paraît hermétique alors que tout le monde, au quotidien, est confronté à la simple compréhension des lois de la physique, le plus souvent sans s’en rendre compte. » Sébastien Guillon est persuadé qu’il peut être très valorisant pour les jeunes de comprendre le monde intelligible dans lequel ils évoluent. Avec le projet Éclairs de sciences, il souhaite rendre simple ce qui semble complexe : « Par exemple, en physique, il y a des formules très compliquées pour expliquer la conservation du mouvement cinétique. Les enfants ne peuvent pas comprendre ce langage rébarbatif. Mais lorsqu’on demande à un enfant pourquoi il tient en équilibre sur son vélo, il va spontanément vous répondre : C’est parce que je roule! Voilà, vous venez de lui faire comprendre un concept très compliqué de façon fort simple! » Notre scientifique se décrit comme un physicien de cœur et d’esprit puis affirme que pour bien faire ce métier, une bonne dose de folie, de poésie et d’imagination est nécessaire. Il souhaite imaginer pour les enfants des manières originales de les amener à expérimenter et à comprendre des notions scientifiques. « Lorsque j’étais guide pour les journées portes ouvertes de l’École Polytechnique, nous faisions visiter différents laboratoires aux étudiants. Dans celui qui expliquait la mécanique des fluides, j’ai été marqué par l’intelligence et la beauté d’une démonstration : de l’eau colorée en jaune passait dans un tuyau transparent. Des turbulences étaient provoquées et augmentaient le débit d’eau. Puis, le démonstrateur créait tout simplement une bosse et demandait à l’assistance si l’eau aller monter ou descendre. Tout le monde pensait que l’eau allait remonter, mais c’était l’inverse qui se produisait. Du coup, il pouvait expliquer les vagues et les marées… »
Lui-même père de deux jeunes enfants, Sébastien ne se lasse pas d’inventer des histoires d’astronautes et de faire des mises en scène théâtrales pour expliquer le visible et l’invisible aux petits. Il rêve même d’une télé série qui mettrait en images le monde de la science avec ses histoires d’amour, de vengeance, de complots et d’ambitions… « Il y a des histoires croustillantes en science. Comme partout, il y a des bons et des méchants. De quoi faire plusieurs saisons de bonne télévision, comme avec les motards! » Sébastien Guillon souhaite surtout convaincre les enseignants que, malgré le manque de temps et de moyens, une association avec les scientifiques ne peut être que bénéfique puisque ceux-ci possèdent l’expérience du terrain et, comme lui, un immense désir de partage.
Pour en savoir plus sur le projet Éclairs de sciences et bénéficier du même coup des nombreux outils offerts aux enseignants du primaire : http://www.eclairsdesciences.qc.ca ***
Des scientifiques en or
Les dangers électriques Tout sur l’électricité Voyage en électricité C’est un circuit! Exposition sur l’électricité Électricité et magnétisme L’électricité, c’est
quoi ? D’où vient l’électricité Renseignements de base sur l’électricité Panorama de l’électricité Énergies renouvelables La découverte de l’électricité
statique ***
Actualité
Situé au cœur du Centre des sciences dans le Vieux-Port de Montréal, le LabUQAM est un véritable laboratoire humain in vivo. Il offre aux étudiants en enseignement primaire et secondaire de l’Université du Québec à Montréal, ainsi qu’aux professeurs déjà en fonction et aux conseillers pédagogiques, un environnement des plus stimulants pour apprendre à enseigner les sciences de façon vivante et dynamique. Imaginez, un local en forme de laboratoire au milieu d’une mer d’enfants (145 000 jeunes visitent le Centre des sciences chaque année!).
Cette belle initiative répond à des besoins de plus en plus criants, parce qu’au Québec, non seulement la culture scientifique est déficiente, mais la relève dans ce domaine manque cruellement. Parallèlement, du côté de l’enseignement des sciences dans les écoles, la réforme scolaire annoncée par le ministère de l’Éducation, axée, entre autres, sur la multidisciplinarité et sur les liens entre ce qui est enseigné à l’école et la vie quotidienne, apporte aux professeurs tout un lot de nouveaux défis. De plus, comme l’explique Monique Camirand, responsable du LabUQAM et conseillère-experte en éducation et en formation : « Les professeurs du secondaire, et surtout du primaire, sont très mal à l’aise dans l’enseignement des sciences. Il faut les comprendre, en quatre ans d’études, ils ne suivent qu’un seul cours en didactique des sciences. Nous devons donc leur fournir les outils afin qu’ils puissent s’approprier cette matière. L’expérience nous montre que par écrit, ça ne fonctionne pas. Lire ce n’est pas comme voir. Il faut le vivre, il faut être là! » « Nous avons donc imaginé un environnement qui répondrait à ces nouvelles exigences : un laboratoire-atelier », raconte Patrice Potvin, professeur en didactique des sciences à l’UQAM.
