Pluie de science www.spst.org/pluiedescience/0406 Version complète
Éditorial N’importe quel spécialiste de la rénovation vous le dira : avec le printemps arrive le temps des petits et des grands travaux. C’est comme ça. Aux premiers bourgeons, on ressent le besoin urgent de refaire ses peintures et de mettre de la couleur autour de soi. Nos abonnés l’ont déjà constaté, cet agréable frisson ne nous a pas épargné, et c’est à coup de pinceaux et de touches colorées que nous soulignons nous aussi l’arrivée des beaux jours, avec le lancement de La science par la bande, un recueil de textes qui célèbre le savoureux mariage de la bande dessinée et des sciences. Guettez votre courrier : ceux d’entre vous qui ont déjà réservé leur exemplaire devraient le recevoir sous peu. Autre grand chantier printanier : le rafraîchissement du Kaléidoscope, à qui nous offrirons à la rentrée une toute nouvelle interface graphique. Le cyberzine Pluie de science passe quant à lui dès aujourd’hui à neuf numéros par année, dans une nouvelle formule qui permettra d’alterner des numéros courts construits autour d’une thématique unique, et des numéros plus étoffés nous entraînant comme à l’accoutumée aux quatre points cardinaux de la médiation des sciences. Pour l’heure, nous vous invitons à poursuivre un chantier depuis longtemps engagé dans nos pages, celui de la « déconstruction » de l’image du chercheur, avec un article de fond sur le rôle de la créativité dans la recherche scientifique. Côté médiation des sciences, nous vous proposons une rencontre surprenante avec un mathématicien qui a choisi d’exploiter les contes pour susciter l’intérêt de ses élèves à l’égard des maths. Nous nous envolons ensuite vers la France où l’une de nos journalistes a enquêté sur des cafés des sciences spécialement destinés aux enfants. Autre rendez-vous régulier dans Pluie de science, notre incursion dans l’univers des technologies nous plonge ce mois-ci dans le domaine de la nutrition. Quant à notre dossier thématique, il est consacré aux météorites et à l’astronomie et comprend, entre autres, la présentation d’une nouvelle exposition sur ces fascinants cailloux, des suggestions de lecture et une sélection de sites Internet pour poursuivre l’aventure sur le Web. Enfin, dans le cadre de l’Année internationale des déserts et de la désertification, nous vous proposons un mini-dossier documentaire qui, nous l’espérons, vous donnera envie de vous transformer en Touareg des sciences… En bonus dans ce numéro printanier, nous publions également les textes gagnants du concours de vulgarisation scientifique « Dans un labo près de chez vous » organisé cet automne par l’Université de Sherbrooke. Leurs jeunes auteurs, élèves au secondaire, nous prouvent de la meilleure manière qui soit, et dans leurs propres mots, que les scientifiques peuvent encore parfaitement faire figure de héros. En doutiez-vous? Bonne lecture! Anne Fleischman ***
Scientifique vos papiers! L’Homo faber, l’homme « fabricant », est fier de ses réalisations qui semblent avoir commencé par un coup très fort porté au moyen d’une pierre sur une autre. Voyez désormais comme il découvre et invente, modelant ainsi le monde… C’est en cela, précisément, qu’il est Homme. Il s’empresse d’ailleurs d’ajouter qu’il est le seul dépositaire de cette qualité, la raison, et il affirme qu’elle est à l’origine de sa plus grande invention : la méthode scientifique. Apparaît alors une ambiguïté quand, remontant le fil de ses grandes découvertes, notre Homme remarque un phénomène étrange. Ce moment, où lui vient l’inspiration, lorsque son esprit s’élève à un niveau de compréhension supérieur pour trancher d’un seul coup le nœud du problème, correspond très souvent à une mise entre parenthèses du raisonnement et du raisonnable. L’inspiration de l’échec Au début du siècle dernier, le grand mathématicien français Henri Poincaré (1854-1912), avait témoigné de ces « illuminations soudaines qui n’apparaissent pas s’il n’y a pas eu, au préalable, quelques jours d’un effort volontaire qui est apparu complètement infructueux ». Il avait, en quelque sorte, mis en évidence le rôle positif de l’échec : ces efforts en apparence stériles ayant mis en branle une « machine inconsciente », qui, sans eux, « ne se serait pas mise en mouvement et n’aurait rien produit ». Dans le même esprit, le romancier et historien des sciences, Arthur Kœstler, a proposé, au début des années soixante, une théorie qui tente de décrire l’acte de création lui-même. Comme Poincaré, Kœstler croit que l’inspiration arrive quand la rationalité est suspendue et que les comportements routiniers sont supprimés. Il définit ce processus comme une réaction, une réponse à un stimulus ou à un problème particulier. L’auteur distingue trois types d’inspiration : il y a la réaction humoristique (ha! ha!), la réaction associée aux expériences de nature mystique, religieuse ou artistique (ahhh…) et la réaction propre à la découverte scientifique (Ah, ha!). Dans chacun des cas, le résultat est le produit d’une fusion d’enchaînements d’idées non reliées entre elles, de rapprochements aussi incongrus que « la rencontre fortuite, sur une table de dissection, d’une machine à coudre et d’un parapluie » (Lautréamont, Les Chants de Maldoror). Au comportement créatif correspondrait donc un état particulier de conscience. Selon le physicien et romancier Alan Lightman, que le travail soit de nature artistique ou scientifique, nous perdons, dans de tels moments, toute notion du temps, de notre corps et de ce qui nous entoure, dans une indifférence totale des conséquences du travail en cours. « J’oublie qui je suis et où je suis. Je me dissous dans un monde imaginaire. Je deviens pur esprit », écrit-il dans son essai The Act of Creation, décrivant cette sensation comme « l’une des plus profondes et des plus belles expériences humaines ». Augmenter la créativité Quant à reproduire cette inspiration à volonté, cela semble exclu. Pourtant, cela n’empêche pas la croyance selon laquelle il serait possible de stimuler, voire d’augmenter la « créativité ». Les diverses méthodes disponibles sont des tentatives contradictoires de rationaliser, de systématiser ce que l’on observe chez les individus dits créatifs cette « échappée du rationnel ». Michael Michalko, un « expert en créativité », a ainsi pu identifier huit stratégies utilisées par de grands génies reconnus par l’histoire : examiner le problème sous divers angles, visualiser, produire en abondance, faire de nouvelles combinaisons, définir des relations, réconcilier les contraires, utiliser les métaphores, se préparer au hasard… Art et science, même combat Par ailleurs, comme la créativité s’observe dans tous les aspects de la vie, dans tous les métiers, et qu’on l’associe spontanément aux arts, de nombreuses réflexions sont consacrées aux rapports féconds entre les artistes et les scientifiques. Les contacts se multiplient d’ailleurs entre ces deux univers, et l’on rencontre même des gens qui décident de ne pas choisir, à l’exemple de Jean-Pierre Luminet (www.spst.org/pluiedescience/1205/1205_01.html), astrophysicien à l’Observatoire de Meudon, en France, mais également poète, peintre, musicien et cinéaste. