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Le biologiste Claude Villeneuve partage depuis 25 ans sa carrière entre l’enseignement supérieur, la recherche et les travaux sur le terrain en sciences de l’environnement. Il est actuellement professeur invité à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a publié en 2001 le livre Vivre les changements climatiques. PDS : À votre avis, est-il important pour les scientifiques de s’impliquer socialement? Je crois que le fait de s’impliquer socialement ou non tient davantage de la personnalité d’un individu que du métier qu’il exerce. Choisir de faire du bénévolat pour améliorer la société, pour éduquer, protéger un écosystème ou réhabiliter un ruisseau relève beaucoup plus de la passion que de la fonction. Les comptables aussi bien que les scientifiques peuvent s’impliquer! C’est avant tout un choix personnel. PDS : Le scientifique n’a-t-il pas un impact social ou politique plus important à cause de ses connaissances? La science, contrairement à ce que l’on pourrait penser, influence peu la société. Les scientifiques sont rarement consultés et n’ont pas de poids politique. On n’a pas attendu de connaître les effets de la bioaccumulation des pesticides avant de les utiliser, ni de comprendre le processus de régénération des forêts avant de les couper. Les résultats des recherches scientifiques arrivent souvent beaucoup plus tard que les décisions politiques. On joue avec des choses qu’on ne connaît pas et on s’étonne quand c’est cassé… PDS : Mais certains scientifiques sonnent parfois l’alarme sur l’état de la planète… C’est vrai que de temps en temps un scientifique va lever un drapeau pour annoncer quelque chose. Mais il ne sera pas toujours entendu. Tout dépend de sa capacité à mobiliser les médias. J’ai des collègues qui étudient la biodiversité des insectes. Ils se passionnent pour ce travail. Mais s’ils essayaient de sensibiliser l’opinion publique à l’importance de leurs 1200 espèces de fourmis, ils n’y parviendraient pas. Le scientifique ne peut qu’intéresser les gens qui partagent déjà sa passion par des oeuvres éducatives, comme les clubs d’ornithologie, d’entomologie ou de mycologie... PDS : Est-ce aux chercheurs de vulgariser la science ou peuvent-ils se fier aux journalistes pour le faire? La science est très mal couverte par les médias en général. Les journalistes cherchent avant tout le sensationnel. C’est la règle pour qu’ils soient publiés. Pour les scientifiques, c’est la règle inverse. À part quelques magazines et l’Agence Science-Presse, les journalistes qui couvrent la science dans les médias au Québec ne vérifient jamais leurs sources et ne prennent pas le temps d’expliquer de quoi ils parlent. Par exemple, on répète inlassablement dans les médias que les forêts sont les poumons de la planète. C’est une vérité reçue. Mais c’est archi-faux. Depuis quinze ans, je l’explique. C’est écrit dans mon livre… et pourtant on continue de le répéter. PDS : Croyez-vous, malgré tout, qu’il soit important de vulgariser la science? Une des rares choses dont nous ne pouvons abuser dans la vie c’est la connaissance. C’est un domaine où la modération n’a aucun sens. Malheureusement, les connaissances scientifiques sont très mauvaises ici à cause de l’éducation et des médias. On ne valorise pas en Amérique du Nord les têtes bien faites. C’est encore mal vu d’être éduqué et de bien parler. On préfère l’approximation. Le jour où il y aura une meilleure éducation scientifique dans les médias et à l’école, qu’il y aura une meilleure compréhension des enjeux et des mécanismes scientifiques; en d’autres termes, le jour où on arrêtera de dire que la science c’est aride, on aura fait un grand bout de chemin pour améliorer la culture scientifique québécoise. En attendant, on est loin d’avoir viré les astrologues du Québec!
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Villeneuve Claude et Richard François, Vivre
les changements climatiques, éditions MultiMondes, 2001,
274 pages
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