Pluie de science
Numéro 31, Printemps 2008

www.spst.org/pluiedescience/0308

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Éditorial
Science et société dans les musées : une lame de fond

Tendance lourde et récente : la science se conjugue désormais au mode « société ». En clair, on est enfin sortis du XIXe siècle : un musée de science qui se respecte n’est plus un cabinet de curiosités. Les questions scientifiques se teintent d’éthique et s’introduisent dans les cours de philosophie. La question n’est plus de savoir « comment ça marche ? », mais « quelles conséquences cela aura-t-il sur ma vie ? » Mieux : « quel impact cela aura-t-il sur notre mode de vie à tous ? »

Appelons-le comme on voudra – science citoyenne, démocratie scientifique, science et société : un nouveau paradigme est né. Et plus que jamais, le questionnement y côtoie l’émerveillement.

On s’interroge, on interroge… On débat. Certes, on dérape aussi quelquefois. Les questions sont multiples, les réponses, infinies. La science, au fond, reste une aventure tourbillonnante et les néophytes mal accompagnés se risquent en terrain mouvant.

Pour nous aider à nous y retrouver, les outils d’informations scientifiques ont eux, aussi, pris la tangente « citoyenne ». Parmi eux, les centres de science d’un peu partout surfent sur cette vague qui met la société face à ses responsabilités. Une petite révolution sur laquelle se penche ce nouveau numéro de Pluie de science, à l’heure où le Canada se prépare à accueillir le 5e congrès mondial des centres de science en juin prochain à Toronto.

Vaste sujet qui nous fait parcourir une bonne partie de l’Amérique du Nord. En introduction, avec le spécialiste Bernard Schiele, il sera question de l’évolution des pratiques de diffusion et de vulgarisation des sciences en fonction des nouveaux rapports entre la science et la société. Puis, nous nous envolerons vers le Minnesota, dans un musée dont le public est à l’image de la diversité culturelle des États-Unis. Là-bas, comme l’explique son président Eric Jolly, le défi est de parvenir à rejoindre tout le monde, dans un contexte où le savoir scientifique n’est initialement pas réparti équitablement entre les différents groupes culturels et sociaux.

À Sudbury, dans le nord de l’Ontario, nous rencontrerons les responsables du musée Science Nord qui vivent une expérience unique de collaboration avec une université. Leur parti pris : les musées de science ne doivent plus se contenter de divertir, mais doivent plutôt s’ériger en ressources pour le public. Leur défi : ne plus présenter la science inscrite dans les manuels scolaires, mais celle qui se fait au jour le jour dans les laboratoires de recherche, parce que c’est cette science-là qui suscite la controverse.

Puis, le point de vue de l’Association of Science-Technology Centers nous apportera un éclairage global sur la question de la responsabilité sociale des centres de sciences. Pour citer son représentant, le message est clair : « La visite d’un centre de science ne commence pas lorsqu’on franchit la porte et ne se termine pas quand en on sort. Les gens doivent se sentir investis d’une sorte de responsabilité pour discuter dans leur milieu de ce qu’ils y ont appris. »

De retour au Québec, nous vous présenterons une entrevue avec Benoît Légaré, du Centre des sciences de Montréal, qui vient de se refaire une beauté en mettant, notamment, l’approche sociétale à son menu.

Enfin, si les musées semblent embrasser avec enthousiasme leur nouveau rôle, scientifiques et simples citoyens sont souvent à l’avant-garde du raz-de-marée « science et société ». Les plus engagés lancent des débats sur Internet et participent à des blogues. Un article sur la prolifération de ces sites citoyens sur la Toile francophone nous en fera découvrir quelques-uns.

Notre dossier thématique du Kaléidoscope vous fera quant à lui connaître une quarantaine d’outils et de services québécois qui affichent leur bannière « science citoyenne ». Nos collègues de la formation en Science, Technologie et Société de l’UQAM se sont faits recherchistes et nous proposent leur sélection de livres et de sites sur le sujet.

Bonne lecture !

Anne Fleischman
Rédactrice en chef

af@spst.org

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Scientifiques, vos papiers !
Un scientifique parlant vrai peut faire des dégâts

Mots-clés : musées, communication des sciences, société

Cet article est tiré de la revue RDT info, le Magazine de la recherche européenne, N° 51 - Décembre 2006
http://ec.europa.eu/research/rtdinfo/51/article_5118_fr.html

Professeur au Québec [Faculté des communications de l’UQAM], parcourant l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord, Bernard Schiele y analyse et confronte la « publicisation » – et non la vulgarisation – de la science. L’implication des chercheurs, le discours des médias et le travail des musées sont les grands thèmes qui sous-tendent sa réflexion.

Bernard Schiele – Membre du comité scientifique du PCST (Public communication of science and technology), chercheur au CIRST (Centre interuniversitaire sur la science et la technologie), Bernard Schiele est professeur à la Faculté des communications de l’université du Québec à Montréal (UQAM). Ses recherches portent sur la « publicisation » de la science, notamment à travers les médias et les musées. Il dirige des recherches comparatives au Canada, aux Etats-Unis, en France et préside le comité scientifique international intervenant dans le projet de musée des sciences de Pékin.

Communiquer la science résonne parfois comme une sorte de mot d’ordre un peu volontariste. Il s’agirait, par exemple, de « faire accepter la science ». Est-ce vraiment là que se situe la question ?

En réalité, la science est très bien implantée dans nos sociétés où la dynamique économique repose de plus en plus sur une intense activité de recherche. Cette relation entre le savoir et l’économie n’est pas nouvelle, mais elle a considérablement changé de sens au cours des temps. Au 19e siècle, l’application des connaissances scientifiques a favorisé l’émergence de la grande industrie et ce fut un élan caractérisé par l’affirmation de la nécessité sociale de la science.

De nos jours, les technologies découlant de la science transforment l’ensemble de nos façons de penser, d’être, d’agir, d’anticiper… Cette omniprésence s’accompagne de réticences. Elle a pour effet « naturel » de susciter des incertitudes, voire des « contre-discours ». Comment pourrait-il en être autrement quand la science redéfinit notre conception de ce que l’on croyait acquis: « être humain ».

Comment est apparu cet esprit critique ?

Le public a progressivement pris conscience que le progrès se double de nuisances et de risques – accident à la centrale nucléaire de Three Miles Island en 1979, explosion d’une usine de pesticides à Bhopal en 1984, Tchernobyl en 1986, etc. La science n’est plus acceptée de facto, mais comme une possible contribution au progrès. Ce glissement représente une étape importante dans les rapports entre science et société.