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) propose des cours d’arts visuels aux étudiants en sciences. Il s’intéresse en particulier à la créativité dans le champ du génie. Sur son site Internet, l’École Polytechnique de Montréal donne quelques exemples de cours proposés dans certaines facultés américaines. Le principe de base est que les étudiants qui ne développent pas leur créativité auront tendance à adopter des solutions convenues plutôt que d’en inventer de nouvelles. C’est pourquoi, à l’Université Kettering, au Michigan, les étudiants s’initient à des techniques comme celles du jeu de rôle. En Indiana, l’Université Purdue s’efforce de faire découvrir à ses étudiants en génie leur potentiel créateur à travers différentes activités de visualisation, de dessin et de poésie. Ils doivent même, avant la fin du trimestre, résoudre en rêve un problème d’ingénierie… Comme le disait Max Perutz, prix Nobel de chimie en 1962, « La créativité en science, comme en art, ne peut être organisée. Elle émerge spontanément du talent individuel. » Mais il ajoutait que si « l’organisation hiérarchique, d’inflexibles règles bureaucratiques et des montagnes d’inutile paperasserie peuvent la tuer, des laboratoires bien gérés peuvent la favoriser ». Un filon prolifique C’est au carrefour du génie et du monde des affaires que la créativité soulève le plus d’enthousiasme. De nombreux consultants prétendent améliorer la performance des chefs d’entreprise, mais aussi celle des chercheurs. « Dans un contexte commercial d’affaires, la créativité est, pour chaque individu, fonction de trois composantes : l’expertise, des talents de pensée créative, et la motivation. Les managers peuvent influencer la créativité de leurs employés en travaillant sur les pratiques et les conditions de l’environnement de travail. » (École Polytechnique) Depuis le brainstorming, nombreuses sont les techniques destinées à faire émerger les bonnes idées d’un groupe. Mais ce n’est là que l’un des aspects de la culture de la créativité que l’on tente d’inculquer aux différentes catégories de personnel dans les entreprises. On croit aujourd’hui à l’importance primordiale de l’environnement de travail, que l’on s’efforce d’enrichir par différents moyens. Jozée Lapierre, professeure au département de mathématiques et de génie industriel et titulaire de la Chaire JVR Cyr en entrepreneurship technologique à l’École Polytechnique de Montréal, a étudié la façon dont la créativité est recherchée dans les entreprises de haute technologie. Avec son étudiant Vincent-Pierre Giroux, elle a ainsi pu définir un modèle d’environnement de travail créatif, dont les dimensions sont l’atmosphère de travail, la collaboration verticale, l’autonomie, le respect, l’intégration par chacun des orientations à long terme de la firme, de même que la collaboration entre les différentes équipes. Une phase importante : la conception Mais l’environnement n’est pas tout : on s’efforce également de concevoir des outils d’aide à la conception. Il faut savoir que, d’une part, 80 % du coût total d’un produit est attribuable à des décisions prises pendant la phase de conception, et que, d’autre part, quand un produit est rappelé, la cause réside la plupart du temps dans une conception déficiente. Voilà ce qui a motivé Yong Zeng, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en science de la conception à l’Université Concordia, à élaborer des outils informatiques pour soutenir la conception. Ces outils, qu’il s’agisse de design architectural ou de conception assistée dans les domaines de l’automobile ou de l’appareillage médical, reposent sur ce que le professeur Zeng appelle une logique de la conception (design logic), avec laquelle il tente de cerner la nature fondamentale du processus de création. Le psychologue informaticien (et prix Nobel d’économie 1978) Herbert A. Simon croyait que le processus de création pouvait être expliqué. Si l’on a cru, au cours des années soixante-dix, que l’hémisphère droit du cerveau était seul impliqué dans les processus créatifs, les techniques modernes d’imagerie nous montrent que les deux hémisphères sont engagés simultanément dans ces processus. La créativité serait caractérisée par la capacité d’utiliser différents modes de pensée — tirant parti de la logique, faisant appel à la fois à l’inconscient et aux connaissances, s’appuyant sur l’imagination et l’intuition, établissant des relations entre les idées et les choses, l’abstrait et le concret. Quant à Albert Einstein, il disait que le don de fantaisie avait eu plus d’importance pour lui que son talent à absorber des connaissances positives, que « l’imagination est plus importante que la connaissance », que « l’esprit intuitif est un don sacré et l’esprit rationnel son serviteur fidèle ». Et il concluait : « Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don ». La créativité serait une sorte de faculté présente en chacun de nous et il serait possible de la révéler, de la renforcer comme un muscle, au moyen d’exercices appropriés. D’où l’intérêt manifesté ici et là dans le monde de l’enseignement pour cet Eldorado de l’apprentissage. L’Université du Québec à Chicoutimi propose, dans son programme de pédagogie, le cours « Créativité : processus et applications », qui permet de « faire l’expérience des processus et des stratégies utiles au développement du potentiel créatif chez les enfants ». On comprend l’intérêt de cette approche dans le contexte de la présente réforme de l’enseignement, qui identifie précisément, parmi les compétences intellectuelles à acquérir, la capacité d’exploiter sa créativité.
