Pêches et Océans Canada – Observatoire du Saint-Laurent   


Denis Lefaivre est venu à la physique comme Obélix à la potion magique : il est tombé dedans quand il était petit. Fils et trois fois frère de physicien, celui qui est aujourd’hui chef de la section océanographie opérationnelle à l’Institut Maurice-Lamontagne, à Mont-Joli, avait la passion de la science bien ancrée en lui dès son jeune âge. Il n’a eu qu’à suivre le courant.

Originaire de Québec, M. Lefaivre complète d’abord un baccalauréat en physique à l’Université de Sherbrooke. Puis, c’est à l’Université Laval qu’il fait sa maîtrise et son doctorat en physique atomique et moléculaire, en étudiant la spectroscopie (l’étude de la radiation électromagnétique) de la molécule d’eau. La suite coule de source…

À la fin de ses études, en 1978, Denis Lefaivre est embauché comme professeur substitut à l’Université du Québec à Rimouski. C’est dans cette ville fluviale qu’il prend goût à l’océanographie, et vers ce domaine qu’il oriente son post-doctorat, à l’Institut océanographique de Bedford, à Halifax.

À son retour de la Nouvelle-Écosse, Denis Lefaivre trouve un poste au Centre de recherche de Pêches et Océans Canada, à Québec. Quelque temps plus tard, le Centre déménage à Mont-Joli. L’océanographe suit la vague. Il y est depuis 1986.

Pêches et Océans Canada – Observatoire du Saint-Laurent   

Après les bancs d’école…

« La physique exige une formation très spécialisée, mais il ne faut pas hésiter à changer de domaine, une fois nos études complétées », conseille le spécialiste aux futurs physiciens. « Puisque le marché du travail est restreint, il faut faire preuve d’ouverture et ne pas s’attendre à travailler dans le domaine pointu dans lequel on a fait notre doctorat », considère-t-il.

Dans son cas, le contraste entre la classe et le boulot a été particulièrement marqué. « Je suis parti d’un laboratoire dans lequel nous contrôlions toutes les conditions pour ensuite travailler avec des données extérieures qu’on ne peut qu’observer et tenter d’interpréter, explique l’océanographe. Ici, c’est la nature qui a le dernier mot. » Le défi de devoir composer avec des paramètres aussi imprévisibles amène certes des exigences supplémentaires, « mais ça rend le travail d’autant plus satisfaisant », confie M. Lefaivre.


Pêches et Océans Canada – Observatoire du Saint-Laurent

Un pont entre la recherche et son application

À la tête d’une équipe de physiciens et d’océanographes à l’Institut Maurice-Lamontagne, Denis Lefaivre travaille à des projets passionnants : « Nous effectuons notamment la modélisation en temps réel des courants du golfe du Saint-Laurent, des dérives de glace et des niveaux d’eau, précise-t-il. Les données que nous recueillons servent à nos différents partenaires, dont la Garde côtière canadienne, le Service hydrographique du Canada, le Service météorologique du Canada et le Service canadien des glaces. »

Ces analyses sont utilisées dans le domaine de la navigation, afin d’effectuer des travaux de prévision des marées, de guider des opérations de sauvetage en cas d’urgences environnementales et même de prévoir la trajectoire de déversements d’hydrocarbures.

« Par exemple, explique M. Lefaivre, pour le compte du Service hydrographique du Canada, nous réalisons des prévisions des niveaux d’eau dans le Saint-Laurent jusqu’à trente jours à l’avance. Ainsi, les navigateurs européens peuvent savoir, dès le départ, jusqu’à quel point ils peuvent charger les bateaux pour se rendre au port de Montréal. » Voilà un lien intéressant entre la recherche fondamentale et ses applications. Des parallèles trop peu nombreux au dire du physicien.

« J’observe constamment la distance qui existe entre la recherche de pointe et l’application, déplore-t-il. Dans des états plus grands que le Canada, la structure industrielle est plus développée. Ici, l’utilisation des développements scientifiques vers une application sociale est difficile. » La démographie ainsi que la situation économique et industrielle du Canada imposent donc le développement de partenariats. C’est d’ailleurs pour saluer ce type d’alliance stratégique que la Société canadienne de météorologie et d’océanographie a décerné, en 2002, un prix en océanographie appliquée à Denis Lefaivre et à son collègue François J. Saucier. Une belle récompense!

Environnement Canada – Service canadien des glaces   

Partager le savoir

Toujours avec M. Saucier, Denis Lefaivre a collaboré au lancement et à la coordination du site de l’Observatoire du Saint-Laurent, un portail destiné au grand public et entièrement dédié à l’échange et à la diffusion des données scientifiques portant sur le Saint-Laurent. On y illustre les prévisions de courants de glace recueillies par son équipe à l’Institut Maurice-Lamontagne. On y trouve également un outil inusité : la table des marées. « Il s’agit des prévisions harmoniques (c’est-à-dire qui ne tiennent pas compte des vents) des niveaux d’eau maximaux et minimaux de la journée de tous les ports du Canada», précise M. Lefaivre.

 

Les secrets du fleuve

Et le Saint-Laurent, quels mystères recèle-t-il encore aux yeux de cet expert qui le scrute et l’analyse quotidiennement? « Actuellement, ce qu’on observe de plus intrigant, ce sont les liens entre le golfe et l’extérieur, confie Denis Lefaivre. Deux détroits permettent des échanges entre le golfe et l’Atlantique : ceux de Belle-Isle et de Cabot. En termes de volume, le détroit de Cabot est plus important. Mais celui de Belle-Isle, qui est situé directement sur la mer du Labrador, amène, en plus des eaux de ce territoire, des eaux de l’Arctique depuis deux ou trois ans. »

Conséquence : l’eau du Saint-Laurent est de plus en plus froide. « Ce phénomène est lié aux changements de circulation dans l’Arctique, que l’on connaît déjà. Il y a même des traceurs biologiques qui indiquent qu’il s’agit d’eau du Pacifique qui a transité dans l’Arctique pour venir jusqu’à nous. C’est vraiment fascinant! », s’enthousiasme Denis Lefaivre.

Après le grand-père, le père et les oncles, y aura-t-il une troisième génération de physiciens chez les Lefaivre? « L’une de mes filles a fait son baccalauréat en kinésiologie. Une autre est en cinquième secondaire et elle est passionnée de science. Quant à mon aînée, elle a déjà souhaité travailler en communications, puis elle m’a fait grand-père! », raconte l’océanographe. Comme quoi chacun mène sa barque comme il l’entend!


Isabelle Pauzé

Collaboration spéciale

 


Observatoire du Saint-Laurent : www.osl.gc.ca

 


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