Le public se pose également de nombreuses questions en raison de l’imbrication – de l’harnachement – de la science à l’économie. Autrefois, la recherche était vue comme une sphère de probité et d’autonomie relatives. Jusqu’après la seconde guerre mondiale, pour dire les choses rapidement, on croyait à un monde idéalisé des sciences productrices de connaissances fondamentales, dont les retombées, appropriées par les acteurs sociaux, contribueraient à un mieux-être individuel et collectif. La science, où la recherche fondamentale jouait un rôle important, était un moteur indirect de l’économie. On a rompu depuis avec l’utopie d’une société transformée par la raison des Lumières. Les sciences contemporaines sont repensées dans le contexte de la globalisation, dont on commence à mesurer les effets négatifs. Aujourd’hui, la volonté de progrès économique pousse une recherche, de plus en plus instrumentalisée, sur les chemins de l’innovation. L’objet technique est conçu pour une durée de quelques mois, ensuite un autre produit rend le premier obsolète. L’innovation est asservie à l’économie et la recherche fondamentale à l’innovation.

Les scientifiques, dont une des grandes qualités est de douter, devraient peut-être se réjouir du scepticisme des citoyens…

Ce doute est, en effet, nécessaire et sain. Si vous parlez en tant qu’expert, on veut savoir qui vous êtes, avec qui vous travaillez – une série d’éléments qui peuvent sembler contingents mais sont, en réalité, importants. Cette « curiosité » est la preuve d’un partage certain du savoir et d’une conscience des enjeux, dans une société dès lors responsabilisée. Un nombre croissant de citoyens demandent des explications, veulent rentrer dans le débat, partageant les enjeux de ceux qui vivent sur une même planète. Regardez le débat sur l’environnement. C’est une question vitale et beaucoup de tentatives ont été faites pour restaurer la confiance entre les instances politiques, économiques et scientifiques et la société. Ce sont d’ailleurs les scientifiques, dans ce cas, qui ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme.

L’académie britannique – The Royal Society – vient de réaliser une enquête auprès d’environ 1500 scientifiques pour connaître leur point de vue sur la communication de la science. Si ceux-ci estiment l’importance du phénomène, nombreux pensent néanmoins que le principal de leur temps doit être consacré à la recherche et qu’ils sont déjà obligés d’en passer beaucoup à tenter de trouver des crédits…

On remarque que les « vulgarisateurs » sont le plus souvent des chercheurs en début de carrière, ou des scientifiques en fin de parcours – ce qui leur confère une forme de légitimité et l’assentiment de leurs pairs. Les chercheurs « dans le vif » de leur vie professionnelle s’y investissent totalement, expliquant qu’ils n’ont pas d’autre choix. Je pense pourtant que les scientifiques ne peuvent faire l’économie de cette implication dans la société.

Ceci dit, les décideurs – politiques, économiques et scientifiques – n’apprécient pas trop que les chercheurs s’impliquent ouvertement dans le débat science-société. Ils préfèrent les reléguer dans un rôle d’experts techniques. Un scientifique parlant vrai peut faire des dégâts et nos instances dirigeantes n’ont pas tellement envie que trop de savoir circule. D’où le malaise inhérent à l’idée même d’une société dite « du savoir » (knowledge society).

Dans ce cas, ce serait aux journalistes d’aller frapper à la porte des chercheurs ?

Oui, et ils se doivent de le faire. Mais en gardant à l’esprit que les médias se trouvent dans une position parfois difficile. Les journalistes scientifiques sont un peu comme les intermédiaires naturels entre les chercheurs et le public. Ils déplorent souvent que ceux-ci manquent de talent dans l’art de communiquer, mais c’est également une manière de justifier leur propre rôle. Toutefois, lorsqu’un scientifique possède de l’aisance et une certaine aura, les médias ont tendance à l’appeler pour intervenir sur tout car ce chercheur rencontre les attentes du champ médiatique (par exemple pour sa capacité à résumer une situation en une image, à rapprocher deux situations, à utiliser des métaphores, etc.) plutôt qu’en fonction de sa propre expertise. Ce chercheur est donc appelé en raison de critères médiatiques plutôt que scientifiques, augmentant ainsi le risque de déborder sa propre sphère de compétence et de glisser vers l’opinion. Ce à quoi un public averti est sensible, et le conduit à s’interroger sur les médias, leur mise en scène des scientifiques, et celle de la science elle-même. C’est pourquoi, le métier de journaliste est aussi crucial que difficile.

Un autre espace de communication de la science sur lequel vous travaillez est celui des musées. Comment traduisent-ils, à leur manière, l’évolution des relations entre la recherche et le public ?

De manière générale, les musées reflètent le rôle des sciences dans la société. À Paris, le Palais de la Découverte, inauguré en 1937 glorifiait la recherche fondamentale et la Cité des sciences et de l’industrie, en 1986, était conçue pour présenter et valoriser les applications techniques, caractérisant chacun deux moments de l’évolution du rapport science/société.

Le Palais de la Découverte avait pour objectif (et le poursuit aujourd’hui) de recréer le moment clé de la recherche en reproduisant les expériences significatives qui jalonnent la connaissance. La découverte, c’est ce moment rare qui récompense des années de travaux menés dans le souci de faire progresser la science et l’humanité, sans aucune contrainte de rentabilisation. Cette vision a longtemps prévalu. À partir des années 70 la donne change : le développement économique soutenu par une pression implacable sur l’innovation s’impose comme enjeux sociétal. L’éclosion des centres de science et la montée en parallèle de la communication scientifique vont prendre acte de ce changement de perspective. La muséologie des sciences entreprend sa « révolution culturelle ». Les nouveaux centres mettent l’accent sur la relation de communication, imaginent des dispositifs interactifs, à la fois ludiques et didactiques, afin de capter l’attention des visiteurs et de la fixer sur les réalisations techniques et industrielles. C’était sans compter sur le doute d’un public qui n’attend pas nécessairement des réponses, mais souhaite des éléments de réflexion. Les responsables des musées sont donc tiraillés entre un nouveau rapport science/société, qui leur suggère une forme de mise en scène des sciences allant de soi, un public plus critique, et une pression des industries culturelles poussant à la consommation. Mais ils savent, fort heureusement, qu’ils ne concurrenceront jamais Disneyland et ne reviendront plus à une image d’Epinal du progrès. C’est peut-être cet état d’esprit qui nous indique que les efforts de communication scientifique portent leurs fruits…


Merci à M. Michel Claessens de nous avoir donné l’autorisation de reproduire intégralement cet article.

