| Pluie de science Mots-clés : journalisme scientifique, mentorat, Afrique, coopération internationale « À quoi bon couvrir les grandes découvertes scientifiques étrangères lorsqu’il y a tout près des problèmes criant d’hygiène, de nutrition et de qualité de l’eau qui devraient être mieux connus de tous? Il serait plus pertinent de s’intéresser à des sujets utiles qui pourraient, dans certains cas, sauver des vies », lance Gilles Provost, journaliste à l’émission Découverte, au sujet de l’Afrique sub-saharienne, une région du monde où le journalisme scientifique n’en est qu’à ses premières armes. Une critique? Non, plutôt un conseil qu’il prodigue à quatre journalistes africains avec qui il entretient, depuis quelques mois, une relation privilégiée. M. Provost participe en effet à un programme de mentorat international orchestré par la Fédération mondiale des journalistes scientifiques. L’objectif : jumeler des journalistes occidentaux avec des confrères issus de l’Afrique et du Moyen-Orient. Les résultats attendus : les faire bénéficier de l’expérience et du savoir-faire développé en la matière en Europe et en Amérique du Nord. Mentors Novembre 2006. Ils sont une quinzaine de journalistes occidentaux d’expérience à faire connaissance avec près de 60 journalistes de l’Afrique et du Moyen-Orient. Ils se rencontrent pour la première fois au Kenya, à Nairobi, en marge de la Conférence mondiale sur le climat. Tous participent à une étape importante de la création d’un immense réseau d’entraide professionnel. Du côté des journalistes « guidés », nul besoin d’être un spécialiste de la vulgarisation scientifique à proprement parler pour profiter des conseils d’un mentor. Il suffit de démontrer un intérêt pour la couverture de l’actualité scientifique et technique et aussi de vouloir se perfectionner dans ce domaine. Du côté des mentors, la participation à ce projet implique d’investir quelques heures par semaine durant deux ans et d’avoir envie de découvrir une autre culture. Dépaysant Pour sa part, Gilles Provost a vite compris le « monde » qui le sépare de ses confrères africains : « Au premier contact avec Nairobi, j’ai été étonné par la pollution de l’air et l’absence de feux de circulation. Je me sentais aussi identifié comme un touriste blanc et donc riche. Eux, qui arrivaient du Congo, de la Côte d’Ivoire et du Bénin, étaient frappés par la propreté de la ville, la verdure, les parcs et l’absence d’enfants abandonnés... » Son étonnement n’allait pas s’arrêter là. En route vers Nairobi, Gilles Provost pensait former ses collègues pour faire du journalisme scientifique comme on en fait à Radio-Canada : analyse des enjeux, vulgarisation des notions complexes, recours à la métaphore, etc. Mais en faisant plus ample connaissance avec ses pairs de l’Afrique francophone, il réalise que leur environnement de travail est bien différent du sien, et tâche d’adapter son approche aux réalités africaines. Louise Ngo Pom, par exemple, anime l’émission Mini-sciences diffusée deux fois par semaine sur les ondes d’une station radiophonique de l’Organisation des Nations Unies au Cameroun. Mini-sciences veut établir un dialogue entre jeunes et scientifiques. Jusqu’ici, rien de bien exotique. Si ce n’est qu’elle est à la fois journaliste, reporter et réalisatrice de l’émission, dont elle assume, en plus, la mise en onde. Pas facile, dans ces conditions, de travailler dans les règles de l’art. Gilles Provost souligne : « C’est difficile de se concentrer sur la préparation d’une entrevue ou sur l’écriture d’un reportage lorsqu’on fait tout en même temps! Dans ce contexte, je fais de mon mieux pour aider la journaliste en lui donnant quelques " trucs ". » Ressources locales Bonne Année Matoumona travaille pour la télévision d’État à Brazzaville, capitale de la République du Congo. Il s’intéresse particulièrement aux sujets touchant les parcs naturels, la faune et l’aménagement des villes. Cependant, il n’a pas d’ordinateur personnel pour faire ses recherches et rédiger. En fait, Télé-Congo compte trois ordinateurs que se partagent journalistes et administrateurs. Pour envoyer ses courriels, il doit bien souvent se rendre au café Internet et payer pour le temps qu’il passe en ligne. « Il fait de la télévision comme on en faisait il y a trente ans, avec peu de ressources techniques. » Si Gilles Provost n’a pas le pouvoir d’aider Bonne Année Matoumona au quotidien, qui doit se battre avec ses collègues pour emprunter une des deux camionnettes de tournage durant quelques jours, il peut en revanche l’aider à identifier des sujets utiles. Après tout, il dispose de magazines, d’un ordinateur performant et d’une connexion haute vitesse facilitant la recherche! Récemment, il a d’ailleurs proposé à Godefroy Chabi, journaliste radio à Cotonou au Bénin, un sujet fort intéressant concernant une technique de décontamination de l’eau grâce aux rayons ultraviolets du soleil. Godefroy Chabi prépare maintenant un reportage sur le potentiel de la technique. « Si un reportage sur la décontamination de l’eau pouvait sauver des vies, ce serait un grand pas, lance Gilles Provost. Dans ces régions de l’Afrique, les médias peuvent être des outils de développement importants s’ils présentent des sujets pertinents. » « J’essaie aussi d’orienter les journalistes africains vers des ressources locales et des intervenants facilement accessibles comme des médecins dans les hôpitaux », ajoute-t-il. De nombreux efforts de recherche en santé, en foresterie, en environnement et en agriculture existent en effet dans les villes et les campagnes africaines. Et les sujets ne manquent pas. Certains, portant par exemple sur le meilleur moyen de tenir un éléphant à distance des cultures, peuvent paraître exotiques. À son tour, Gilles Provost sera peut-être inspiré par les histoires de l’Afrique…
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