Au collège Mont-Saint-Louis, à Montréal, les élèves mangent de la science au petit déjeuner. Et pour cause : un enseignant passionné d’histoire ancienne les initie à la fouille archéologique… dans leur cour de récréation.


Un nouveau mystère sous terre chaque année

L’initiative est née grâce à Serge Robillard, alors professeur de latin et de civilisation romaine au Collège Mont Saint-Louis. Une belle journée d’été 1996, muni d’une pelle, il creuse une fosse d’une profondeur d’environ trois mètres dans la cour du collège. L’idée : permettre à ses élèves latinistes de se familiariser avec diverses méthodes de la recherche archéologique. Le projet était lancé.

« C’est comme dans un roman policier, je laisse des indices pour permettre à mes élèves de reconstituer l’histoire. » Depuis, Serge Robillard crée de véritables scénarios historiques en partant d’une époque précise de l’Antiquité, puis prend la peine de trouver des objets appropriés et les enterre soigneusement. On y trouve de tout, même des divinités!

 
Ce printemps, les jeunes apprentis découvriront un temple doté d’un four en fer, entouré d’une quarantaine d’objets de l’époque gauloise. Sous la terre reposent également des barils, un fer à cheval (inventé par les Gaulois) et de la poterie dont il a soigneusement modifié l’apparence dans son atelier pour coller le plus possible au style de l’époque. L’année précédente, c’était la maison d’un guerrier, avec ses armes, qui fut mise en terre; même un faux squelette s’y trouvait.
 


À la fin de chaque période de fouille printanière, les élèves analysent en classe les objets découverts tout en s’amusant à résoudre les énigmes historiques lancées par leur professeur.


L’ABC de l’archéologie

Avant de mettre les mains dans la terre, une initiation complète a lieu en classe. Les archéologues en herbe ont le choix entre trois niveaux de cours pour s’initier aux rudiments du métier, comprendre les précautions à prendre et saisir l’objectif de cette discipline. « Car méfiez-vous, le but de l’archéologue n’est pas de trouver un trésor, mais de reconstituer l’histoire », explique M. Robillard, qui a également conçu un manuel pédagogique adapté aux novices se préparant à une fouille archéologique.

Avant d’entamer toute recherche de terrain, les élèves doivent comprendre qu’il est nécessaire de délimiter la zone à prospecter. Ils apprennent à effectuer le relevé topographique d’un site, à se servir d’un tamiseur lors des fouilles, à noter sur un quadrillage l’emplacement de chaque découverte et à prendre les premières mesures de conservation lors d’une découverte. En un mot, à suivre un strict protocole de recherche scientifique.


En passant par Avignon, on y danse et on y fouille

Ainsi outillés, les jeunes sont (presque) de taille à impressionner des archéologues professionnels quand ils se retrouvent sur un vrai chantier. De la cour du collège Mont-Saint-Louis à des véritables sites de fouille en Europe, il n’y a en effet qu’un pas que Serge Robillard a allégrement franchi en proposant à ses élèves une activité parascolaire : des voyages d’été à saveur archéologique.

 

 
Depuis six ans, plus de 300 jeunes ont ainsi eu la chance de partager la passion de leur professeur. Une passion contagieuse : Serge Robillard se souvient en particulier d’une jeune adolescente tellement séduite par ses découvertes qu’elle ne voulait plus quitter la fosse qu’elle explorait sur un site en Provence, lors de sa dernière journée. Une autre jeune élève n’en revenait pas de tenir entre ses mains des morceaux touchés par d’autres mains, 1900 ans avant elle…
 

Lors du premier voyage archéologique, à Rome, la barrière linguistique limitait les échanges entre les jeunes et leurs hôtes italiens. C’est à ce moment que M. Robillard a eu l’idée de trouver un site permanent pour de futurs voyages archéologiques. La Provence lui apparaissait une région idéale. Un coup de fil à un ami provençal et le tour était joué. L’enseignant a obtenu l’autorisation de participer avec ses élèves aux fouilles sur plusieurs sites historiques de cette région ancestrale et a mis sur pied une équipe d’enseignants, spécialistes d’histoire, de religion ou de latin, afin de faire profiter les jeunes de leur expertise.

Au fil des ans, Serge Robillard est devenu un guide chevronné et n’a jamais manqué une seule mission. Pour rajeunir la dynamique du voyage, il passe le flambeau : « Je cède les rênes à mon jeune collègue latiniste, il est aussi passionné que moi! » Ainsi la sixième édition de l’aventure archéologique se déroulera-t-elle sous la tutelle d’un nouvel enseignant. Antoine Therrien, jeune professeur de latin depuis trois ans (et ancien élève du collège), accompagnera en Provence quelque 49 jeunes de 3e secondaire inscrits au cours optionnel de civilisation romaine. Leur voyage les mènera sur la trace de la civilisation romaine à travers les Antiques de St-Rémy. Dans la ville d’Orange, ils admireront le seul théâtre possédant encore un mur de fond et où fut construit le premier arc de triomphe avec trois arches. Les élèves poursuivront leur itinéraire au site de Glanum, sur lequel quatre anciennes civilisations se sont succédées. Les sites de Nîmes, d’Arles et de Carcassonne sont également au programme.


Andrea Slobodova
Collaboration spéciale




Le projet « Voyage en Provence » et sa future édition de juin 2004 sont présentés en détail à l’adresse suivante : www.msl.qc.ca

Vous pouvez aussi contacter directement Serge Robillard, aujourd’hui directeur des 2e et 3e cycles au collège Mont Saint-Louis, à l’adresse : srobillard@msl.qc.ca

Pour plus d’information sur les fouilles fictives dans la cour du collège, visitez le site : www.msl.qc.ca

 



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