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Décliner la science
Le Musée des sciences du Minnesota : la science sur mesure

Mots-clés : Musée des sciences du Minnesota, science, société

Installé au coeur de Saint Paul, la capitale de l’État du Minnesota, le Musée des sciences du Minnesota accueille plus de 800 000 visiteurs par année. L’institution centenaire est notamment reconnue pour son engagement auprès de la communauté qu’elle dessert. Une communauté cosmopolite, à l’image des États-Unis, composée à 40 % de citoyens noirs, latinos, asiatiques ou encore amérindiens. Partant de la conception qu’une exposition ne peut toucher tous les publics pareillement en fonction de leurs subjectivités et de leurs cadres d’interprétation respectifs, le Musée s’efforce de multiplier les approches. Le défi, selon son président, Eric Jolly, c’est de parvenir à rejoindre tout le monde, dans un contexte où le savoir scientifique n’est initialement pas réparti équitablement entre les différents groupes sociaux.

Eric Jolly sait de quoi il parle. Il est lui-même de descendance Cherokee et sa lutte pour un accès plus équitable aux sciences et technologies a commencé bien avant qu’il ne prenne la tête du Musée en 2004. Il a notamment fondé l’Institut national de discrimination positive et de la diversité, est membre de la Société pour l’avancement des Latinos et des Amérindiens en science et travaille souvent avec des groupes comme le Conseil national pour les minorités en génie. « Le savoir scientifique est aujourd’hui essentiel à la participation économique et civique de tout individu, insiste Éric Jolly. Notre rôle en tant qu’institution est donc d’insuffler l’urgence de disséminer ce savoir à tous. »

Pour ce faire, il ne s’agit pas seulement de traduire les expositions en espagnol ou de rendre les installations interactives plus accessibles aux personnes aveugles ou sourdes. « Il nous faut reconnaître que, dans plusieurs cultures, la science n’est pas la seule façon d’appréhender le monde. » Le centre des sciences cherche donc à combler les fossés culturels. Par exemple, depuis trois ans, le Musée s’est doté de jardins traditionnels amérindiens. Ces expositions vivantes offrent la possibilité d’aborder la botanique et la médecine dans un cadre significatif pour les jeunes Amérindiens de la région. Tout au long de l’année, le Musée est aussi l’hôte de journées dédiées à certaines communautés culturelles et à l’expression de leurs représentations scientifiques particulières : la journée des Amérindiens, des Afro-Américains, etc. Des journées Fusion de la science sont aussi l’occasion de jumeler ces différents univers culturels : « De cette façon, par exemple, on peut traiter de l’astronomie moderne par le biais de mythologies traditionnelles. »

Fruit d’une étroite collaboration

Pour adapter la forme et le contenu de ses expositions à différents publics, le Musée des sciences du Minnesota s’est constitué un réseau d’alliés au sein des communautés ciblées. « Des comités de représentants de différentes minorités culturelles participent à l’identification de sujets d’intérêt à aborder », précise le président du Musée. Dans le cas d’expositions particulièrement marquantes, comme Le monde du corps (http://www.spst.org/pluiedescience/0607/0607_05.html), ces comités contribuent aussi au développement de thèmes spécifiques à explorer dans des forums et séminaires. Les jeunes sont également mis à contribution à travers les programmes de soutien aux jeunes à risque du Musée. « Les participants deviennent des ambassadeurs des sciences dans leur milieu. Par exemple, un de nos groupes d’adolescents a récemment conçu et traduit des visites du Musée destinées spécifiquement aux seize communautés culturelles dont ils sont issus. »

Des efforts utiles ?

Pour savoir si toutes ces tentatives fonctionnent, une équipe de recherche évalue continuellement l’efficacité des activités de communication scientifique du Musée. Les résultats sont par la suite mis en application. L’exposition permanente Science on a Sphere illustre bien ce processus. Cette immense sphère multimédia, qui présente des données relatives aux sciences de la terre, est modifiable en fonction de sa programmation. La recherche a démontré que certains formats de messages audio ou vidéo étaient mieux compris par certaines clientèles. Le Musée doit donc varier ses contenus en fonction de l’auditoire ciblé. « Par exemple, si nous savons que le mardi après-midi notre clientèle est surtout composée d’aînés, nous présentons les contenus qui sont plus signifiants pour eux. »

Et pour ce qui est du succès du Musée auprès des participants à son programme d’aide pour les jeunes à risque, il est encore plus facilement mesurable : 95 % d’entre eux poursuivent des études post-secondaires alors qu’ils proviennent de milieux où le taux de décrochage scolaire frise les 75 %. La science et la démarche qui sous-tendent ces initiatives deviennent ainsi non seulement des outils de participation civique, mais aussi d’intégration sociale.


Anouk Desgroseilliers

Collaboration spéciale


Pour en savoir plus : http://www.smm.org/

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Décliner la science
Science Nord : un musée école

Mots-clés : Science Nord, communication des sciences, université

Quoi de mieux qu’un musée de sciences pour apprendre à communiquer l’esprit scientifique ? Voilà l’idée derrière la création du Diplôme d’études supérieures en communication des sciences, lancé en 2005 par l’Université Laurentienne et le centre des sciences de Sudbury, Science Nord, deux institutions situées à quelques minutes l’une de l’autre, dans le nord de l’Ontario. Ce diplôme, unique en Amérique du Nord, allie théorie et pratique, avec pour laboratoire les salles d’exposition du musée. « Le partage du temps entre les salles de cours et le musée permet aux étudiants de mettre en pratique directement ce qu’ils apprennent », souligne la fondatrice et co-directrice du diplôme pour Science Nord, Chantal Barriault.

Chantal Barriault a mis sur pied ce programme en s’inspirant de ce qui se faisait déjà en Australie et en Grande-Bretagne. Cinq ans ont été nécessaires à la réalisation du projet, depuis la conception du programme jusqu’à son approbation par le Conseil des études supérieures de l’Ontario. Tout au long de ses démarches, Madame Barriault a travaillé en étroite collaboration avec le professeur en géologie et co-directeur du diplôme pour l’Université Laurentienne, David Pearson. « Pour convaincre les deux institutions de la faisabilité de l’entreprise, il fallait connaître les rouages et le langage des deux mondes très différents que sont les universités et les musées », précise ce dernier.

Justement, ces deux mondes, David Pearson les connaît bien puisque de 1980 à 1986, il a pris congé de son poste de professeur à l’Université Laurentienne pour diriger la mise sur pied de Science Nord. Le diplôme a donc en quelque sorte couronné une collaboration préexistante entre l’université et le musée, des liens construits au fil du temps entre le personnel des deux établissements et favorisés par leur proximité géographique. Et ce n’est pas fini : un programme de maîtrise conjointe en communication des sciences est actuellement en cours de préparation.

