| Pluie de science Comment les humains réagiraient-ils si des extraterrestres débarquaient sur notre planète? Feraient-ils preuve de « racisme intergalactique »? Posée par une jeune étudiante du Lycée Robert-Doisneau de Corbeil, en banlieue parisienne, la question peut prêter à sourire, mais bien bête serait celui ou celle qui s’aviserait de le faire. Car cette jeune fille en situation d’échec scolaire a pris son courage à deux mains pour intervenir en présence d’astrophysiciens réputés lors du « P’tit déj » de science organisé par son lycée, sur le thème de la vie extraterrestre. Ce type de rencontre entre des jeunes du primaire ou du secondaire et des spécialistes permet, sur le modèle des bars de sciences, de parler de science autrement que sur un mode didactique et, surtout, de rejoindre un public de mineurs difficile à attirer en dehors des heures de cours, explique Brigitte Gaaloul, présidente du réseau des bars des sciences franciliens. Au Québec, le collège Montmorency est le premier à avoir testé la formule, sous l’appellation « cafés sciences et sociétés ». En France, c’est sous le nom de « K Fêtes des sciences » que ce mouvement a fait son apparition. Débats scientifiques autour d’un verre de jus À l’instar des bars de sciences organisés pour des adultes, la formule est toujours celle de l’échange sur un sujet prédéterminé, mais la discussion a lieu dans l’enceinte scolaire, à l’occasion d’un déjeuner ou d’un goûter dans un lieu convivial, comme une cafétéria. En plus d’informer les jeunes sur des sujets de société, ces débats les amènent à traiter une information parfois difficile à aborder et à s’intéresser aux métiers scientifiques. Les thèmes choisis pour ces K’Fêtes de sciences ne collent pas toujours au programme scolaire, mais ils sont généralement amorcés par l’enseignant en classe afin de préparer les élèves au débat et aux discussions qui suivront avec les experts, lors de l’événement. Ils permettent également de faire intervenir plusieurs disciplines – de la technologie aux arts, des sciences exactes aux sciences humaines – offrant ainsi aux jeunes une image sensible de la science intimement liée au quotidien ou aux vastes questions que peut se poser tout citoyen. Comment fonctionne la police scientifique? La science et la religion sont-elles ennemies ou complémentaires? Faut-il s’inquiéter de l’impact des progrès de l’informatique sur nos libertés individuelles? Enseignante en sciences à Corbeil, Marie Christine Gonod a déjà organisé plusieurs K’Fêtes dans son lycée. Elle ne cache pas son enthousiasme devant la formule qui lui a permis de montrer à ses élèves que la science n’est pas toujours ennuyeuse. Ensemble, durant les heures de cours, ils ont effectué des recherches documentaires sur l’exploration spatiale, puis se sont interrogés sur les possibilités d’une vie extraterrestre, sous forme bactérienne par exemple. À la suite de chaque K’Fête, l’enseignante prolonge l’échange en demandant à ses élèves de réaliser des documents graphiques ou rédigés qui seront ensuite mis à la disposition du public, sur le site Internet du lycée. Une manière avantageuse de faire travailler les jeunes et de leur permettre d’avoir une confiance que les adolescents ont souvent du mal à acquérir.
Comme tout événement, les K’Fêtes de sciences demandent un certain sens de l’organisation et le respect de quelques principes de base. Pour vous aider à en organiser une dans votre école, voici quelques conseils glanés auprès de spécialistes. S’impliquer Il est primordial de bien sensibiliser l’ensemble du personnel de l’école aux avantages d’un tel projet pour obtenir une participation maximale, sans oublier les autorisations nécessaires … De la direction de l’école, qui devra mettre un certain nombre de moyens à votre disposition, aux collègues enseignants et conseillers pédagogiques, tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice, y compris les élèves. Il reviendra à l’équipe enseignante, ou à un seul enseignant convaincu, de s’occuper des démarches administratives pour éviter tout imbroglio. Prévoir Il n’y a pas d’événement sans lieu, date et horaire. Choisissez donc avec la direction de l’école un espace convivial qui permettra d’accueillir les élèves, le personnel enseignant et les experts invités dans une atmosphère agréable. Grignoter des petits gâteaux et siroter un jus sans risque de se le faire reprocher fait aussi partie de l’expérience… Le nombre de participants ne doit pas excéder une soixantaine. Au-delà, le débat prend mal et vous risquez d’être aux prises avec des problèmes de discipline. Question horaire, choisissez un moment de la journée où vous êtes assuré de la présence d’un grand nombre d’élèves, l’heure du dîner, par exemple. L’événement durera entre une heure et une heure et demie. Sélectionner le thème et les experts Vous avez sûrement en tête des sujets qui vous passionnent et qui vous semblent susceptibles d’intéresser vos élèves. Dressez une liste, présentez-la à vos collègues pour discussion et n’hésitez pas à consulter un organisme de culture scientifique pour vous aider à identifier et à solliciter les experts invités. Il est parfois difficile d’obtenir des spécialistes de certaines disciplines et les jeunes sont sensibles à la qualité des interventions. Pour trouver l’organisme de culture scientifique le plus proche de votre établissement d’enseignement, consultez le Kaléidoscope (http://www.spst.org/kaleidoscope) . Répartir les responsabilités Quand elle est bien faite, la répartition des rôles favorise l’esprit d’équipe. Un groupe d’enseignants peut, en collaboration avec la direction, assumer le choix du lieu et la préparation matérielle nécessaire à la K’Fête. Un autre groupe pourra faire le lien avec les experts scientifiques invités à intervenir, avec lesquels il faudra prévoir un scénario d’intervention, une présentation des groupes d’élèves participants et le matériel ou les installations nécessaires. Quant aux élèves, au-delà de la préparation qu’ils auront à faire en classe, pourquoi ne pas les impliquer en leur demandant de concevoir une petite campagne de publicité de l’événement dans l’établissement, de recueillir les inscriptions ou d’accueillir les participants? Communiquer sans ennuyer À chaque public, son type d’intervention. Si vous organisez une K’Fête ou une collation scientifique avec des tout-petits (6-9 ans), il est suggéré de ne pas mettre l’accent sur le débat, mais de se concentrer davantage sur des démonstrations ou des périodes de manipulation qui garderont les enfants attentifs. Pour les plus âgés, il est toujours possible d’ouvrir le débat par une présentation orale ou audiovisuelle illustrant le thème. L’Office national du film du Canada (http://www.nfb.ca/?v=h&lg=fr), notamment, dispose d’une collection de vidéos sur différents thèmes scientifiques dont vous pouvez vous servir. Afin d’éviter la lassitude des participants, il est conseillé de désigner une personne qui animera le débat comme un pro, et saura relancer les discussions au moment opportun, avec les bonnes questions. Ancrer le projet On mesure souvent le succès d’un événement lorsqu’on en parle encore des jours plus tard. À cet égard, le rôle de l’enseignant, en amont et en aval de l’événement, est crucial. Pour s’assurer de la participation des élèves aux discussions, il est important qu’ils aient été préparés à la thématique abordée par des travaux de recherche préalables et quelques échanges en classe. Il est aussi fortement conseillé de faire un retour sur le débat avec les élèves en leur demandant ce qu’ils ont retenu et en approfondissant certains aspects abordés.
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