Pluie de science
Numéro 20, Printemps 2006

Actualité
Les textes gagnants du concours de vulgarisation scientifique « Dans un labo près de chez vous »

L’Université de Sherbrooke lançait cet automne un concours d’écriture destiné aux élèves du secondaire. Les participants devaient rencontrer et présenter dans un court texte un chercheur inspirant. Les participants furent nombreux, et ont bien démontré que l’enthousiasme pour la recherche scientifique peut être communicatrice… Pluie de science vous présente les trois textes gagnants.

Les textes honorés seront aussi publiés dans La Presse, La Tribune de Sherbrooke, la revue Découvrir, ainsi que sur le site de l’Agence Science-Presse et dans le livre Passionnés de savoir de Jean Paquin publié aux éditions Multimondes.


Catégorie 3e secondaire

Auteur : Marc-Antoine Fortin, 3e secondaire, Collège-Saint-Charles-Garnier, Québec
Chercheur : Robert Michaud, biologiste et directeur du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins à Tadoussac.

Un chercheur est, banalement, un individu qui se consacre à la recherche scientifique. Mais lors de ma rencontre avec M. Robert Michaud, j’ai entrevu un métier différent, où la curiosité est maîtresse et où tout est remis en question. Vision d’un homme que la flamme scientifique a complètement embrasé…

Robert Michaud, biologiste spécialisé dans le comportement animal, dirige un programme de recherche sur les baleines du Saint-Laurent. De plus, il s’occupe d’étudiants qui terminent leur maîtrise sur le comportement animal. Pour ajouter à cet horaire chargé, M. Michaud travaille en conservation, ce qui l’incite à collaborer avec différents groupes de notre société, comme le gouvernement et d’autres organisations, pour mettre en place des stratégies pour protéger les baleines et leur habitat. Il a aussi pour mission de faire « tripper » les gens sur les baleines et, croyez-moi, il a réussi pour plusieurs!

Selon lui, la meilleure aptitude que l’on puisse avoir pour faire non seulement de la biologie, mais pour tous les autres métiers scientifiques, est la curiosité : accepter que l’on puisse toujours trouver plus, et ne pas prendre pour acquises les réponses que l’on lit, ce qui nous force à développer notre sens critique.

Quelques années après que Robert Michaud ait complété son baccalauréat, en 1982, il fonde le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), un organisme privé sans but lucratif, avec un autre chercheur. À ce jour, le groupe compte 40 membres.

Loin d’avoir percé tous les mystères du comportement animal, M. Michaud commence tout juste au contraire à répondre à des questions, ce qui le pousse à continuer. Il sent aussi qu’en faisant connaître les baleines au grand public, il arrivera à les protéger un peu mieux, ce qui le motive lors de réveils parfois difficiles.

La curiosité est le propre des jeunes. Pour faire un métier qui garde jeune et qui fasse « tripper », Robert conseille aux adolescents de choisir le métier qu’ils aimeraient faire aujourd’hui. La recherche scientifique est un métier très peu routinier, car les chercheurs se doivent de constamment trouver des choses nouvelles. Et pour revenir au métier de biologiste sur le comportement animal, les chercheurs sont souvent amenés sur le terrain, dans des conditions difficiles. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il faut aimer le plein air...

Robert souhaite plus que tout faire des découvertes sur les baleines et les bélugas, qui sont des animaux moins connus que le chimpanzé ou le dauphin. Plus loin encore, il désire percer le mystère de leur communication. Dans les limbes de ses rêves (peut-être pas insensés…), Robert souhaite faire un grand sanctuaire dans le Saint-Laurent pour protéger les baleines, mais aussi la population côtière, et serait heureux s’il savait qu’il a contribué concrètement à ce projet.

S’il n’a pas convaincu tous les jeunes de choisir le métier de chercheur, il m’aura au moins transmis sa passion de la science…


Catégorie 4e secondaire

Auteur : Dominique Guillemette, 4e secondaire, École Paul-Hubert, Rimouski
Chercheur : Christian Nozais, chercheur en écologie aquatique à l’Université du Québec à Rimouski

Avez-vous une passion? Vous levez-vous tous les matins, heureux de cette journée qui s’annonce, heureux de savoir que vous allez encore passer une infime partie de votre vie à faire ce que vous aimez le plus au monde : votre travail? Si vous répondez non à l’une ou l’autre de ces questions, consolez-vous, chers lecteurs, en vous disant qu’il existe au moins une personne qui démontre un amour insatiable pour la profession qu’il exerce.

D’origine française, monsieur Christian Nozais est chercheur à l’Université du Québec à Rimouski. Il passe la majeure partie de son enfance en Afrique du Sud puis, à l’âge de 15 ans, déménage en France, accompagné de sa famille. Dès lors, il étudiera à Paris, au C.E.S. l’Esclangon et, quelques années plus tard, il sera admis au lycée Marcel-Pagnol. Son chemin se poursuivra jusqu’à l’université où il travaillera avec acharnement pendant neuf ans pour décrocher une maîtrise ainsi qu’un doctorat en biologie marine. Enfin, voilà neuf ans aujourd’hui qu’il s’est établi parmi nous.

