| Pluie de science Mots-clés : blogues, science, société « Les scientifiques s’investissent dans les débats sociaux pour la même raison qui pousse les citoyens ordinaires à s’engager à faire changer les choses. Il est choquant d’entendre de nombreuses critiques de la science et des scientifiques par les non-scientifiques qui ne sont souvent basées que sur des perceptions et non des faits. On peut citer en exemple le prétendu manque d’éthique des scientifiques, qui, dans les faits, n’est fondé que sur le comportement d’une minorité. De plus, si l’on veut que la perception des scientifiques change, il faut ne pas hésiter à prendre notre place dans le débat public, sinon l’espace public sera totalement occupé par des artistes, des politiciens ou des charlatans dont le message pré-mâché est plus digeste pour les médias. » Celui qui parle est Yvan Dutil, un astrophysicien qui n’hésite pas à prendre la plume sur les enjeux citoyens liés aux sciences. L’une de ses tribunes est le blogue « Astronomie » de l’Agence Science-Presse. Dans leur ouvrage Science ! On blogue, les auteurs Pascal Lapointe et Josée Nadia Drouin déplorent cependant le nombre encore trop faible de blogues de science en français. L’agence de presse scientifique a bien lancé les siens, mais elle doit solliciter les scientifiques qui en rédigent les billets. Malgré son succès, ce projet ne résulte toutefois pas d’initiatives individuelles. Cela dit, des sites personnels, contenant plus que des blogues, commencent à voir le jour sur la toile francophone. L’espace numérique est-il un lieu d’épanouissement pour les débats sur la science et la société ? Un tour sur la Toile… Après cinq années d’organisation et d’animation de forums publics, Éric Raulet vient de lancer Inexens (http://www.inexens.com/). Ce juriste de formation semble déçu de la qualité des débats où le militantisme échauffe les esprits. « Je suis convaincu que nous pourrons mettre en place une science citoyenne à la condition de poser les problèmes de la manière la moins polémique et la plus constructive possible », insiste-t-il. Et il compte bien y participer, entre autres, grâce à son blogue. Ariane Vlérick s’est quant à elle laissée entraîner petit à petit dans l’aventure. Tout débute alors qu’elle est responsable des publications scientifiques, techniques et médicales chez un éditeur. Elle crée une liste de diffusion qui tient ses destinataires à jour sur les nouvelles publications, en particulier celles à saveur sociale. « Je faisais cela à titre personnel, par plaisir et intérêt public, sans accorder la moindre exclusivité aux publications de la maison d’édition qui m’engageait », précise-t-elle. Et puis, les gens commencent à répondre et des discussions s’engagent. Ariane Vlérick décide donc d’inaugurer Défisciences (http://www.defisciences.info/), un forum de discussion en bonne et due forme, accompagné d’un blogue. Quant à Michel Claessens, lui non plus ne s’est pas levé un matin en décidant subitement de monter un site Internet. Pour ce communicateur scientifique de profession qui possède plus d’une corde à son arc, il s’agit presque de la suite logique des choses. Son site, Science et communication (http://www.michelclaessens.net/home_fr.html), reste toutefois le fruit d’une démarche personnelle. L’auteur est d’ailleurs particulièrement « satisfait d’avoir créé ce site à partir de zéro en apprenant le b.a.- ba du langage HTML et de la mise en ligne. » Le site de Michel Claessens n’est pas un lieu d’échange où les commentaires sont affichés. On y retrouve par contre une grande diversité de textes. Il souhaite « partager ses idées et ses réflexions avec un public intéressé par les questions de science et de société », alors que les deux premiers sites se veulent « un point de rencontre et de dialogue de qualité entre chercheurs et profanes, en offrant de nouvelles idées de débats publics », pour reprendre les mots d’Éric Raulet. Malheureusement, Ariane Vlérick regrette que son site n’atteigne pas tout à fait le public ciblé au départ. Des acteurs des milieux de la science et de la communication participent, mais peu de gens du public. « J’ai reçu quelques courriers de lecteurs qui m’ont indiqué qu’ils trouvaient le site très intéressant, mais qu’ils ne comptaient pas y contribuer parce qu’ils n’oseraient pas prendre la parole devant tous ces érudits, soupire-t-elle. C’est ce qui me chagrine le plus. » Pour la (bonne) cause À ce sujet, quand on parle aux trois auteurs de l’achalandage sur leur site, aucun ne pense à donner de chiffres ! « Je ne cherche pas encore à mesurer son impact », lance Éric Raulet. « Je n’ai pas de données quantitatives », renchérit Michel Claessens. Ce dernier semble accorder plus d’importance au contenu des commentaires qu’il reçoit de ses lecteurs et qu’il juge « étonnamment positifs » compte tenu du graphisme de son site qu’il qualifie lui même de « primaire ». En outre, aucun des trois ne tire de revenus de son site. « Ce site ne m’a pas permis d’augmenter mes revenus, je n’y ai même jamais pensé ! Au contraire puisqu’il me coûte un peu d’argent… », explique Ariane Vlérick. Et la visibilité pour Michel Claessens, qui vit de la communication scientifique ? « Je dirais que c’est très marginal par rapport à celle que me donnent mes autres activités, notamment en temps que responsable de la Commission européenne et rédacteur en chef du magazine Research*eu (http://ec.europa.eu/research/research-eu/index_fr.html) », répond l’intéressé. Donc, peu de sources de gratifications mesurables à première vue. Et, en plus, ce n’est pas toujours de tout repos. L’une des plus grandes difficultés semble être la mise à jour. « Je mets mon site à jour toutes les semaines... dans la mesure du possible. Je manque de temps pour alimenter régulièrement toutes les rubriques du site. », reconnaît Éric Raulet. Ariane Vlérick voudrait en faire plus, mais sa vie professionnelle l’occupe déjà énormément. Quant à Michel Claessens, il n’y « consacre pas autant de temps qu’il voudrait : un ou deux textes par mois. » Par contre, il les publie en français et en anglais. Mais alors, qu’est-ce qui peut bien les motiver ? Des raisons aussi personnelles que les sites qu’ils ont créés. La mission à accomplir, ainsi que partager ses « succès et déboires au sujet de rencontres publiques sur les questions de science et société » dans le cas d’Éric Raulet. Le contact, même virtuel, avec les gens pour Ariane Vlérick : « Les abonnés sont presque tous des personnes qui ont un jour croisé ma route et échangé avec moi des points de vue intéressants sur les sujets d’intérêt du site. » « Ce que j’apprécie particulièrement à propos du site, c’est qu’il est opérationnel et simple, offre du contenu et qu’il est bilingue. Sa création est une expérience très enrichissante », résume Michel Claessens.
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