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Clonage,
OGM, thérapie génique… La science occupe désormais
une place centrale dans les débats de société. Pourtant,
les scientifiques sont peu présents sur la place publique pour
éclairer le public et influencer les décideurs. Timidité?
Modestie? Manque de temps? Germain Godbout - récemment retraité
après avoir passé dix ans à la tête de l’Association
francophone pour le savoir (Acfas) – croit qu’il y a un peu
des trois…
PDS : Pensez-vous
que les chercheurs ont un rôle à jouer sur la place publique?
Il n’y a aucun doute. Nous vivons dans une société
de plus en plus technologique et les débats publics sont souvent
fondés sur des arguments scientifiques. Les chercheurs doivent
être en mesure de vulgariser leurs travaux et de valider la pertinence
de ceux-ci auprès des différents acteurs de la société.
Si les scientifiques ne participent pas à cet exercice, l’écart
continuera à se creuser entre le public et le monde des sciences.
Les préjugés et les fausses opinions perdureront.
Les membres du public sont souvent mal informés
sur le plan scientifique. Ils comprennent mal ce qu’est vraiment
un OGM par exemple. C’est évidemment difficile de se forger
une opinion solide quand on n’a pas toutes les données.
PDS : Selon vous,
pourquoi est-ce que les scientifiques participent si peu aux débats
de société?
Quand on leur pose la question, ils répondent
qu’ils voudraient bien y participer, mais qu’ils n’ont
tout simplement pas le temps. On peut les comprendre. Les chercheurs sont
pris entre leurs demandes de subventions, leurs étudiants, les
tâches d’enseignement, leurs recherches… Il reste peu
de temps pour aller sur la place publique.
Mais je pense que ça va plus loin que ça.
C’est aussi une question de société. On constate une
timidité et une humilité chez les scientifiques. Ils travaillent
isolément dans leur laboratoire. Participer à des tribunes
publiques ne fait pas partie de leurs mœurs.

PDS : Est-ce que
les organismes de médiation scientifique comme l’Acfas peuvent
jouer un rôle pour réduire l’écart entre les
scientifiques et la société?
Absolument! En janvier 2003, l’Acfas a d’ailleurs
réalisé un sondage auprès de ses membres qui pointait
dans cette direction. Plusieurs universitaires se sont dit d’accord
pour que l’Association les représente sur la place publique.
Ils se sont même dits prêts à participer à des
groupes de discussion, pourvu que l’Acfas les organise et s’assure
de livrer les résultats aux institutions gouvernementales et au
public.
PDS : L’Acfas
entrevoit-elle initier de tels projets?
Nous songeons effectivement à réunir
des universitaires afin d’obtenir leur opinion sur différents
thèmes : la bioéthique, les nanotechnologies, les technologies
de l’information, etc. Nous allons compiler les résultats
des discussions et les faire connaître aux élus. Nous voulons
que les fonctionnaires soient aussi bien outillés que possible
lorsque vient le temps de prendre des décisions qui impliquent
des notions scientifiques.
Du coup, on veut également sensibiliser le gouvernement
à l’importance de la recherche fondamentale et appliquée.
Le gouvernement actuel n’a pas montré beaucoup d’ouverture
à l’égard des sciences jusqu’à maintenant.
Il a coupé dans les fonds de recherche, les avantages fiscaux et
les budgets de diffusion scientifique. Il faut renverser la vapeur.
PDS : Ces mesures
visent la sensibilisation des élus. Qu’en est-il du grand
public?
Les chercheurs devront faire un effort et s’impliquer.
L’Acfas peut organiser des forums, comme elle l’a fait dans
le cas des rencontres Science et société, mais
les scientifiques doivent être présents pour échanger
leurs idées avec le public. Lors du dernier forum Science et
société au collège Limoulou, en novembre dernier,
on a parlé d’environnement, de sécurité alimentaire
et de dignité humaine. Les jeunes pour lesquels on avait organisé
l’événement ont adoré l’expérience
et les scientifiques ont mis beaucoup d’énergie pour y participer.
Mais ce sont souvent les mêmes qui s’impliquent : Louis
Taillefer, Claude Villeneuve… Il faut aller en chercher d’autres.
PDS : Outre les
représentations politiques et les conférences grand public,
que peuvent faire les scientifiques pour se rapprocher du public?
Ils doivent évidemment être présents
dans les médias. Mais c’est là que la timidité
légendaire des chercheurs se fait le plus sentir! Encore une fois,
ce sont souvent les mêmes que l’on voit. D’autres spécialistes
devraient participer aux débats, mais peu le font. Je ne peux pas
les blâmer, je suis moi-même un grand timide.
En fait, je pense que les médias devraient faire
un effort pour aller au devant des chercheurs. Si les scientifiques n’approchent
pas les journalistes, ils acceptent généralement d’accorder
une entrevue lorsqu’on les sollicite. Moi-même, lorsqu’on
me contacte pour une entrevue, j’accepte volontiers. J’apprends
à surmonter ma timidité!
Propos recueillis par Dominique Forget
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