Pluie de science
Numéro 31, Printemps 2008

Décliner la science
Le Musée des sciences du Minnesota : la science sur mesure

Mots-clés : Musée des sciences du Minnesota, science, société

Installé au coeur de Saint Paul, la capitale de l’État du Minnesota, le Musée des sciences du Minnesota accueille plus de 800 000 visiteurs par année. L’institution centenaire est notamment reconnue pour son engagement auprès de la communauté qu’elle dessert. Une communauté cosmopolite, à l’image des États-Unis, composée à 40 % de citoyens noirs, latinos, asiatiques ou encore amérindiens. Partant de la conception qu’une exposition ne peut toucher tous les publics pareillement en fonction de leurs subjectivités et de leurs cadres d’interprétation respectifs, le Musée s’efforce de multiplier les approches. Le défi, selon son président, Eric Jolly, c’est de parvenir à rejoindre tout le monde, dans un contexte où le savoir scientifique n’est initialement pas réparti équitablement entre les différents groupes sociaux.

Eric Jolly sait de quoi il parle. Il est lui-même de descendance Cherokee et sa lutte pour un accès plus équitable aux sciences et technologies a commencé bien avant qu’il ne prenne la tête du Musée en 2004. Il a notamment fondé l’Institut national de discrimination positive et de la diversité, est membre de la Société pour l’avancement des Latinos et des Amérindiens en science et travaille souvent avec des groupes comme le Conseil national pour les minorités en génie. « Le savoir scientifique est aujourd’hui essentiel à la participation économique et civique de tout individu, insiste Éric Jolly. Notre rôle en tant qu’institution est donc d’insuffler l’urgence de disséminer ce savoir à tous. »

Pour ce faire, il ne s’agit pas seulement de traduire les expositions en espagnol ou de rendre les installations interactives plus accessibles aux personnes aveugles ou sourdes. « Il nous faut reconnaître que, dans plusieurs cultures, la science n’est pas la seule façon d’appréhender le monde. » Le centre des sciences cherche donc à combler les fossés culturels. Par exemple, depuis trois ans, le Musée s’est doté de jardins traditionnels amérindiens. Ces expositions vivantes offrent la possibilité d’aborder la botanique et la médecine dans un cadre significatif pour les jeunes Amérindiens de la région. Tout au long de l’année, le Musée est aussi l’hôte de journées dédiées à certaines communautés culturelles et à l’expression de leurs représentations scientifiques particulières : la journée des Amérindiens, des Afro-Américains, etc. Des journées Fusion de la science sont aussi l’occasion de jumeler ces différents univers culturels : « De cette façon, par exemple, on peut traiter de l’astronomie moderne par le biais de mythologies traditionnelles. »

Fruit d’une étroite collaboration

Pour adapter la forme et le contenu de ses expositions à différents publics, le Musée des sciences du Minnesota s’est constitué un réseau d’alliés au sein des communautés ciblées. « Des comités de représentants de différentes minorités culturelles participent à l’identification de sujets d’intérêt à aborder », précise le président du Musée. Dans le cas d’expositions particulièrement marquantes, comme Le monde du corps (http://www.spst.org/pluiedescience/0607/0607_05.html), ces comités contribuent aussi au développement de thèmes spécifiques à explorer dans des forums et séminaires. Les jeunes sont également mis à contribution à travers les programmes de soutien aux jeunes à risque du Musée. « Les participants deviennent des ambassadeurs des sciences dans leur milieu. Par exemple, un de nos groupes d’adolescents a récemment conçu et traduit des visites du Musée destinées spécifiquement aux seize communautés culturelles dont ils sont issus. »

Des efforts utiles ?

Pour savoir si toutes ces tentatives fonctionnent, une équipe de recherche évalue continuellement l’efficacité des activités de communication scientifique du Musée. Les résultats sont par la suite mis en application. L’exposition permanente Science on a Sphere illustre bien ce processus. Cette immense sphère multimédia, qui présente des données relatives aux sciences de la terre, est modifiable en fonction de sa programmation. La recherche a démontré que certains formats de messages audio ou vidéo étaient mieux compris par certaines clientèles. Le Musée doit donc varier ses contenus en fonction de l’auditoire ciblé. « Par exemple, si nous savons que le mardi après-midi notre clientèle est surtout composée d’aînés, nous présentons les contenus qui sont plus signifiants pour eux. »

Et pour ce qui est du succès du Musée auprès des participants à son programme d’aide pour les jeunes à risque, il est encore plus facilement mesurable : 95 % d’entre eux poursuivent des études post-secondaires alors qu’ils proviennent de milieux où le taux de décrochage scolaire frise les 75 %. La science et la démarche qui sous-tendent ces initiatives deviennent ainsi non seulement des outils de participation civique, mais aussi d’intégration sociale.


Anouk Desgroseilliers

Collaboration spéciale


Pour en savoir plus : http://www.smm.org/

 

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