| Pluie de
science Mots-clés : science et société, éthique, jeunesse, développement durable, cégep, ACFAS « Si nous sommes à l’origine du problème, nous sommes aussi la solution. » À bord du voilier Sedna IV en Antarctique, Pascale Otis marque une pause pour appuyer ses propos. Dans l’audience, les applaudissements fusent. Non, on n’a pas téléporté 270 cégépiens au pôle Sud pour écouter la biologiste parler des conséquences du réchauffement planétaire. Cet échange s’est déroulé par liaison satellite dans le cadre du Forum international Science et Société qui a eu lieu à Laval en novembre dernier. Des jeunes et des chercheurs s’y sont rencontrés pour discuter des défis qu’ils auront à relever comme citoyens du 21e siècle. Organisé par l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), le Forum international Science et Société réunit annuellement cégépiens et chercheurs pour échanger sur des enjeux scientifiques et sociaux dans une ambiance conviviale. Le cégep Montmorency de Laval accueillait la dernière édition, sur le thème Nord-Sud, une seule biosphère : à la recherche d’un équilibre. Six ateliers, six thématiques pour partager inquiétudes et espoirs avec des scientifiques québécois et français venus spécialement pour l’événement : océans, villes, terres, économie, forêts et santé des populations. Et toujours deux préoccupations majeures pour les participants : l’environnement et les inégalités sociales. Même lorsqu’un journaliste malicieux (!) tente de faire dévier le sujet de la discussion au cours de l’atelier sur les océans, les jeunes reviennent à la charge sur les études du réchauffement océanique et de ses conséquences. Vivre au 21e siècle Sur le plancher des vaches, ils s’inquiètent de l’agriculture industrialisée. « Est-ce que le bio représente la solution? » demande une participante. Jessie, elle, déplore l’étalement urbain : « Les gens veulent vivre à la campagne, mais comme en ville. » On voudrait plus de transport en commun. Le groupe réalise aussi que les citadins apprennent désormais à se connaître le plus souvent par l’intermédiaire des médias car ils tendent à s’isoler selon leurs revenus ou leur appartenance communautaire. Mais les fossés sont aussi économiques. Et si on remplaçait la notion de profit individuel par celle de profit collectif à la scandinave? C’est-à-dire une réduction des écarts de revenus entre les plus riches et les moins nantis en répartissant autrement la richesse. La question interpelle les jeunes. Les multinationales sont pointées du doigt. Mais, « c’est à nous, les consommateurs, d’être responsables », rétorque Michaël. Toujours par souci d’équité, Marianne s’oppose à l’émergence du privé dans le système de santé. À l’échelle du globe, les inégalités du Nord et du Sud sont encore plus criantes. La progression dramatique du sida en Afrique marque profondément les jeunes. Lors du souper, après l’entretien avec le Sedna IV, on refait le monde. On l’améliore. On le remet en question. Nabil et Alexandre débattent de la science et de la vie. « Au secondaire, aimer la science n’était pas très cool, affirme le premier. Ça voulait dire que tu étais du côté des profs. » Des rencontres fructueuses Les langues, qui ont commencé à se délier la veille durant l’ouverture du Forum, sont maintenant bien pendues. D’ailleurs, les chercheurs français ont remarqué le style direct des étudiants québécois. De leur côté, les cégépiens, à l’âge des décisions, ont été « rassurés par le parcours de carrière en zig-zag des scientifiques », raconte Nicolas Faucher, animateur d’atelier. Ils ont aussi apprécié de rencontrer des chercheurs accessibles et d’âges différents. C’est la première fois que Marc-André rencontrait des scientifiques en chair et en os. « Je craignais qu’ils soient inatteignables. Mais, ils sont passionnés et ils se mêlent à nous. » Jessica ajoute : « Et ils veulent savoir ce qu’on pense. » Les participants réserveront d’ailleurs une ovation aux chercheurs le lendemain lors d’une grande table ronde, dernière activité de la fin de semaine. Si l’on compare ce Forum à de l’eau qu’on a mis à bouillir le premier soir, on peut dire qu’elle a mijoté au cours de la deuxième journée, celle des ateliers, et qu’elle est entrée en ébullition lors du grand remue-méninges de la dernière matinée. Certains diront que la casserole a débordé d’idéalisme. Mais, pour reprendre l’avis des chercheurs et des professeurs, il ne tient qu’aux jeunes de harnacher cet idéalisme pour faire partager les connaissances, tant à propos des problèmes que des solutions, et de s’impliquer politiquement. L’eau de la casserole restera-t-elle chaude une fois le feu du Forum éteint et chacun rentré dans son cégep? À suivre...
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