L’homme qui mimait
les papillons

Attablé dans un restaurant du quartier Ahuntsic, Daniel Cormier fait fi des clients autour de nous et agite frénétiquement les bras au-dessus de sa tête. C’est que l’entomologiste me mime les antennes d’un papillon mâle, comme il le fait en classe pendant son atelier « L’insecte et la pomme ». Je doit avouer que c’est très convainquant!

« Après avoir mimé la femelle dans un coin de la classe, raconte le chercheur, je vais dans l’autre coin pour mimer le mâle. Puis je dis aux enfants : la femelle fabrique un parfum que le mâle peut sentir avec ses antennes. Qu’arrive-t-il lorsqu’un coup de vent souffle le parfum vers le mâle? ». En quelques minutes, des élèves du premier cycle viennent de comprendre comment les phéromones sexuelles permettent aux papillons de localiser un partenaire pour s’accoupler.

Un piège astucieux

Daniel Cormier travaille pour l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). En tant que chercheur entomologiste en arboriculture fruitière, il tente notamment de développer un piège à phéromone pour attirer le charançon de la prune (qui, malgré son nom, cause aussi de graves dommages aux pommiers!). Le piège ne servirait pas à exterminer les charançons, mais bien à repérer rapidement leur présence dans le verger. « Actuellement, nous les détectons trop tard, en observant les symptômes sur les fruits », explique l’entomologiste. En dépistant le charançon plus tôt, il serait possible d’évaluer son abondance et de procéder à un arrosage plus ciblé, juste avant la ponte.

À voir avec quel enthousiasme il parle de son métier, on croirait que Daniel Cormier a été maniaque des insectes toute sa vie. Pourtant, c’est loin d’être le cas. Bien qu’il se rappelle une belle journée passée à la ferme à faire les foins, vers six ou sept ans, Daniel Cormier se décrit d’abord comme un « citadin pure laine ».

Un métier inattendu

Son parcours vers la carrière de chercheur est loin d’avoir été linéaire. Après avoir abandonné le cégep et passé dix ans sur le marché du travail, le Montréalais a finalement entrepris des études en agronomie, poussé par son intérêt pour l’agriculture biologique. « Je voulais diminuer l’utilisation des pesticides de synthèse, et la seule façon d’y arriver, c’est par la recherche. »

Comme il détestait les laboratoires de microbiologie (« ça pue, là-dedans! » confie-t-il), l’entomologie s’est un peu imposée par défaut. « J’ai aussi eu la chance de rencontrer un professeur extraordinaire », Stuart Hill, un des pionniers de l’agriculture écologique au Québec. « Je ne peux pas dire que je suis passionné par les insectes, mais je suis passionné par la recherche en entomologie! » déclare M. Cormier.

L’entomologiste est devenu Innovateur en 2001, après s’être fait « tirer l’oreille » pendant quelque temps par un collègue. « Au début, tu doutes de tes capacités, mais tu t’ajustes après le premier atelier », dit-il. Maintenant, par exemple, il commence toujours en montrant aux enfants la photo d’un verger. « Je me suis rendu compte que ce ne sont pas tous les enfants qui savent à quoi ressemble un verger ou qui en ont déjà visité un. Dans les familles immigrantes, surtout, il n’est pas fréquent d’aller aux pommes. »


Un animateur hors pair

Père de quatre enfants âgés de 5 à 9 ans, Daniel Cormier sait qu’il faut varier les moyens de présentation pour garder l’intérêt des jeunes. Il entrecoupe donc sa présentation PowerPoint de mimes, de mini-quiz et s’assure de toujours avoir des « surprises » pour les élèves. Il apporte donc quelques-uns de ses pièges à insectes et surtout, une collection de spécimens épinglés (ou même vivants, selon la saison), qu’il sort à la toute fin. Après avoir connu les bestioles en photo, les jeunes peuvent donc enfin les voir en vrai. Succès assuré! « Même si les ravageurs du pommier sont des insectes plutôt ternes et parfois minuscules, les enfants sont complètement fascinés, se réjouit le chercheur. D’ailleurs, la plupart des enfants ne sont pas apeurés ou dégoûtés par les insectes. » Ce n’est pas le cas de tous les adultes…

Daniel Cormier se réserve une journée par mois pour présenter son atelier dans les écoles. « J’ai le mandat de vulgariser la recherche auprès des pomiculteurs, mais je crois que cela fait aussi partie de mon travail de le faire avec les enfants. Voir leurs yeux pétillants, leur soif de connaissances, c’est une récompense inestimable. » Il se rappelle d’un petit garçon venu spontanément lui faire un câlin après un atelier : « J’en suis resté troublé le restant de la journée ».

Quant aux dessins de pommiers et aux bricolages de papillons amoureux qu’il reçoit, ils tapissent joyeusement les murs de son bureau. Ils sont d’ailleurs si nombreux qu’ils prendront bientôt place au cœur d’un grand album!


Raphaëlle Derome

Collaboration spéciale

 

 


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