Comme beaucoup d’autres, Christian fut bercé par les livres et les films de Jacques-Yves Cousteau. Depuis, il dévore tout ce qui touche de près ou de loin à sa passion du monde aquatique. C’est pourquoi il a choisi de fixer ses recherches sur la chaîne trophique. Il est notamment intéressé à connaître les structures qui constituent la nourriture des organismes benthiques. En concentrant ses efforts dans ce domaine, il cherche à découvrir comment des déséquilibres ou des changements dans la colonne d’eau influencent l’alimentation de ces organismes.

Ah, j’oubliais! Qu’aurait pensé Christian si j’avais omis de mentionner qu’il est aussi enseignant? Je serais passée à côté d’un de ses principaux objectifs. Il affirme, bien qu’il chérisse beaucoup la voie qu’il a choisie, que la vie n’est pas que travail. Selon lui, elle regorge aussi de connaissances et d’expériences encore inconnues d’une trop grande partie du monde. Transmettre son savoir et son vécu à ceux et celles qui assureront la descendance de ses accomplissements est quelque chose qu’il considère comme primordial. Débordant d’ambitions et de rêves, il tient aussi personnellement à marquer son passage et à développer de nouvelles formes d’études. Considéré de tous comme un homme tenace et persévérant, il n’aura sans doute aucun mal à y parvenir.

« Avant de terminer, auriez-vous un message particulier à transmettre à ceux et celles qui liront ce que j’écrirai à propos de vous? » lui ai-je demandé. Je fus stupéfaite de la sincérité et de la profondeur de sa réponse. Je suis convaincue que ces quelques phrases en laisseront plus d’un songeur.

« Prenez soin de cette planète, mais ne la prenez pas pour acquise et si ce que je viens de dire en fait réfléchir quelques-uns, j’en serai excessivement comblé. » Et il s’est permis d’ajouter fièrement : « Écologiste aquatique, pas de doute, c’est le plus beau métier du monde! »


Catégorie 5e secondaire

Auteur : Marjolaine Lavigne, 5e secondaire, École Mgr-Richard, Montréal
Chercheure : Sonia Lupien, chercheure en neuropsychologie à l’Université McGill

Depuis toujours, de nombreux chercheurs ont fait leur marque dans le domaine de la santé. Mais plusieurs d’entre nous se questionnent encore sur le stress. La chercheuse Sonia Lupien pourrait nous en dire long sur ce sujet.

Sonia Lupien a fait ses études en sciences humaines au cégep de Saint-Jérôme. Par la suite, elle passa beaucoup de temps sur les bancs de l’Université de Montréal. Elle y étudia la psychologie expérimentale, elle y fit une maîtrise en neuropsychologie, et eut un doctorat en sciences neurologiques. Pour devenir chercheuse, elle dut faire un stage postdoctoral à l’Université de Californie à San Diego ainsi qu’à la Rockefeller University à New York. Depuis 1996, elle est chercheuse à l’Université McGill, au département de psychiatrie.

Professeure Lupien (elle est aussi professeure à l’Université McGill) concentre principalement ses recherches sur le stress, et particulièrement sur les hormones du stress, sur le cerveau ainsi que sur la mémoire. Elle a d’ailleurs découvert une multitude de choses. « Si on est stressé pendant trop longtemps, notre corps produit une hormone nommée cortisol qui atteint le cerveau et qui affecte la mémoire », précise la chercheuse. Le cortisol est aussi appelé « hormone du stress ». Sonia Lupien a aussi démontré qu’une production élevée de ces hormones était liée à une diminution du volume de l’hippocampe, qui est une petite région du cerveau qui ressemble à un cheval de mer.

Sonia Lupien, à l’aide de son équipe, a étudié l’effet du stress sur les enfants âgés de 6 à 14 ans, sur les jeunes adultes, puis sur les personnes âgées. Pour les deux premiers groupes, elle conclut que le cerveau des personnes stressées est moins performant que celui d’une personne tranquille. Pour ce qui est des personnes âgées, celles qui ont un taux de cortisol élevé ont de moins bons résultats que les autres aux tests de mémoire. Elle a aussi remarqué que la partie de leur cerveau responsable de l’apprentissage et de la mémoire était plus petite. D’après la chercheuse, le stress est néfaste pour tous les âges et nous devrions reconnaître l’importance de ce facteur sur notre santé mentale.

Madame Lupien adore son métier car elle peut faire ce qu’elle veut, quand elle le veut et où elle le souhaite. Elle adore pouvoir expérimenter dans son laboratoire pour répondre à ses propres questions sur le cerveau. Elle dit que c’est un feeling génial.

Sonia Lupien a un objectif qui la pousse à entreprendre ses recherches. Son rêve en tant que chercheuse est de découvrir comment prévenir les effets négatifs du stress chez l’humain. Cela pourra lui permettre de détecter très tôt les gens qui sont à risque de développer une dépression, une maladie liée au stress. Espérons qu’elle y parviendra!

 

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