Du laboratoire au musée

Mais pour David Pearson, qui vient d’accepter de porter également le chapeau de Directeur des sciences de Science Nord, la coopération entre musée de sciences et monde académique doit aller encore plus loin. « Le défi pour les centres de sciences aujourd’hui est de présenter non pas la science inscrite dans les manuels scolaires, mais celle qui se fait actuellement dans les laboratoires de recherche, affirme-t-il. Parce que c’est cette science-là qui suscite la controverse. » La population ne veut plus donner carte blanche au gouvernement et cherche à s’outiller pour participer aux débats de politique publique. Dans ce contexte, selon M. Pearson, les musées de sciences ne doivent pas se contenter de divertir mais plutôt s’ériger en ressources pour le public.

Seulement, traiter la science en développement pose un sérieux dilemme : « Face à des sujets controversés tels que la recherche avec les cellules souches, on ne sait pas si on doit prendre position ou non et quelle place accorder aux points vues fondés sur les croyances », s’interroge M. Pearson. Mais il ajoute que ce n’est pas une raison pour se défiler et qu’il en va de la responsabilité sociale des musées de sciences d’aider les gens à se forger des opinions basées sur les faits scientifiques.

Et c’est notamment ce que David Pearson entend faire dans ses nouvelles fonctions à Science Nord : pour offrir au public un accès direct à cette science en évolution, il souhaite continuer à renforcer les liens entre le musée et le monde de la recherche. « Il s’agit de présenter les derniers développements et de favoriser les débats par l’entremise de conférences ou en utilisant les médias électroniques. » Puis, reprenant son chapeau de co-directeur du Diplôme en communication scientifique, il souligne l’importance de bien former le personnel des musées de sciences pour qu’il sache comment aborder ces sujets avec le public.

Former les communicateurs scientifiques de demain

Le Diplôme en communication scientifique comporte justement un volet « science et société » qui couvre les enjeux politiques et sociaux des sciences et technologies. Les questions d’éthique des sciences et de politiques publiques y sont débattues à la lumière de dossiers d’actualité comme les avancées du génie génétique ou l’utilisation de l’énergie nucléaire. Une formation que les étudiants peuvent mettre à profit lors de leurs interactions avec les visiteurs de Science Nord. Cependant, avant d’aborder les controverses scientifiques de l’heure, encore doivent-ils maîtriser la communication des sciences, un art qui passe avant tout par la connaissance des publics. Ainsi, les étudiants apprennent en direct, sur le terrain, à connaître les différents types d’audiences et leurs réactions aux formes et aux contenus des messages présentés.

Mais au bout du compte, ce partenariat entre le musée et l’université ne profite pas qu’aux étudiants : « Ils apprennent à mesurer l’impact des expositions sur le public, ce qui nous dote d’un regard critique sur ce que l’on fait », souligne Chantal Barriault, avant de lancer en riant : « L’avantage pour Science Nord, c’est aussi de pouvoir ensuite recruter d’excellents communicateurs ! »


Anouk Desgroseilliers

Collaboration spéciale


Pour en avoir plus sur Science Nord : http://sciencenord.ca/science-nord.html

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Décliner la science
Le projet IGLO : une révolution dans un centre de science près de chez vous ?

Mots-clés : ASTC, science, société

De son bureau à Washington, Walter Staveloz peut voir la Maison Blanche à moins de 200 mètres. Il y a trois ans, l’Association of Science-Technology Centers (ASTC) débauchait ce Belge qui travaillait jusqu’alors au pendant européen du réseau. Plus ancienne organisation de centres de science, l’ASTC est également la seule qui, en raison de la composition de son conseil d’administration, soit internationale. Sur le terrain toutefois, 80 % de ses membres sont américains.

En installant Staveloz dans ce bureau, celui de Directeur des relations internationales, l’ASTC lui passait une commande : générer de nouvelles coopérations internationales. La première initiative de Staveloz s’appelle IGLO. Ce projet qu’il a créé réunit autour d’un thème, le réchauffement climatique, les cinq réseaux régionaux de centres de science dans le monde. Une grande première qui souligne, du même coup, l’Année polaire internationale.

La réflexion qu’IGLO suscitera pourrait transformer la philosophie des centres de science sur leur rôle, leur engagement social, les partenariats nécessaires et l’impact souhaité sur le public. En présentant les résultats préliminaires du projet IGLO, le 5e Congrès mondial des centres de science, en juin prochain à Toronto, posera ces questions.

Pourquoi l’ASTC n’a-t-elle pas joint les efforts de groupes déjà existants pour célébrer l’année polaire internationale, au lieu de monter son propre projet ?

On a proposé à beaucoup de gens de s’associer ! Il y a des gens qui nous ont ignoré comme le groupe WWF (World Wild foundation), d’autres nous ont répondu. Vu notre rôle unique, nous pouvons fort bien contribuer avec d’autres à l’ensemble de l’effort. Nous avons des lieux dédiés à la science ouverts tous les jours de l’année, la capacité d’éduquer les gens à la science, d’expliquer les phénomènes de façon pratique par des expériences. Et nous travaillons de façon internationale. Peu de communicateurs bénéficient de tels avantages.

Mon objectif à long terme est que les réseaux internationaux de centres de science deviennent des partenaires à part entière des grandes conférences internationales sur l’environnement, par exemple en diffusant des produits d’éducation à travers nos musées pour expliquer des phénomènes scientifiques traités à l’occasion de ces sommets.

Il est extrêmement important qu’en tant que centres de science, nous ouvrions les yeux en dehors de notre propre pratique. Par exemple, il n’y aura pas de solution au problème des changements climatiques si on ne parle pas en même temps de développement. On évoque les pingouins et les ours polaires, mais on parle peu des populations, en Afrique par exemple, qui sont vraiment menacées et qui ont en même temps des objectifs de développement absolument légitimes. Je veux absolument introduire cette dimension dans notre discussion au cours des années qui viennent et trouver comment s’associer avec des ONG qui travaillent dans ces régions-là.

Vous n’avez pas du tout l’esprit de clocher…

Je suis Européen. En Europe, nous avons développé cette idée de « science et société » bien avant tous les autres. La tentation consiste à toujours se situer dans un continuum entre deux mots : Éducation et Entertainment [divertissement], mais il y a deux autres « E » à ajouter : Éthique et Engagement.