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Décliner
la science Il était une fois un professeur qui, lassé de voir souffrir ses élèves en leçon de mathématiques, décida de leur raconter des histoires. Alice au pays des merveilles, Les Chevaliers de la Table Ronde, Les trois petits cochons... Il s’aperçut que ses élèves, captivés, apprenaient à trouver des solutions logiques aux énigmes dont il truffait ses belles aventures. Une idée lui vint : apprendre à compter en contant des contes… Ce génial conteur et néanmoins professeur de mathématiques (à moins que ce ne soit le contraire) s’appelle Younès Aberkane. Il est titulaire d’un doctorat en mathématiques et enseigne en France, à l’Institut universitaire de formation des maîtres de Versailles, un établissement qui forme les étudiants français au métier de professeur à la maternelle et au primaire. C’est au Commissariat à l’énergie atomique, où il travaillait précédemment en robotique, qu’il s’est plus particulièrement intéressé aux méthodes d’auto-apprentissage des robots et à l’intelligence artificielle. De là lui est venue sa passion pour la pédagogie et les techniques d’apprentissage. « Enseigner, c’est transmettre et éveiller la potentialité, dit Younès Aberkane. La résolution du problème est au cœur de l’apprentissage, et pas seulement en mathématiques! » Parce qu’il y a conter et compter Les liens entre le conte et les mathématiques, loin d’être évidents au premier abord, sont pourtant nombreux. D’abord par leur racine latine commune : « compter » et « conter » viennent de computare, qui signifie en latin « dénombrer ». Pendant l’Antiquité, les contes et les mathématiques cohabitaient naturellement : si l’origine des contes se perd dans la nuit des temps, Hérodote nous apprend que la géométrie serait née en Égypte, sur les bords du Nil. La répartition de l’eau dans une zone désertique et le calcul des aires des champs inondés par les crues du Nil y étaient d’une nécessité vitale. Contes et mathématiques étaient alors liés comme l’étaient l’imaginaire et la raison. Les calculs mathématiques ne contredisaient aucunement les transes des devins, mais cohabitaient sans heurt avec le monde de la magie et des astres. Les contes et les maths ont également une structure commune. Dans un conte, le héros est mis face à une situation initiale – l’exposé du problème – puis il doit affronter une série d’épreuves et déchiffrer des énigmes qui lui apporteront la solution au problème posé. Une impression de déjà-vu pour le mathématicien. « Devant un problème mathématique, l’élève se trouve dans la même situation. La distanciation qu’apporte le conte facilite la compréhension. Poser un problème situé dans un monde imaginaire sécurise le jeune chercheur, qui devient plus performant. Au lieu de renâcler devant son problème, l’élève le vit comme un jeu de rôle, une histoire dont il est le héros. L’échec en maths est souvent dû à un conditionnement négatif, mais avec les contes, les jeunes n’ont plus de réticence, ils font des maths sans le savoir », explique M. Aberkane. Des mathématiques à la politique… Les instructions officielles du ministère de l’Éducation nationale en France stipulent que « les mathématiques contribuent au développement de la pensée rationnelle et à la formation du citoyen ». Dans les pays démocratiques, le débat politique contradictoire est important : il est essentiel de comprendre les arguments développés et l’enchaînement des idées. Ce passage d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll (qui était logicien) est particulièrement savoureux. Lorsqu’Alice grandit démesurément, sa tête rencontre une mère pigeon qui l’accuse d’être venue voler ses œufs. Aux protestations d’Alice, la pigeonne rétorque par un syllogisme : « les serpents mangent des œufs et les petites filles mangent des œufs donc vous êtes un serpent ». Comme on retrouve souvent cette formulation dans les discours politiques, il est important d’apprendre à la décoder… C’est cela aussi, aiguiser le sens critique du futur citoyen! Travaux pratiques En maternelle, il est impensable d’enseigner des éléments de topologie (dessus, dessous, dedans, dehors…) par un cours magistral au tableau noir. « Le haut de la feuille » est une expression qui n’a pas de sens mathématique sauf si on la tient verticalement, ce qui est rarement le cas lorsque l’on écrit. L’utilisation de contes mimés permet une meilleure compréhension de ces notions et surtout une bonne appropriation des savoirs. Comme l’explique Younès Aberkane, il semblerait d’ailleurs que l’utilisation de « contes d’enseignement » soit une tradition qui a existé un peu partout, et qui est encore vivante dans certains endroits comme en Afrique ou chez les Inuits. Le conte est un arbre à fruits Encadrant des groupes de professeurs stagiaires qui interviennent dans des classes de maternelle et de primaire, Younès Aberkane a relevé, lors des évaluations faites au bout de trois semaines de « mathématiques par les contes », que les élèves apprenaient plus facilement – et plus joyeusement – avec cette méthode. Depuis l’émergence de la psychologie cognitive, on sait que la mémorisation est facilitée si elle est reliée à une situation marquante. Quoi de mieux qu’un conte, dont l’aspect principal est émotionnel? De plus, le conte permet une approche transdisciplinaire : on enrichit son vocabulaire, on s’initie à la poésie, on acquiert des notions d’histoire et de géographie… sans oublier la logique, l’enchaînement, la déduction. Le conte est comme un arbre à fruits, et chacun peut venir y cueillir ce dont il a besoin. Mieux, selon M. Aberkane, le conte est une recette de cuisine « de l’art d’accommoder les maths ». « Et comme en cuisine, il ne suffit pas de mettre plein de bonnes choses ensemble pour faire un bon plat : il faut aussi savoir les présenter! »
Pour pousser plus loin votre exploration des univers du conte et des mathématiques, en classe, à la bibliothèque ou en famille, voici quelques suggestions de lecture proposées par nos complices de la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Milles-Îles : BEISNER, Monika et Jacques Charpentreau, Les cent
plus belles devinettes, Gallimard, 2004. De plus, la SPST a publié, à La bibliothèque de La Science se Livre, deux ouvrages qui proposent des activités scientifiques à réaliser à partir d’œuvres de fiction : Les sciences en contes, de Denise Fortin (2003) Pour les commander : spst@spst.org ***
Dossier
thématique sur l’astronomie Acte 1 : Toujours dans ma cour! Quand on a la chance d’apercevoir une météorite tomber sur Terre (les avertis les appellent à juste titre des « bolides »), on a souvent l’impression que l’objet va finir sa course dans le champ du voisin. Or, c’est presque toujours faux : quand le bolide disparaît, c’est en général parce qu’il est passé de l’autre côté de la ligne d’horizon. Il parcourra encore probablement des centaines de kilomètres avant de percuter le sol. Acte 2 : Les pierres brûlantes Non, les météorites ne sont pas brûlantes quand elles nous arrivent du ciel. Au contraire : leur longue course s’effectue dans l’espace glacé, et leur passage dans l’atmosphère terrestre ne les réchauffe qu’en surface. Elles peuvent brûler, oui, mais de froid. Acte 3 : Attention, danger… Les météorites sont souvent perçues comme radioactives et dangereuses. Ce n’est absolument pas le cas, et si les scientifiques les manipulent avec des gants, c’est surtout pour éviter de contaminer l’inestimable marchandise céleste, et non l’inverse. ***
Dossier
thématique sur l’astronomie Depuis la nuit des temps et sans crier gare, des milliers de météorites percutent notre planète chaque année. À l’origine de certaines grandes catastrophes, et peut-être aussi de la vie sur la Terre, elles rapportent des confins du système solaire des informations précieuses pour qui sait les décrypter. Mais pour le commun des mortels, ces cailloux venus de l’espace demeurent muets et enveloppés de mystère. Conçue par le Planétarium de Montréal en collaboration avec des institutions scientifiques et des collectionneurs internationaux, une nouvelle exposition virtuelle lève le voile sur ces voyageuses : Météorites, messagères de l’espace. Vaste tour d’horizon « Que sont-elles? D’où viennent-elles? Comment les classe-t-on? Que nous apprennent-elles sur le système solaire et sur l’Univers? Où trouve-t-on les grandes collections dans le monde? L’exposition virtuelle aborde tous les grands sujets concernant les météorites », résume Sara Arsenault, muséologue au Planétarium. Ces questions, les astronomes et les animateurs du Planétarium les entendent régulièrement. Or, si la documentation vulgarisée sur le sujet abonde en anglais, il existe encore peu de ressources destinées aux débutants francophones. Une lacune aujourd’hui comblée. « Chaque semaine, nous recevons de nombreux appels de témoins qui signalent avoir vu des météores traverser le ciel ou qui aimeraient faire identifier une pierre qu’ils croient être une météorite. L’exposition virtuelle est un site de référence qui leur permet de trouver une foule d’informations par eux-mêmes », poursuit Sara Arsenault. L’exposition est également un moyen de mettre en valeur les spécimens conservés au Planétarium et inaccessibles au public. « Nous avons une collection assez importante qui compte près de 200 pierres, mais elles ne sont pas toutes exposées dans les vitrines, car certaines sont trop petites ou trop fragiles. » Un parcours inspiré de la recherche L’exposition se divise en cinq sections. Les quatre premières permettent à l’internaute de découvrir les météorites selon des étapes qui suivent la méthode logique de recherche sur ces fabuleux cailloux : leur chute, leur composition, leur origine et leur conservation. La dernière section présente les fiches de 36 météorites « célèbres » que le visiteur peut rechercher par continent, par type ou par thème. Par exemple, il peut sélectionner celles qui se caractérisent par une masse élevée ou qui sont en provenance de la ceinture d’astéroïdes. Le site comprend également un glossaire, une bibliographie commentée et un répertoire de sites connexes. La visite virtuelle complète le propos de l’exposition traditionnelle présentée au Planétarium, et peut également se poursuivre en classe, et être mise en lien avec d’autres activités pédagogiques proposées par le Planétarium, comme celle qui concerne la formation d’un cratère que l’on retrouve dans la trousse d’exploration de la Lune. En ligne depuis septembre dernier et régulièrement mise à jour, l’exposition virtuelle Météorites, messagères de l’espace comporte de nombreuses photographies, illustrations et dispositifs interactifs (vidéos, enregistrements sonores, animations, etc.) qui la rendent agréable et amusante à visiter. Les néophytes et les plus informés y trouveront leur compte puisqu’elle offre plusieurs niveaux de lecture : de courts textes de base rédigés dans un langage simple, des sous-thèmes plus spécialisés et des liens pour en savoir davantage.
