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![]() Lorsqu’on
demande autour de soi qui est l’archéologue le plus connu dans
le monde, la réponse est unanime : l’irrésistible
Indiana Jones! Pourtant, si la réalité de cette discipline
passionnante semble bien loin des aventures du célèbre héros,
les archéologues, eux, savent bien que leurs recherches sont de véritables
enquêtes policières qui les mènent, parfois, au bout
du monde. Et si M. Jones nous semble un peu fou, sachez que certains chercheurs
partagent ce point de vue. « L’archéologie,
c’est une sorte de maladie mentale! » Celui qui tient
ces propos sait bien de quoi il parle : Norman Clermont a fouillé
en France, en Syrie, en Iran et au Québec pendant toute sa vie à
la recherche de réponses à des questions qui l’empêchaient
de dormir. Qui sommes-nous? D’où venons-nous? Comment l’hominisation
s’est-elle produite et par quels extraordinaires mécanismes
et hasards sommes-nous là aujourd’hui? Pourquoi? |
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| Les réponses se trouvent dans des ruines, des vieilles pierres, des morceaux d’os calcifiés par le temps, qui, pour la majorité d’entre nous, ne sont que des lieux et des objets muets et vides. La magie de l’archéologie consiste à faire revivre un passé enterré depuis des milliers d’années, et à retracer le chemin parcouru par nos ancêtres. « Notre esprit devient vite submergé par ces enquêtes, au point où l’on sacrifie ses soirées, ses fins de semaine, ses vacances, sa télévision, à l’assouvissement de son questionnement… Jusqu’au moment où l’on réalise que les recherches ne seront jamais terminées : la maladie mentale, c’est la fixation et l’exclusivité au profit d’une curiosité passionnée. » Et insatiable. |
Aujourd’hui retraité, Norman Clermont a été chercheur et professeur d’archéologie pendant plus de trente ans au département d’anthropologie de l’Université de Montréal. Il a su rendre sa matière captivante pour des milliers d’étudiants qui ont tous été marqués tant par sa personnalité que par ses méthodes pédagogiques peu communes. Les cours magistraux de M. Clermont se déroulaient en effet comme les épisodes d’une série à suspense, dont il était à la fois le narrateur, le metteur en scène et le principal acteur. L’amphithéâtre se transformait alors en scène de spectacle. « Il faut avant tout émerveiller l’auditoire, le surprendre et révéler l’intérêt de l’archéologie pour la compréhension du phénomène humain dans toute son épaisseur évolutive. Si personne n’arrive à vous convaincre que le passé est captivant, vous ne vous y intéresserez jamais. Il est donc aussi important d’éveiller agréablement la curiosité des plus jeunes, que ce soit au primaire ou au secondaire, pour cette dimension capitale de notre appartenance collective. » Ses étudiants ont eu la chance de joindre la pratique à la théorie. L’Université de Montréal leur donne en effet la possibilité d’aller fouiller sur un site très riche, celui de Pointe-du-Buisson (Melocheville), où se trouve l’école de fouille que Norman Clermont a supervisée de 1977 à 2000. Les mains dans la terre, avec des instruments précis et des méthodes à suivre, les futurs chercheurs grattent, soupèsent et cherchent ce qui se cache derrière le moindre tesson de poterie. Les enfants seraient sûrement intéressés de constater à quel point les adultes peuvent eux aussi tripper à jouer dans la boue, à quatre pattes avec des petites pelles…
Les trois objectifs principaux de cette science fascinante sont : documenter, comprendre et représenter. Il faut donc trouver des sites et décoder des indices pour les transformer en informations. Puis il faut traduire ces informations en comportements culturels cohérents et logiques. Et si la représentation qui en découle est perpétuellement sujette à retouches, c’est pour mieux inspirer les archéologues de demain qui souhaiteront trouver des réponses plus satisfaisantes que celles qui leur ont été laissées en héritage. « L’envergure de cette discipline est énorme car le passé est incommensurable et que l’espace d’enquête est de nature planétaire! Personne ne peut donc maîtriser ce champ de curiosité pratiquement sans fin. » Avis aux futurs archéologues qui sommeillent dans les écoles : puisqu’il faut aller fouiller dans les profondeurs de la nuit des temps pour comprendre qui nous sommes, il y a du travail assuré jusqu’à la fin du monde!
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