Une foule de sujets, comme les OGM, posent par exemple une série de problèmes éthiques. Dans les centres de science, ne sommes-nous pas obligés de réfléchir à la façon dont nous allons présenter ces débats sur les frontières de la science ? Et au sujet de l’engagement, allons-nous simplement dire aux gens : « Voilà les dernières découvertes : faites-vous une opinion… » ? Il faut envisager la possibilité de faire autre chose que d’exposer les phénomènes.

Quel serait le nouveau rôle des centres de science par rapport aux organismes qui ont des vocations plus politisées ?

Beaucoup gens que je respecte énormément dans notre milieu pensent que notre rôle est d’exposer les phénomènes scientifiques. Je crois que l’avenir montrera que notre rôle doit évoluer. On ne doit pas seulement apprendre aux gens ce que sont les phénomènes et comment ils s’expliquent. Il faut qu’ils apprennent à identifier la science dans leur environnement et qu’ils comprennent que beaucoup de sujets scientifiques sont à la base de décisions importantes.

L’avantage des centres de science est qu’on n’entre pas dans un centre comme dans un zoo. J’aime les zoos. Mais on peut très bien passer la journée dans un parc zoologique sans entreprendre une démarche scientifique. J’ai toujours considéré que les gens, à leur sortie d’un centre, deviennent des scientific opinion leaders – des formateurs d’opinion scientifique. Il s’agit d’une notion que j’ai empruntée à Jorge Wagensberg, le directeur de la CosmoCaixa (http://www.spst.org/pluiedescience/1204/1204_02.html), un centre de science à Barcelone.

La visite d’un centre de science ne commence pas lorsqu’on franchit la porte et ne se termine pas quand on sort. Les gens doivent se sentir investis d’une sorte de responsabilité pour discuter dans leur milieu de ce qu’ils ont appris et de voir comment, localement, il y a possibilité de mettre en œuvre des solutions. Cela ne peut se faire que s’ils se rendent compte que ce qu’ils voient et vivent dans un centre de science est pertinent par rapport à la vie quotidienne. On peut leur faciliter la tâche pour se former une opinion. À terme, allons-nous devenir un groupe de pression comme le WWF ? Non. Mais allons-nous aider des gens à s’engager dans le WWF ? Oui, je le pense.

Avec l’expérience que vous vivez à travers IGLO, modifieriez-vous le fameux slogan « pensez localement, agissez globalement » pour le moderniser ?

Pour la première fois, à la Conférence mondiale des centres de science, nous ferons une déclaration. Ce sera la Déclaration de Toronto. Je pense qu’il faut que notre secteur commence à réfléchir un peu plus sur son rôle dans la société. Il faut s’arrêter de faire du nombrilisme et de dire combien nous sommes efficaces. Y a-t-il des visions différentes sur la façon dont les centres de science doivent s’emparer d’un sujet ? S’ils le font, jusqu’où vont-ils dans la mobilisation et l’engagement de leur public ? J’espère que ce j’entreprends avec IGLO contribuera à la réflexion et à la rédaction de cette déclaration.

Le projet IGLO (International Action on Global Warming) unit les centres de science du monde entier autour du thème du réchauffement de la planète, à l’occasion de l’Année polaire internationale. Le projet offre une trousse gratuite et téléchargeable validée par des scientifiques. Des événements locaux et internationaux ont été créés, parfois sur le mode de la communication scientifique « extrême », qui comporte des dimensions émotionnelle, personnelle et médiatique importantes. Ainsi, IGLO nous propose entre autres de prendre part à des séances du jeu DECIDE (http://www.spst.org/pluiedescience/0607/0607_04.html). On peut aussi envoyer des photos de nos lieux préférés à deux époques différentes, qui seront intégrées dans une étude sur l’impact du réchauffement ou dans un collage artistique. Ou encore, suivre l’expérience d’Albedo qui fait passer un satellite de la NASA au-dessus de 20 centres sur la planète pour mesurer la réflexivité des 20 énormes carrés blancs bricolés à l’extérieur…


Isabelle Roberge

Collaboration spéciale


Pour en savoir plus sur le projet IGLO : http://www.astc.org/iglo/ (en anglais)

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Actualité
Science et société, en français, sur le Web

Mots-clés : blogues, science, société

« Les scientifiques s’investissent dans les débats sociaux pour la même raison qui pousse les citoyens ordinaires à s’engager à faire changer les choses. Il est choquant d’entendre de nombreuses critiques de la science et des scientifiques par les non-scientifiques qui ne sont souvent basées que sur des perceptions et non des faits. On peut citer en exemple le prétendu manque d’éthique des scientifiques, qui, dans les faits, n’est fondé que sur le comportement d’une minorité. De plus, si l’on veut que la perception des scientifiques change, il faut ne pas hésiter à prendre notre place dans le débat public, sinon l’espace public sera totalement occupé par des artistes, des politiciens ou des charlatans dont le message pré-mâché est plus digeste pour les médias. » Celui qui parle est Yvan Dutil, un astrophysicien qui n’hésite pas à prendre la plume sur les enjeux citoyens liés aux sciences.

L’une de ses tribunes est le blogue « Astronomie » de l’Agence Science-Presse. Dans leur ouvrage Science ! On blogue, les auteurs Pascal Lapointe et Josée Nadia Drouin déplorent cependant le nombre encore trop faible de blogues de science en français. L’agence de presse scientifique a bien lancé les siens, mais elle doit solliciter les scientifiques qui en rédigent les billets. Malgré son succès, ce projet ne résulte toutefois pas d’initiatives individuelles. Cela dit, des sites personnels, contenant plus que des blogues, commencent à voir le jour sur la toile francophone. L’espace numérique est-il un lieu d’épanouissement pour les débats sur la science et la société ?

Un tour sur la Toile…

Après cinq années d’organisation et d’animation de forums publics, Éric Raulet vient de lancer Inexens (http://www.inexens.com/). Ce juriste de formation semble déçu de la qualité des débats où le militantisme échauffe les esprits. « Je suis convaincu que nous pourrons mettre en place une science citoyenne à la condition de poser les problèmes de la manière la moins polémique et la plus constructive possible », insiste-t-il. Et il compte bien y participer, entre autres, grâce à son blogue.

Ariane Vlérick s’est quant à elle laissée entraîner petit à petit dans l’aventure. Tout débute alors qu’elle est responsable des publications scientifiques, techniques et médicales chez un éditeur. Elle crée une liste de diffusion qui tient ses destinataires à jour sur les nouvelles publications, en particulier celles à saveur sociale. « Je faisais cela à titre personnel, par plaisir et intérêt public, sans accorder la moindre exclusivité aux publications de la maison d’édition qui m’engageait », précise-t-elle. Et puis, les gens commencent à répondre et des discussions s’engagent. Ariane Vlérick décide donc d’inaugurer Défisciences (http://www.defisciences.info/), un forum de discussion en bonne et due forme, accompagné d’un blogue.