Sa fiche signalétique dans Kaléidoscope : http://www.spst.org/servlet/FicheOutil?outils_id=926 La trousse d’exploration de la Lune : http://www.spst.org/servlet/FicheOutil?outils_id=540 ***
Dossier
thématique sur l’astronomie Les météorites disparaissent!
« Depuis plusieurs années, les météorites
sont devenues des objets de collection très convoités. Au
fil du temps, le phénomène a pris de l’ampleur à
tel point que, d’ici quelques années, on estime que la plupart
des météorites tombées sur notre planète depuis
des millénaires se retrouveront sur les tablettes de collectionneurs
privés plutôt que sur celles d’un laboratoire ou d’un
musée. » Lire la suite de ce commentaire de l’astrophysicien
Robert Lamontagne sur le blogue « astronomie » de
l’Agence Science-Presse (commentaire du 16 février 2006). L’étoile des enfants. Notre
site coup de cœur, qui a tout du blogue scientifique destiné
aux enfants. Ces derniers ont la possibilité de poser leurs questions
en ligne à des spécialistes de l’astronomie québécois,
français, suisses et belges, tous universitaires. La bibliothèque « Astronomie »
de l’Agence Science-Presse. Des dizaines de sites Internet
répertoriés et commentés. Perdus dans les étoiles. Un
site amusant et très instructif conçu pour les jeunes de
10 à 14 ans. Ciel des hommes. La version française
du site américain science@nasa, qui comprend entre autres des actualités
astronomiques, des articles encyclopédiques sur de nombreux sujets
et un dictionnaire de termes techniques et scientifiques. Astronomia. Un site belge très
complet. Outre les informations à caractère purement scientifique,
on y retrouve une section historique (ex : contributions des Égyptiens
à nos connaissances actuelles en astrologie), des citations, une
section sur le droit de l’espace, etc. L’histoire des étoiles.
Un magnifique site sur le cycle de vie des étoiles. Le site d’Hubert Reeves. Spectacles
en ligne, images saisissantes, poésie, sous la houlette du célèbre
astrophysicien. Voltaire et les étoiles. Ces
quelques extraits du Dictionnaire philosophique vous plongeront
dans la pensée et le style du XVIIIe siècle, et vous montreront
quel regard le célèbre philosophe et ses contemporains jetaient
sur l’astronomie. Météorite en action.
Un site amateur qui regroupe des photos et surtout des extraits vidéos
impressionnants de chutes de météorites récentes
(par exemple, en décembre 2005 en Australie ou en janvier 2004
en Espagne). ***
Dossier
thématique sur l’astronomie On s’en doute, partir à la recherche d’une nouvelle planète habitable est une entreprise pour le moins exigeante. Mais quand c’est un véritable ingénieur spatial qui le dit – et qui, surtout, explique pourquoi! – le propos prend une tout autre dimension. Dany St-Pierre est ingénieur à la Station spatiale canadienne. Depuis qu’il promène son atelier sur la survie dans l’espace dans les écoles du Québec à titre d’Innovateur à l’école, il a rencontré des centaines de curieux qui, à son contact, ont pu rassasier une partie de leur immense curiosité à l’égard de l’espace. Et ce n’est pas M. St-Pierre qui les en blâmera : c’est pour assouvir son propre appétit d’éternel curieux qu’il a lui-même décidé de devenir ingénieur spatial. « Après avoir regardé du côté de l’aéronautique, j’ai choisi finalement de m’investir dans l’aérospatial. Ce programme, en plus d’être très technique, offre d’énormes possibilités. Et c’est ici qu’on peut trouver des bribes de réponses aux grandes questions fondamentales, du genre d’où venons-nous? » Après avoir roulé sa bosse pendant quelques années dans l’industrie spatiale et perfectionné ses connaissances en communications, il aboutit finalement à l’Agence spatiale canadienne en 2003 comme gestionnaire au développement stratégique des communications satellites. Mais le programme éducatif de l’Agence spatiale canadienne, qui permet entre autres aux employés de se servir de l’espace pour communiquer la science aux jeunes, l’attire tout autant. Il se lance donc dans l’aventure des Innovateurs à l’école et à la bibliothèque la même année. « L’espace m’a beaucoup donné, la société a beaucoup investi en moi et ma participation à ce programme n’est finalement que le retour du balancier. En présentant cet atelier, je pense pouvoir stimuler les jeunes et leur fournir d’autres modèles de héros. J’aime à penser que mon implication fait tourner une grande roue. » Muni d’une maquette de la station spatiale, d’images, de vidéos et parfois même d’échantillons de nourriture, il démontre concrètement aux élèves comment un astronaute peut survivre à court, moyen et long terme dans l’espace. Tout y passe : les composantes de son costume spatial, la régénération de ses ressources, les effets de l’apesanteur, etc. Son atelier ne laisse personne indifférent : les élèves participent – les filles tout autant que les garçons – et les enseignants se disent fort impressionnés. Et si la performance de l’Innovateur tient parfois du spectacle, celui-ci estime que ses efforts sont grandement récompensés par la réaction des jeunes élèves et par les cartes et dessins qu’il reçoit en guise d’évaluation. Cet atelier est destiné d’abord aux élèves du dernier cycle du primaire et des premiers cycles du secondaire, mais il peut facilement s’adapter et intéresser les élèves d’autres niveaux. De fait, M. St-Pierre s’applique à relier les différentes notions d’ingénierie ou de biologie abordées dans son atelier à celles déjà apprises en classe.
