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ADN
Au chapitre des questions éthiques auxquels
les étudiants du cégep et de l’université devraient
être sensibilisés, les banques d’information génétique
figurent en tête de liste. En effet, les jeunes adultes constituent
une clientèle de choix pour les compagnies pharmaceutiques qui
réalisent des études cliniques : en quelques jours,
ces « cobayes », volontaires pour tester un nouveau
médicament peuvent parfois encaisser plusieurs milliers de dollars.
Or, certains tests réalisés lors de ces
séjours en clinique visent spécifiquement le prélèvement
de cellules et de tissus pour l’analyse des données génétiques.
En d’autres mots, on analyse l’ADN des sujets afin de pouvoir
en déchiffrer le code. En terme d’information sur un individu,
on ne peut avoir plus personnel!

Mais qu’advient-il au juste de toutes ces données
génétiques une fois qu’on a quitté la clinique?
Sont-elles stockées quelque part? Peuvent-elles être utilisées
par un employeur ou une compagnie d’assurances pour déterminer
si une personne est sujette à développer certaines maladies?
C’est exactement à ces questions que répond le nouveau
fascicule pédagogique intitulé Les Banques
d’Information Génétique,
c’est BIG, préparé par la Commission
de l’éthique de la science et de la technologie (CEST). Un
document d’une trentaine de pages spécialement conçu
pour les étudiants du cégep et de l’université.
L’ABC des BIG
D’emblée, le document insiste sur les
bons côtés des banques de données génétiques.
On précise qu’elles permettent de chercher l’origine
de maladies complexes, d’identifier des gènes de protection
contre des maladies courantes, d’orienter la recherche vers de nouveaux
traitements et de mieux répartir les ressources en soin de santé
sur un territoire donné. En fait, selon la CEST, contribuer à
une BIG peut être une façon originale d’aider au combat
contre certaines maladies génétiques comme le cancer du
sein, l’asthme ou la schizophrénie.
Mais il faut garder les yeux ouverts. Le document invite
donc les jeunes à se demander quels autres usages pourraient être
faits de l’information confidentielle que contiennent ces banques
de données. On rappelle notamment qu’aucun système
informatique n’est à l’abri du piratage. Si elles tombaient
entre les mauvaises mains, les données pourraient entraîner
la discrimination de certaines personnes en matière d’emploi,
d’assurances ou d’emprunt hypothécaire…
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| « Le
document soulève plusieurs questions d’ordre moral,
souligne Isabelle Montpetit, journaliste à Radio-Canada et présidente
du Comité interne sur l’information, la sensibilisation et
l’éducation de la population à la CEST. On invite
l’étudiant à se poser des questions sur la légitimité
des banques de données génétiques. Quelles sont leurs
finalités? Leur pertinence? On aborde des questions liées
à la transparence, à la discrimination, à la légitimité,
à la propriété et à la démocratie. » |
Pour alléger un sujet
qui pourrait, de prime abord, sembler costaud, l’auteur Luc Dupont
place le lecteur dans les différents rôles qu’il sera
susceptible de jouer tout au long de sa vie : celui d’un parent,
d’un patient, d’un volontaire de recherche,
d’un acheteur d’assurances, d’un travailleur, d’un
emprunteur, d’un chercheur-entrepreneur ou d’un simple citoyen.
À chaque étape, l’étudiant est appelé
à se poser des questions.
Déjà,
le fascicule Les Banques d’Information
Génétique, c’est BIG,
a été offert à tous les professeurs de philosophie
travaillant dans les cégeps. « Nous avons contacté
les institutions et, jusqu’à maintenant, la réponse
est très positive, affirme Michèle Jean, membre de
la CEST et présidente du Comité international de bioéthique
de l’UNESCO. Nous espérons que les professeurs qui utiliseront
le guide passeront le mot, et notamment à leurs collègues
de sciences. Les profs ne sont pas tenus de respecter la structure du
guide comme telle, mais je pense qu’ils peuvent y trouver plusieurs
idées pour organiser des activités et des jeux de rôles. »
Selon Yvon Fortin, les enseignants n’ont aucune
raison d’avoir peur d’aborder les questions éthiques
dans leurs cours de science. « Il ne faut pas un bac en philosophie
pour parler d’éthique. Il suffit d’être curieux,
de se poser des questions sur notre place dans l’Univers, sur nos
droits et nos devoirs. Les réponses, on les découvre ensuite
avec les élèves. »
Dominique Forget
Collaboration spéciale
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