Quant à Michel Claessens, lui non plus ne s’est pas levé un matin en décidant subitement de monter un site Internet. Pour ce communicateur scientifique de profession qui possède plus d’une corde à son arc, il s’agit presque de la suite logique des choses. Son site, Science et communication (http://www.michelclaessens.net/home_fr.html), reste toutefois le fruit d’une démarche personnelle. L’auteur est d’ailleurs particulièrement « satisfait d’avoir créé ce site à partir de zéro en apprenant le b.a.- ba du langage HTML et de la mise en ligne. »

Le site de Michel Claessens n’est pas un lieu d’échange où les commentaires sont affichés. On y retrouve par contre une grande diversité de textes. Il souhaite « partager ses idées et ses réflexions avec un public intéressé par les questions de science et de société », alors que les deux premiers sites se veulent « un point de rencontre et de dialogue de qualité entre chercheurs et profanes, en offrant de nouvelles idées de débats publics », pour reprendre les mots d’Éric Raulet.

Malheureusement, Ariane Vlérick regrette que son site n’atteigne pas tout à fait le public ciblé au départ. Des acteurs des milieux de la science et de la communication participent, mais peu de gens du public. « J’ai reçu quelques courriers de lecteurs qui m’ont indiqué qu’ils trouvaient le site très intéressant, mais qu’ils ne comptaient pas y contribuer parce qu’ils n’oseraient pas prendre la parole devant tous ces érudits, soupire-t-elle. C’est ce qui me chagrine le plus. »

Pour la (bonne) cause

À ce sujet, quand on parle aux trois auteurs de l’achalandage sur leur site, aucun ne pense à donner de chiffres ! « Je ne cherche pas encore à mesurer son impact », lance Éric Raulet. « Je n’ai pas de données quantitatives », renchérit Michel Claessens. Ce dernier semble accorder plus d’importance au contenu des commentaires qu’il reçoit de ses lecteurs et qu’il juge « étonnamment positifs » compte tenu du graphisme de son site qu’il qualifie lui même de « primaire ».

En outre, aucun des trois ne tire de revenus de son site. « Ce site ne m’a pas permis d’augmenter mes revenus, je n’y ai même jamais pensé ! Au contraire puisqu’il me coûte un peu d’argent… », explique Ariane Vlérick. Et la visibilité pour Michel Claessens, qui vit de la communication scientifique ? « Je dirais que c’est très marginal par rapport à celle que me donnent mes autres activités, notamment en temps que responsable de la Commission européenne et rédacteur en chef du magazine Research*eu (http://ec.europa.eu/research/research-eu/index_fr.html) », répond l’intéressé.

Donc, peu de sources de gratifications mesurables à première vue. Et, en plus, ce n’est pas toujours de tout repos. L’une des plus grandes difficultés semble être la mise à jour. « Je mets mon site à jour toutes les semaines... dans la mesure du possible. Je manque de temps pour alimenter régulièrement toutes les rubriques du site. », reconnaît Éric Raulet. Ariane Vlérick voudrait en faire plus, mais sa vie professionnelle l’occupe déjà énormément. Quant à Michel Claessens, il n’y « consacre pas autant de temps qu’il voudrait : un ou deux textes par mois. » Par contre, il les publie en français et en anglais.

Mais alors, qu’est-ce qui peut bien les motiver ? Des raisons aussi personnelles que les sites qu’ils ont créés. La mission à accomplir, ainsi que partager ses « succès et déboires au sujet de rencontres publiques sur les questions de science et société » dans le cas d’Éric Raulet. Le contact, même virtuel, avec les gens pour Ariane Vlérick : « Les abonnés sont presque tous des personnes qui ont un jour croisé ma route et échangé avec moi des points de vue intéressants sur les sujets d’intérêt du site. » « Ce que j’apprécie particulièrement à propos du site, c’est qu’il est opérationnel et simple, offre du contenu et qu’il est bilingue. Sa création est une expérience très enrichissante », résume Michel Claessens.


Bruno Lamolet

Collaboration spéciale

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Dossier thématique : Spécial « Science et société »

Un producteur du Kaléidoscope nous éclaire : Le Centre des sciences de Montréal
Des « visiteurs citoyens » au Centre des sciences de Montréal

Mots-clés : Centre des sciences de Montréal, science, société

Après sept ans, le Centre des sciences de Montréal fait peau neuve en renouvelant l’ensemble de ses expositions permanentes. Benoît Légaré, vice-président du Centre, nous explique pourquoi cette transformation était nécessaire.

Pourquoi, après sept ans, décider de renouveler en totalité vos expositions et vos salles d’exposition ?

Tout d’abord parce que les avancées scientifiques évoluent à un rythme accéléré et que le Centre se devait d’être à la fine pointe de la technologie. Mais surtout, parce que nous sentions que les visiteurs désiraient quelque chose de nouveau. À la suite de consultations, nous avons découvert qu’ils voulaient vivre de nouvelles expériences sur des sujets qui les interpellaient. Des sujets d’actualité comme l’informatique, la santé, l’environnement, les biotechnologies et l’ingénierie. C’est ce qui nous a poussés à revamper le Centre.

Vous vous êtes donc servi des commentaires du public pour orienter vos rénovations ?

Tout à fait. Il nous semblait primordial d’inclure les visiteurs dans notre démarche, car en plus d’avoir un rôle éducatif, nous considérons que le Centre a un rôle très important de sensibilisation. Implanter une approche citoyenne en passant de l’individualisme à un niveau de préoccupation plus collectif est primordial pour nous. Nous voulons contribuer à la prise de conscience de l’aspect scientifique et technologique des grands enjeux mondiaux. Cette volonté s’étend dans son ensemble au niveau de l’association des centres de sciences canadiens : des initiatives pour monter des expositions ou proposer des activités sont présentes dans plusieurs institutions.

Même vision au niveau international, où l’on retrouve une forte volonté de développer des programmations conjointes, en réseau, grâce aux nouvelles technologies. Ce qui permettrait de réduire les coûts et de converger plus efficacement vers les mêmes objectifs. Avec nos nouvelles salles et les expositions, nous teintons notre intervention de l’approche citoyenne, en invitant les visiteurs à participer davantage. Inévitablement, en interagissant plus activement, le visiteur prend conscience des actions possibles et des conséquences de chacune des décisions qu’il prend. Notre marque de commerce est l’interactivité.

Pourriez-vous nous donner un exemple ?