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Dossier
thématique sur l’astronomie Nos complices du Réseau BIBLIO de l’Estrie nous ont concocté une sélection d’ouvrages pour pousser plus loin votre exploration du cosmos… JEUNES Auteur : Ganerie, Anita (et autres) Auteur : Rathigan, Joe et Newcom, Rain Titre : Le ciel et l’espace Auteur : Cruzalèbes, Pierre et Dorance,
Sylvia Auteur : Masson, Claudine et Masson, Jean-Michel Auteur : Drake, Jane et Love, Ann Auteur :Vandewiele, Agnès ADULTES Auteur : Maury, Jean-Pierre Auteur : Audard, Nathalie Auteur : Baumann, Mary K. Auteur : Henarejos, Philippe Auteur : Travel, Jonathan Auteur : Mackowiak, Bernard Auteur : Kerrod, Robin ***
Dossier
thématique sur l’astronomie Grâce au Kaléidoscope, découvrez les nombreux outils en culture scientifique offerts d’un bout à l’autre du Québec sur l’astronomie… http://www.spst.org/kaleidoscope/statique/pluie_sciences_2.html ***
Zoom
sur les technologies Lorsque Valérie Girard répond à la question : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie?», elle a droit à un déferlement d’interrogations : « Faut-il acheter les biscuits Leclerc sans gras trans? », « Est-ce que je devrais suivre un régime faible en sodium? ». « Dans les partys de famille, c’est terrible, ça n’en finit pas! » raconte la jeune femme de 29 ans technicienne en diététique. Aucun doute : quand la science entre dans nos assiettes, tout d’un coup, les esprits s’éveillent… Le déclic Valérie a commencé à s’intéresser à l’alimentation après avoir connu de graves problèmes de santé. Atteinte du syndrome du colon irritable, elle doit s’astreindre à des diètes sévères qui la poussent peu à peu à s’intéresser à la nutrition. À 25 ans, après un DEC en sciences humaines et des années de travail dans des bars et des restaurants, elle tombe sur un dépliant promotionnel sur la technique en diététique du collège de Maisonneuve… Elle s’inscrit, mais redoute énormément les cours de chimie et de biologie, qui la rebutaient déjà au secondaire. « Finalement, ça s’est tellement bien passé que j’ai par la suite donné des cours d’études assistées dans les deux matières », dit-elle fièrement. Des matières essentielles pour comprendre la structure des aliments, mais aussi pour bien saisir comment fonctionne le goût ainsi que tout l’appareil digestif. Diplômée depuis 2004, Valérie ne manque pas de travail et son téléphone ne dérougit pas. Après avoir décliné plusieurs offres, dont une en contrôle de la qualité chez Hershey, elle trouve deux emplois qu’elle occupe simultanément, dans un CHSLD et à l’hôpital Louis-Hippolyte Lafontaine, où elle souhaite ardemment décrocher un poste à temps plein en nutrition clinique. De l’hôpital à la garderie Chantal Arseneau est professeure en technique de diététique au collège de Maisonneuve où elle donne des cours de gestion, d’hygiène et salubrité, ainsi que de techniques culinaires. Elle affirme que la majorité des étudiants inscrits (dont près de 90 % sont des filles) souhaitent, comme Valérie, travailler en nutrition clinique où ils assisteront le ou la diététiste, en accueillant les patients et en assurant le suivi entre ces derniers, les infirmières et les médecins. « Les étudiants suivent des cours sur les aliments et sur la nutrition santé, mais aussi sur les différentes grandes pathologies qu’ils auront à rencontrer, comme le diabète, la dysphagie, ou les maladies cardio-vasculaires », explique madame Arseneau. Le programme comprend également des cours de psychologie, puisque les futurs techniciens devront être à l’aise en relation d’aide : comment gérer des crises, comment aller chercher le plus d’informations possible auprès des patients, comment les motiver et les encourager, etc. Par ailleurs, certains techniciens en diététique seront amenés à travailler en gestion des services alimentaires. Ils pourront, par exemple, superviser la cuisine d’un hôpital, d’un CHSLD ou encore d’une garderie. Ils devront non seulement connaître les règles de sécurité et d’hygiène dans une cuisine et connaître la nutrition en profondeur, mais aussi savoir gérer une équipe, un budget et utiliser de l’équipement de plus en plus sophistiqué. Quand seulement quelques-uns décrocheront l’un des rares postes d’inspecteur en alimentation, plusieurs finissants iront œuvrer au sein d’industries alimentaires, en contrôle de la qualité ou en recherche et développement. Créateurs de bonbons Afin de les préparer à ce dernier débouché, on trouve au collège de Maisonneuve une véritable « cuisine-laboratoire ». Les fours et malaxeurs y cohabitent avec les « déshydrateurs » et autres instruments servant à mesurer les concentrations de sel, de sucre ou encore l’activité de l’eau dans les aliments. C’est dans cet environnement que les étudiants en sarrau s’activent à recréer des produits commerciaux, comme le kraft dinner, ou à inventer de nouvelles sortes de bonbons à partir de thèmes comme « saveur d’enfance » ou « douceur tropicale ». Quelques gouttes d’huile de vanille, trois pincées de molécules artificielles de cannelle, un soupçon de colorant industriel… « C’est parfois pénible de faire une dégustation de jujubes à 9 h le matin! », lance en riant Chantal Arseneau. Tous les ingrédients que ces étudiants utilisent dans leurs cours sont ceux que l’on retrouve en industrie, là où les futurs techniciens en diététique deviendront des chercheurs de goûts, de textures et d’apparence agréables pour toutes sortes de produits alimentaires. « Les gens qui se scandalisent lorsqu’on utilise des ingrédients comme les additifs alimentaires me font rire, confie Valérie. Ils disent : “Ah, c’est bourré d’additifs!”, mais ces derniers sont des agents de conservation très utiles. Souvent, il ne s’agit que de jus de citron, mais c’est inscrit différemment sur l’emballage. Quand on ne possède pas ce type de connaissances, ces mots étranges sont difficiles à déchiffrer. » Le futur de l’alimentation « C’est un domaine qui bouge énormément », souligne Chantal Arseneau. « Nous suivons beaucoup ce qui se passe au Danemark, poursuit-elle. Depuis cinq ans, les gras trans y sont interdits. C’est flagrant : dans ce pays, les maladies cardio-vasculaires ont diminué. Au Canada, une motion demandant qu’un comité de recherche se penche sur l’idée de réduire de beaucoup les gras trans dans les aliments, ou de les éliminer complètement, a été déposée en 2004. Ce comité doit rendre public très prochainement son rapport. Toute l’industrie est sur les dents parce qu’il ne s’agit pas de remplacer un produit par un autre, mais de chambouler complètement les procédés de fabrication… » Du côté des emballages, dans un proche avenir, il y aura aussi des surprises. Les emballages intelligents sont en train de faire leur apparition dans les rayons : si la date de péremption du produit est dépassée, le code barre disparaît, ou si le produit a subi des variations de température, le plastique change de couleur. Technologie gourmande? « Le domaine de l’alimentation est passionnant, conclut Valérie Girard, car il est en constante évolution. Avant, on parlait de margarine. Maintenant, on débat sur l’huile et les oméga 3. On a essayé de combattre le cholestérol. Aujourd’hui, l’ennemi numéro un, ce sont les gras trans. Nous faisons toujours de nouvelles découvertes et les entreprises font aussitôt la promotion de leurs nouveaux produits. Et c’est un domaine qui fait partie de notre quotidien… Trois fois plutôt qu’une! »