Mais qu’y a-t-il donc dans ce laboratoire? « Nous avons voulu créer un environnement flexible : des tables mobiles qui se plient, des câbles électriques qui descendent du plafond, des comptoirs ignifuges, des ordinateurs avec Internet, un système de projection vidéo, des armoires pleines d’outils, de matériaux, etc. Ça n’a rien à voir avec l’habituelle salle de classe! » s’exclame M. Potvin, visiblement emballé par le projet. Dans leur labo, les futurs enseignants reçoivent la visite des éducateurs du Centre, tous des scientifiques de formation. Ils discutent et expérimentent, mais attention, pas de n’importe quelle façon. « Nous voulons bien montrer aux étudiants que les expériences ne sont pas des recettes. En fait, nous leur soumettons des problèmes qu’ils doivent résoudre. Par exemple, nous les avons amenés sur le bout du quai juste derrière le Centre des sciences et nous leur avons demandé de trouver un moyen d’estimer les distances entre le quai et l’autre rive », ajoute Patrice Potvin.
Voilà donc le genre de situation qu’auront à résoudre leurs élèves. Cette vision de l’apprentissage est à la base de l’esprit qui habite le Centre des sciences. « Les enfants sont très curieux et ils aiment être acteurs, affirme Monique Camirand. Au Centre des sciences, tout est axé vers l’action et la participation. Nous, nous ne faisons que les guider dans leurs découvertes. Ils aiment apprendre, ça les stimule. En outre, plus ils sont impliqués dans une activité, moins il y a de discipline à faire! » En plus d’espérer sensibiliser les jeunes aux carrières scientifiques Mme Camirand caresse aussi d’autres souhaits. « Mon grand rêve serait, d’ici deux ans, de créer une sorte de grande expo-science pour les enseignants où ils pourraient échanger sur leurs projets et partager leurs meilleures trouvailles. » Ainsi, au-delà de l’outil d’enseignement, le LabUQAM se veut un lieu d’échange, voire même une plaque tournante pour le développement de l’expertise entourant l’enseignement des sciences et des technologies. Tout un programme qui risque de faire des petits… callés en science!
La Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM : www.unites.uqam.ca/fedu ***
Un coup d’œil à l’étranger Avec Tous Chercheurs, un projet d’origine belge, la démarche scientifique commence en classe, se poursuit dans la communauté, pour ensuite parcourir le monde. Quel vaste laboratoire!
En collaboration avec l’Université Catholique de Louvain-la-neuve, le Centre de Culture Scientifique de Parentville, la Cité Nature d’Arras en France ainsi qu’avec le Centre International d’Études en Littérature de Jeunesse des Ardennes, le service éducatif du Parc d’aventures scientifiques (PASS), en Belgique, a mis sur pied le projet Tous Chercheurs. « Nous voulions surtout montrer aux enfants que la recherche est accessible à tous et qu’elle s’applique dans notre vie quotidienne », explique Nathalie Clausse, responsable du PASS.
Depuis maintenant trois ans, de septembre à juin, une vingtaine de classes d’écoles primaires, françaises et belges, doit concevoir une expérience scientifique reliée à l’environnement et au développement durable. Comme l’exige la démarche scientifique, les scientifiques en herbe commencent par l’observation, puis formulent une hypothèse, pour ensuite partir en excursion, à la cueillette de données. Ils répertorient les espèces animales d’une rivière ou encore testent la qualité de l’air en étudiant le lichen des arbres. De retour en classe, ils analysent les résultats. Dans le cas où ceux-ci indiquent le moindre signe de pollution, ils doivent agir! La classe détermine alors un plan d’action qu’elle met en oeuvre. Dans certains cas, c’est une véritable chasse aux déchets qui est lancée dans le quartier.
L’impact de Tous Chercheurs va également bien au-delà de la cour d’école. En effet, les participants ont aussi pour mission de sensibiliser leur communauté à leurs recherches ainsi qu’aux actions entreprises pour protéger l’environnement. Les idées abondent et sont très différentes d’une classe à une autre. Alors que l’une a présenté son projet à la mairie, l’autre a contacté les médias locaux. De plus, grâce au site Internet de Tous Chercheurs, les groupes peuvent partager leurs expériences. Dès la fin de l’année scolaire, c’est l’occasion de se rencontrer en chair et en os et de faire la fête au PASS! Tous s’y réunissent et présentent alors leurs projets respectifs. Lors de la rencontre 2003, les élèves en ont profité pour rédiger une charte que tout nouveau participant doit s’engager à respecter. Parmi les treize articles, outre celui qui dit de « privilégier le co-voiturage » et celui qui rappelle de « planter des arbres », on en retrouve également un qui demande de « recycler les déchets pour en faire de l’art ». Les membres de Tous Chercheurs espèrent que la charte soit un moyen efficace d’assurer la pérennité du projet... et celle de notre petite planète bleue.
L’initiative est sans nul doute un succès puisque chaque année, un nombre croissant de classes demande à participer à Tous Chercheurs. Quelques-unes réitèrent même l’expérience. Pour ces habituées, Nathalie Clausse et son équipe voient plus loin. « En septembre 2004, deux classes de 6e année ont demandé à leur professeur de refaire l’exercice. Nous leur avons donc suggéré d’élargir leur recherche à l’Afrique. » Après tout, pourquoi s’arrêter là? Depuis, deux classes prennent part à un projet pilote avec le Burkina Faso. En se basant sur leurs travaux, les élèves comparent l’état de leur communauté à celui d’une région burkinabé. Nathalie veut ainsi sensibiliser les jeunes au fait que toute action posée dans une communauté comme la leur peut avoir des répercussions à des milliers de kilomètres. Un peu comme les battements d’ailes du papillon…
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Le jour où je suis devenue docteure… ***
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