Nous avons en tout quatre nouvelles salles d’exposition permanentes. L’une des plus interactives et représentatives de notre approche citoyenne est probablement l’exposition Mission Gaïa. Les visiteurs doivent gérer une grande ville nord-américaine en prenant en considération des facteurs environnementaux, économiques et humains. C’est très formateur. Ils comprennent ce qu’ils peuvent changer concrètement dans leur vie, notre but étant de les amener à prendre un temps de réflexion sur ce qui habituellement se fait par automatisme. Il y a aussi la salle Imagine, construite comme si le visiteur se promenait dans un cerveau. Ses actions et ses déplacements ont un impact sur les images qui l’entourent et qui changent en permanence. On cherche à sensibiliser les jeunes sur la force de l’imaginaire, leur faire réaliser que derrière chaque invention se cache un rêve, un but qu’un humain peut atteindre grâce à sa passion et son imagination. Nous voulons que le visiteur ressorte et se demande ce qu’il peut faire dans le futur. Il y a également Science 26, composé de 26 îlots qui reprennent les lettres de l’alphabet et qui nous font prendre conscience que des notions scientifiques influencent notre vie de tous les jours. Finalement, il y a idTV où les visiteurs peuvent faire un reportage sur un enjeu scientifique, le visionner et se l’envoyer par courrier électronique, comme souvenir.

On constate effectivement que vous avez fortement mis l’accent sur une approche qui intègre le visiteur. Est-ce là une mission que s’est donnée le Centre ?

Nous n’avions pas le choix : les jeunes nous connaissent et nous apprécient et nous préconisons une approche ludique et intéressante qui s’éloigne du type « donneur de leçons ». Si nous ne le faisons pas, qui va le faire ? C’est une mission que nous nous sommes donnée : nous voulons former une relève. Nous organisons également des débats et des forums qui visent à faire participer le public afin qu’il se pose des questions. Notre action ne se limite d’ailleurs pas seulement à Montréal ; En collaboration avec Hydro-Québec, nous avons créé des « valises scientifiques » pleines d’objets que les élèves de différentes régions du Québec peuvent utiliser pour mieux comprendre en quoi consiste l’efficacité énergétique. Ça fonctionne très bien et, à l’heure où l’on se parle, elles sont réservées pour les deux prochaines années ! La demande étant très forte, Hydro-Québec nous a demandé d’en développer d’autres. Finalement, avec le temps, nous sommes appelés à mandater des animateurs sur place pour présenter des débats et des activités.


Marc-Olivier Desbiens

Collaboration spéciale


Pour consulter les activités offertes par le Centre des sciences de Montréal :
http://www.spst.org/servlet/FicheProducteur?producteurs_id=86

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Dossier thématique : Spécial « Science et société »
Quelques liens utiles pour en savoir plus

Nos complices du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie de l’UQAM nous ont concocté une sélection de sites à saveur « citoyenne ».

Pour expliquer les liens entre science et société…

Le billet de Yannick Villedieu
Journaliste bien connu dans le milieu québécois de la vulgarisation scientifique, Yannick Villedieu signe ici un billet sur notre attitude face au progrès scientifique et technique. Les professeurs pourront s’en inspirer pour questionner les enfants sur leur propre attitude et amorcer une réflexion critique sur ce qu’est la culture scientifique.

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Carnets/carnet.asp?numero=94803&auteur=2091&type=texte&niveau=3

Le saut Quantique
Consacré aux enseignants du collégial, le Centre d’innovation pédagogique en science au collégial propose un excellent dossier Science, Technologie et Société. Ce site nous éclaire sur les liens qui unissent la science et la société et sur les enjeux actuels. De nombreuses activités pédagogiques sont proposées et parmi celles-ci, quelques-unes sauront sans doute plaire aux enseignants du primaire et du secondaire.

http://www.apsq.org/sautquantique/doss/d-liens.html

L’Homme, ce phénomène… la perspective des sciences humaines

Le cerveau à tous les niveaux…penser l’organisation sociale
Site web interactif, sur le cerveau et les comportements humains. Douze thématiques renvoient à cinq niveaux d’explications scientifiques (social, psychologique, cérébral, cellulaire, moléculaire), et trois textes sont accessibles selon le niveau de difficulté de lecture (débutant, intermédiaire, avancé).

http://lecerveau.mcgill.ca/flash/index_d.html

Des sources de controverse…

Cyberzine Réflexiences
Les dossiers de Réflexiences proposent des sujets scientifiques vus par des spécialistes des sciences humaines (histoire, sociologie, philosophie…). Le dossier Science et société du site fournit de l’information sur plusieurs grands débats scientifiques controversés.

http://www.reflexiences.com/

Les Dossiers de Radio-Canada
Les émissions de vulgarisation scientifique de Radio-Canada ont regroupé un certain nombre de leurs reportages sous une rubrique Science et société. Ces reportages traitent généralement d’une actualité scientifique ou technique controversée.

Les Années lumière : http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/anneeslumiere/
Découverte : http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/decouverte/index.shtml

L’émission Le Code Chastenay
Nouvelle émission de vulgarisation scientifique dans le paysage télévisuel québécois, le Code Chastenay propose chaque semaine deux reportages sur la recherche au Québec, un reportage sur les dernières fascinations de la science, et un dernier sur la démystification d’une vérité scientifique. Une nouvelle source d’information scientifique qui place l’humain au cœur de la découverte scientifique.

http://www.telequebec.tv/emissions/codechastenay/

Science, on blogue… sur les controverses en sciences
Parmi les blogues que propose l’Agence Science Presse, il s’en trouve un qui s’intéresse aux événements scientifiques controversés. On peut y lire des critiques d’ouvrages, des histoires de conflits d’intérêts, des réflexions parfois ludiques, parfois critiques sur les nouvelles scientifiques.

http://blogue.sciencepresse.info/controverse/item/388

Parcours interactifs sur les enjeux éthiques en science : le site de l’Assemblée nationale (France)
Il s’agit d’un dossier interactif de niveau relativement avancé, mais très complet sur le débat concernant l’utilisation des OGM en agriculture. Il a été commandé par l’Assemblée nationale (France) pour informer le public sur les développements en génie génétique. Une initiative de « science citoyenne », pour que chacun soit en mesure de savoir d’où provient ce qui se retrouve dans son assiette…

http://www.assemblee-nationale.fr/site-jeunes/ogm/accueil/accueil.asp

Jeux de société

Le Journal du Net –Science
Le journal du Net offre un volet scientifique avec une foule d’informations et d’images sur l’actualité scientifique et les impacts de la science sur notre société. Certains articles ont été choisis pour leur côté ludique, histoire de démontrer que l’imagination est nécessaire à la science, et que notre imaginaire se nourrit aussi de science…

http://www.journaldunet.com/science/

Les super pouvoirs foudroyés par la science
Quels pouvoirs rêvez-vous secrètement d’avoir ? La science nous permettra-t-elle un jour de sauter de gratte-ciel en gratte-ciel comme Spiderman ou de déplacer des montagnes comme Superman ? Ce site permet aux jeunes de poser leurs questions à des scientifiques, qui tentent d’y répondre à la lumière des connaissances actuelles.