Traité élémentaire de cuisine et Les secrets de la casserole, deux livres de Hervé This, le grand chimiste de la cuisine. Parce que la cuisine, c’est aussi beaucoup de chimie! Encyclopédie visuelle des aliments, Éditions Québec-Amérique. Un must pour quiconque s’intéresse aux aliments, à leurs origines, à leur utilisation et à leur valeur nutritive. ***
Actualité Comment les humains réagiraient-ils si des extraterrestres débarquaient sur notre planète? Feraient-ils preuve de « racisme intergalactique »? Posée par une jeune étudiante du Lycée Robert-Doisneau de Corbeil, en banlieue parisienne, la question peut prêter à sourire, mais bien bête serait celui ou celle qui s’aviserait de le faire. Car cette jeune fille en situation d’échec scolaire a pris son courage à deux mains pour intervenir en présence d’astrophysiciens réputés lors du « P’tit déj » de science organisé par son lycée, sur le thème de la vie extraterrestre. Ce type de rencontre entre des jeunes du primaire ou du secondaire et des spécialistes permet, sur le modèle des bars de sciences, de parler de science autrement que sur un mode didactique et, surtout, de rejoindre un public de mineurs difficile à attirer en dehors des heures de cours, explique Brigitte Gaaloul, présidente du réseau des bars des sciences franciliens. Au Québec, le collège Montmorency est le premier à avoir testé la formule, sous l’appellation « cafés sciences et sociétés ». En France, c’est sous le nom de « K Fêtes des sciences » que ce mouvement a fait son apparition. Débats scientifiques autour d’un verre de jus À l’instar des bars de sciences organisés pour des adultes, la formule est toujours celle de l’échange sur un sujet prédéterminé, mais la discussion a lieu dans l’enceinte scolaire, à l’occasion d’un déjeuner ou d’un goûter dans un lieu convivial, comme une cafétéria. En plus d’informer les jeunes sur des sujets de société, ces débats les amènent à traiter une information parfois difficile à aborder et à s’intéresser aux métiers scientifiques. Les thèmes choisis pour ces K’Fêtes de sciences ne collent pas toujours au programme scolaire, mais ils sont généralement amorcés par l’enseignant en classe afin de préparer les élèves au débat et aux discussions qui suivront avec les experts, lors de l’événement. Ils permettent également de faire intervenir plusieurs disciplines – de la technologie aux arts, des sciences exactes aux sciences humaines – offrant ainsi aux jeunes une image sensible de la science intimement liée au quotidien ou aux vastes questions que peut se poser tout citoyen. Comment fonctionne la police scientifique? La science et la religion sont-elles ennemies ou complémentaires? Faut-il s’inquiéter de l’impact des progrès de l’informatique sur nos libertés individuelles? Enseignante en sciences à Corbeil, Marie Christine Gonod a déjà organisé plusieurs K’Fêtes dans son lycée. Elle ne cache pas son enthousiasme devant la formule qui lui a permis de montrer à ses élèves que la science n’est pas toujours ennuyeuse. Ensemble, durant les heures de cours, ils ont effectué des recherches documentaires sur l’exploration spatiale, puis se sont interrogés sur les possibilités d’une vie extraterrestre, sous forme bactérienne par exemple. À la suite de chaque K’Fête, l’enseignante prolonge l’échange en demandant à ses élèves de réaliser des documents graphiques ou rédigés qui seront ensuite mis à la disposition du public, sur le site Internet du lycée. Une manière avantageuse de faire travailler les jeunes et de leur permettre d’avoir une confiance que les adolescents ont souvent du mal à acquérir.
Comme tout événement, les K’Fêtes de sciences demandent un certain sens de l’organisation et le respect de quelques principes de base. Pour vous aider à en organiser une dans votre école, voici quelques conseils glanés auprès de spécialistes. S’impliquer Il est primordial de bien sensibiliser l’ensemble du personnel de l’école aux avantages d’un tel projet pour obtenir une participation maximale, sans oublier les autorisations nécessaires … De la direction de l’école, qui devra mettre un certain nombre de moyens à votre disposition, aux collègues enseignants et conseillers pédagogiques, tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice, y compris les élèves. Il reviendra à l’équipe enseignante, ou à un seul enseignant convaincu, de s’occuper des démarches administratives pour éviter tout imbroglio. Prévoir Il n’y a pas d’événement sans lieu, date et horaire. Choisissez donc avec la direction de l’école un espace convivial qui permettra d’accueillir les élèves, le personnel enseignant et les experts invités dans une atmosphère agréable. Grignoter des petits gâteaux et siroter un jus sans risque de se le faire reprocher fait aussi partie de l’expérience… Le nombre de participants ne doit pas excéder une soixantaine. Au-delà, le débat prend mal et vous risquez d’être aux prises avec des problèmes de discipline. Question horaire, choisissez un moment de la journée où vous êtes assuré de la présence d’un grand nombre d’élèves, l’heure du dîner, par exemple. L’événement durera entre une heure et une heure et demie. Sélectionner le thème et les experts Vous avez sûrement en tête des sujets qui vous passionnent et qui vous semblent susceptibles d’intéresser vos élèves. Dressez une liste, présentez-la à vos collègues pour discussion et n’hésitez pas à consulter un organisme de culture scientifique pour vous aider à identifier et à solliciter les experts invités. Il est parfois difficile d’obtenir des spécialistes de certaines disciplines et les jeunes sont sensibles à la qualité des interventions. Pour trouver l’organisme de culture scientifique le plus proche de votre établissement d’enseignement, consultez le Kaléidoscope (http://www.spst.org/kaleidoscope) . Répartir les responsabilités Quand elle est bien faite, la répartition des rôles favorise l’esprit d’équipe. Un groupe d’enseignants peut, en collaboration avec la direction, assumer le choix du lieu et la préparation matérielle nécessaire à la K’Fête. Un autre groupe pourra faire le lien avec les experts scientifiques invités à intervenir, avec lesquels il faudra prévoir un scénario d’intervention, une présentation des groupes d’élèves participants et le matériel ou les installations nécessaires. Quant aux élèves, au-delà de la préparation qu’ils auront à faire en classe, pourquoi ne pas les impliquer en leur demandant de concevoir une petite campagne de publicité de l’événement dans l’établissement, de recueillir les inscriptions ou d’accueillir les participants? Communiquer sans ennuyer À chaque public, son type d’intervention. Si vous organisez une K’Fête ou une collation scientifique avec des tout-petits (6-9 ans), il est suggéré de ne pas mettre l’accent sur le débat, mais de se concentrer davantage sur des démonstrations ou des périodes de manipulation qui garderont les enfants attentifs. Pour les plus âgés, il est toujours possible d’ouvrir le débat par une présentation orale ou audiovisuelle illustrant le thème. L’Office national du film du Canada (http://www.nfb.ca/?v=h&lg=fr), notamment, dispose d’une collection de vidéos sur différents thèmes scientifiques dont vous pouvez vous servir. Afin d’éviter la lassitude des participants, il est conseillé de désigner une personne qui animera le débat comme un pro, et saura relancer les discussions au moment opportun, avec les bonnes questions. Ancrer le projet On mesure souvent le succès d’un événement lorsqu’on en parle encore des jours plus tard. À cet égard, le rôle de l’enseignant, en amont et en aval de l’événement, est crucial. Pour s’assurer de la participation des élèves aux discussions, il est important qu’ils aient été préparés à la thématique abordée par des travaux de recherche préalables et quelques échanges en classe. Il est aussi fortement conseillé de faire un retour sur le débat avec les élèves en leur demandant ce qu’ils ont retenu et en approfondissant certains aspects abordés. ***
Actualité 2006 est l’Année internationale des déserts et de la désertification. Voici une sélection de ressources qui offre un bon point de départ pour un rallye scientifique. Nous en engrainerons d’autres au cours de l’année. Le site officiel de l’Année internationale
des déserts et de la désertification : Déserts de sable et de pierres L’Institut du Sahel Déserts du monde Saharas d’Algérie, les paradis
inattendus La loi du désert L’Île de Sable en Nouvelle-Écosse Le mystère des empreintes fossiles Déserts glacés L’odyssée sibérienne, le
rêve utile Info Science : l’homme et l’Antarctique Nouvelle aventure de l’équipe
du Sedna IV : Mission Antarctique Mémoires de glace Déserts martiens Cap sur Mars Le jeu en ligne 2K40 Désertification Une introduction Un bon tremplin pour en savoir plus Convention des Nations Unies sur la lutte contre
la désertification La vulnérabilité de l’eau La dégradation des sols Planète écologie Désertification pédagogique Oasis, chameaux et autres trouvailles L’oasis des abysses Chameaux et camélidés Pays Dogon au Mali : une oasis de biodiversité Toumaï – le premier hominidé Le mystère des pyramides d’Égypte Du ski intérieur à Dubaï… La grotte de Lascaux Le mausolée du premier empereur chinois
Qin
Pour la cinquième année consécutive, Communication-Jeunesse et la SPST vous offrent un parcours riche en découvertes dans les livres à caractère scientifique de la Sélection de livres pour jeunes 2005-2006. Les itinéraires d’exploration thématique qui y sont proposés visent à accompagner vos jeunes dans leur choix de livres et à susciter chez eux de l’intérêt et de la curiosité pour les différents domaines scientifiques qui y sont abordés. Qui a dit qu’un conte ou un roman ne pouvait mener à la science? En proposant des regards originaux et créatifs sur les univers et les informations qu’ils mettent en scène, les œuvres littéraires peuvent susciter des questionnements, attiser le désir d’en savoir plus, valoriser le plaisir de chercher à comprendre le monde qui nous entoure… tout comme le fait la démarche scientifique! Voici le parcours de découverte « Raconte moi la mer… », qui permet d’explorer les thèmes du désert et de l’océan. Titre de départ pour le parcours : Raconte-moi la mer Où mène ce parcours? Avant la lecture : Après la lecture : La mer vue par une océanographe… Sous la glace La mer vue par un mammifère marin… Nos mammifères marins Quelques livres de la Sélection pour aider à trouver des informations sur le désert : Cléo Clic Clic au Maroc L’Encyclopédi@ D’autres idées pour faire découvrir
la mer ou le désert aux jeunes de la classe : Pour en savoir plus sur les clubs de lecture de Communication-Jeunesse, contacter Nathalie Lampron au 514-286-6020 poste 23, ou consultez le site Internet : http://www.communication-jeunesse.qc.ca/. ***
Actualité Les textes honorés seront aussi publiés dans La Presse, La Tribune de Sherbrooke, la revue Découvrir, ainsi que sur le site de l’Agence Science-Presse et dans le livre Passionnés de savoir de Jean Paquin publié aux éditions Multimondes.
Auteur : Marc-Antoine Fortin, 3e secondaire, Collège-Saint-Charles-Garnier,
Québec Un chercheur est, banalement, un individu qui se consacre à la recherche scientifique. Mais lors de ma rencontre avec M. Robert Michaud, j’ai entrevu un métier différent, où la curiosité est maîtresse et où tout est remis en question. Vision d’un homme que la flamme scientifique a complètement embrasé… Robert Michaud, biologiste spécialisé dans le comportement animal, dirige un programme de recherche sur les baleines du Saint-Laurent. De plus, il s’occupe d’étudiants qui terminent leur maîtrise sur le comportement animal. Pour ajouter à cet horaire chargé, M. Michaud travaille en conservation, ce qui l’incite à collaborer avec différents groupes de notre société, comme le gouvernement et d’autres organisations, pour mettre en place des stratégies pour protéger les baleines et leur habitat. Il a aussi pour mission de faire « tripper » les gens sur les baleines et, croyez-moi, il a réussi pour plusieurs! Selon lui, la meilleure aptitude que l’on puisse avoir pour faire non seulement de la biologie, mais pour tous les autres métiers scientifiques, est la curiosité : accepter que l’on puisse toujours trouver plus, et ne pas prendre pour acquises les réponses que l’on lit, ce qui nous force à développer notre sens critique. Quelques années après que Robert Michaud ait complété son baccalauréat, en 1982, il fonde le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), un organisme privé sans but lucratif, avec un autre chercheur. À ce jour, le groupe compte 40 membres. Loin d’avoir percé tous les mystères du comportement animal, M. Michaud commence tout juste au contraire à répondre à des questions, ce qui le pousse à continuer. Il sent aussi qu’en faisant connaître les baleines au grand public, il arrivera à les protéger un peu mieux, ce qui le motive lors de réveils parfois difficiles. La curiosité est le propre des jeunes. Pour faire un métier qui garde jeune et qui fasse « tripper », Robert conseille aux adolescents de choisir le métier qu’ils aimeraient faire aujourd’hui. La recherche scientifique est un métier très peu routinier, car les chercheurs se doivent de constamment trouver des choses nouvelles. Et pour revenir au métier de biologiste sur le comportement animal, les chercheurs sont souvent amenés sur le terrain, dans des conditions difficiles. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il faut aimer le plein air... Robert souhaite plus que tout faire des découvertes sur les baleines et les bélugas, qui sont des animaux moins connus que le chimpanzé ou le dauphin. Plus loin encore, il désire percer le mystère de leur communication. Dans les limbes de ses rêves (peut-être pas insensés…), Robert souhaite faire un grand sanctuaire dans le Saint-Laurent pour protéger les baleines, mais aussi la population côtière, et serait heureux s’il savait qu’il a contribué concrètement à ce projet. S’il n’a pas convaincu tous les jeunes de choisir le métier de chercheur, il m’aura au moins transmis sa passion de la science…