http://www.journaldunet.com/science/magazine/dossier/super-pouvoirs/index.shtml

Dix scientifiques de fiction
Revoyez des personnages de romans, de films, de BD comme vous ne les avez peut-être jamais vus auparavant… Quelle représentation les artistes se font-ils de la science et des scientifiques ? Sont-ils tous des personnages fous qui n’ont aucune conscience des conséquences de leurs travaux… Une façon de s’amuser sur les terrains de l’éthique.

http://www.journaldunet.com/science/science-et-nous/dossiers/07/scientifiques-fiction/1.shtml

Quand la science rejoint la fiction
Voici un dossier intéressant pour en savoir plus sur les mouvements littéraires qui s’inspirent de la science-fiction.

http://www.journaldunet.com/science/divers/dossiers/06/science-fiction/index.shtml

Banque des savoirs : Des jeux interactifs, encore, encore !
Sur ce site, semblable au Journal du Net, les professeurs trouveront des articles intéressants sur des débats scientifiques controversés. Les élèves apprécieront la sélection de jeux interactifs. En voici deux qui s’interrogent sur la place de la science dans notre société.

http://savoirs.essonne.fr/sections/juniors/jeux-juniors/

Quiz : le clonage en question
Pour mieux comprendre ce débat de société et pouvoir discerner la réalité de la fiction.

http://savoirs.essonne.fr/sections/juniors/jeux-juniors/ressources/id/1/table/tx_bdsressources_jeu/

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Dossier thématique : Spécial « Science et société »
Le CIRST vous suggère...

Nos complices du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie de l’UQAM nous ont concocté une sélection d’ouvrages à saveur « citoyenne »

Il était une fois la science… les histoires qui nous ont fait découvrir la science

Titre : Frankenstein
Auteur(s) : Mary Shelley
Éditeurs : FLAMMARION
Collection : Étonnants classiques
Description : 191 p.

Le conte du Dr Frankenstein est une réflexion bien connue sur la manie des humains à vouloir contrôler les forces de la nature. C’est l’histoire d’un jeune étudiant passionné d’alchimie qui découvre le secret de la vie et reconstitue le corps d’un être humain avec des morceaux de cadavres. Sa créature, un géant, prend vie mais va faire cruellement regretter à Frankenstein son expérience.

Titre : Vingt mille lieues sous les mers
Auteur(s) : Jules Verne
Éditeurs : HEMMA
Collection : Livre Club Jeunesse
Description : 125 p.

Jules Verne fournit des trésors de pédagogie aux professeurs qui souhaitent faire réfléchir leurs élèves sur les impacts de la science sur la société. Découvrez les différentes figures que prend le scientifique. Revisitez le fantastique vaisseau Le Nautilus tout droit sorti de l’imagination de l’auteur avant que la technologie n’existe. Enfin, que dire des fabuleuses descriptions de l’univers sous-marin…

Titre : Jules Verne : le roman de la mer
Auteur(s) : Marie-Pierre Demarcq, Didier Frémond, Hélène Tromparent
Éditeurs : Seuil
Collection : COE. MUS. MAR.
Description : 213 p.

Pour une interprétation accessible du roman Vingt mille lieues sous les mers et de l’œuvre de Jules Verne.

Titre : La machine à explorer le temps
Auteur(s) : H. G. Wells
Éditeurs : GALLIMARD LOISIRS
Collection : Folio junior. Édition spéciale
Description : 225 p.

Voici un vertigineux voyage dans le temps et dans les méandres de l’imagination d’un brillant auteur de science-fiction. Petit roman d’aventure très accessible aux préadolescents et parfait pour susciter une réflexion sur les fantasmes de la technologie.

Titre : Homo Disparitus
Auteur(s) : Alan Weisman
Éditeurs : Flammarion
Collection : Essais
Description : 352 p.

Entre le reportage et la fiction, cet ouvrage nous invite à réfléchir, à la lumière des connaissances scientifiques de nombreux experts, à ce que deviendraient nos grandes villes si l’espèce humaine venait à disparaître.

L’Homme, ce phénomène… la perspective des sciences humaines

Titre : Petite histoire amusante du progrès
Auteur(s) : Isabelle de Froment et Serge Bloch
Éditeurs : Bayard Jeunesse
Collection : Les petits savoirs
Description : 43 p.

Quatorze personnages illustrés vivent de drôles d’histoires qui permettent aux enfants de mieux comprendre les progrès technologiques et les idées nouvelles qui ont bouleversé la vie des hommes au cours des siècles.

Titre : Histoire des sciences et techniques (Album)
Auteur(s) : Hélène et Robert Pince
Éditeurs : Milan jeunesse
Collection : Les Encyclopes
Description : 223 p.

L’aventure scientifique, c’est aussi un voyage dans le passé, à la recherche de ce moment extraordinaire où les humains ont maîtrisé la pierre pour en faire leur premier outil… Cet ouvrage trace l’histoire, dans le temps et dans l’espace, des progrès scientifiques et techniques. Une façon de montrer aux jeunes que notre connaissance du monde actuel s’est modifiée à travers le temps et au cours des différentes civilisations.

Titre : Le Dico des sciences
Auteur(s) : Norbert Verdier
Éditeurs : Milan jeunesse
Collection : Les Essentiels Milan
Description : 255 p.

Voici un ouvrage de référence pour tous ceux qui ne sont pas des scientifiques. Voulant briser le tabou selon lequel la science ne serait pas à la portée de la majorité, l’auteur présente les principaux enjeux scientifiques actuels et futurs de nos sociétés, en privilégiant les approches historiques et philosophiques afin de rendre la connaissance plus accessible aux lecteurs.

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Dossier thématique : Spécial « Science et société »
Porte ouverte sur Kaléidoscope : Mille et un outils citoyens

Voici une sélection d’outils et de services issus de la banque de données Kaléidoscope qui vous permettront d’ajouter une saveur « science et société » à vos activités pédagogiques et familiales…
http://www.spst.org/kaleidoscope/statique/pluie_sciences_16.html

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