Auteur : Dominique Guillemette, 4e secondaire, École
Paul-Hubert, Rimouski Avez-vous une passion? Vous levez-vous tous les matins, heureux de cette journée qui s’annonce, heureux de savoir que vous allez encore passer une infime partie de votre vie à faire ce que vous aimez le plus au monde : votre travail? Si vous répondez non à l’une ou l’autre de ces questions, consolez-vous, chers lecteurs, en vous disant qu’il existe au moins une personne qui démontre un amour insatiable pour la profession qu’il exerce. D’origine française, monsieur Christian Nozais est chercheur à l’Université du Québec à Rimouski. Il passe la majeure partie de son enfance en Afrique du Sud puis, à l’âge de 15 ans, déménage en France, accompagné de sa famille. Dès lors, il étudiera à Paris, au C.E.S. l’Esclangon et, quelques années plus tard, il sera admis au lycée Marcel-Pagnol. Son chemin se poursuivra jusqu’à l’université où il travaillera avec acharnement pendant neuf ans pour décrocher une maîtrise ainsi qu’un doctorat en biologie marine. Enfin, voilà neuf ans aujourd’hui qu’il s’est établi parmi nous. Comme beaucoup d’autres, Christian fut bercé par les livres et les films de Jacques-Yves Cousteau. Depuis, il dévore tout ce qui touche de près ou de loin à sa passion du monde aquatique. C’est pourquoi il a choisi de fixer ses recherches sur la chaîne trophique. Il est notamment intéressé à connaître les structures qui constituent la nourriture des organismes benthiques. En concentrant ses efforts dans ce domaine, il cherche à découvrir comment des déséquilibres ou des changements dans la colonne d’eau influencent l’alimentation de ces organismes. Ah, j’oubliais! Qu’aurait pensé Christian si j’avais omis de mentionner qu’il est aussi enseignant? Je serais passée à côté d’un de ses principaux objectifs. Il affirme, bien qu’il chérisse beaucoup la voie qu’il a choisie, que la vie n’est pas que travail. Selon lui, elle regorge aussi de connaissances et d’expériences encore inconnues d’une trop grande partie du monde. Transmettre son savoir et son vécu à ceux et celles qui assureront la descendance de ses accomplissements est quelque chose qu’il considère comme primordial. Débordant d’ambitions et de rêves, il tient aussi personnellement à marquer son passage et à développer de nouvelles formes d’études. Considéré de tous comme un homme tenace et persévérant, il n’aura sans doute aucun mal à y parvenir. « Avant de terminer, auriez-vous un message particulier à transmettre à ceux et celles qui liront ce que j’écrirai à propos de vous? » lui ai-je demandé. Je fus stupéfaite de la sincérité et de la profondeur de sa réponse. Je suis convaincue que ces quelques phrases en laisseront plus d’un songeur. « Prenez soin de cette planète, mais ne la prenez pas pour acquise et si ce que je viens de dire en fait réfléchir quelques-uns, j’en serai excessivement comblé. » Et il s’est permis d’ajouter fièrement : « Écologiste aquatique, pas de doute, c’est le plus beau métier du monde! »
Auteur : Marjolaine Lavigne, 5e secondaire, École
Mgr-Richard, Montréal Depuis toujours, de nombreux chercheurs ont fait leur marque dans le domaine de la santé. Mais plusieurs d’entre nous se questionnent encore sur le stress. La chercheuse Sonia Lupien pourrait nous en dire long sur ce sujet. Sonia Lupien a fait ses études en sciences humaines au cégep de Saint-Jérôme. Par la suite, elle passa beaucoup de temps sur les bancs de l’Université de Montréal. Elle y étudia la psychologie expérimentale, elle y fit une maîtrise en neuropsychologie, et eut un doctorat en sciences neurologiques. Pour devenir chercheuse, elle dut faire un stage postdoctoral à l’Université de Californie à San Diego ainsi qu’à la Rockefeller University à New York. Depuis 1996, elle est chercheuse à l’Université McGill, au département de psychiatrie. Professeure Lupien (elle est aussi professeure à l’Université McGill) concentre principalement ses recherches sur le stress, et particulièrement sur les hormones du stress, sur le cerveau ainsi que sur la mémoire. Elle a d’ailleurs découvert une multitude de choses. « Si on est stressé pendant trop longtemps, notre corps produit une hormone nommée cortisol qui atteint le cerveau et qui affecte la mémoire », précise la chercheuse. Le cortisol est aussi appelé « hormone du stress ». Sonia Lupien a aussi démontré qu’une production élevée de ces hormones était liée à une diminution du volume de l’hippocampe, qui est une petite région du cerveau qui ressemble à un cheval de mer. Sonia Lupien, à l’aide de son équipe, a étudié l’effet du stress sur les enfants âgés de 6 à 14 ans, sur les jeunes adultes, puis sur les personnes âgées. Pour les deux premiers groupes, elle conclut que le cerveau des personnes stressées est moins performant que celui d’une personne tranquille. Pour ce qui est des personnes âgées, celles qui ont un taux de cortisol élevé ont de moins bons résultats que les autres aux tests de mémoire. Elle a aussi remarqué que la partie de leur cerveau responsable de l’apprentissage et de la mémoire était plus petite. D’après la chercheuse, le stress est néfaste pour tous les âges et nous devrions reconnaître l’importance de ce facteur sur notre santé mentale. Madame Lupien adore son métier car elle peut faire ce qu’elle veut, quand elle le veut et où elle le souhaite. Elle adore pouvoir expérimenter dans son laboratoire pour répondre à ses propres questions sur le cerveau. Elle dit que c’est un feeling génial. Sonia Lupien a un objectif qui la pousse à entreprendre ses recherches. Son rêve en tant que chercheuse est de découvrir comment prévenir les effets négatifs du stress chez l’humain. Cela pourra lui permettre de détecter très tôt les gens qui sont à risque de développer une dépression, une maladie liée au stress. Espérons qu’elle y parviendra! ***
À venir dans notre numéro de septembre 2006 : La culture scientifique et technique dans les pays du désert. En attendant, pour en savoir plus sur le programme de promotion de la culture scientifique et technique (PCST) dans dix pays du sud (Burkina Faso, Cameroun, Centrafique, Djibouti, Madagascar, Mali, Maroc, Sénégal, Tchad et Yémen), rendez-vous ici (http://www.latitudesciences.ird.fr/). ***
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