Ils font l’école buissonnière aux quatre coins du Québec. Épris de science ou passionnés de recherche, ils racontent des histoires dans les classes et les bibliothèques. Chaque année, des centaines de scientifiques se portent volontaires et partagent la passion de leur métier, qu’ils soient chimistes, biologistes ou encore mathématiciens. Ambassadeurs de la curiosité, ce sont les Innovateurs.

« La science est une aventure humaine formidable, confie Patrick Beaudin, directeur général de la Société pour la promotion de la science et de la technologie (SPST). Alors quoi de mieux que des humains pour la raconter? » Depuis sa formation, le réseau de scientifiques du programme les Innovateurs a fait vibrer les neurones de 160 000 jeunes de 5 à 16 ans, des régions de Montréal, de Laval, de Québec ainsi que des Laurentides, de Lanaudière, de l’Estrie, de l’Outaouais et du Saguenay–Lac-Saint-Jean. De la provenance du sirop d’érable à la formation des astres, en passant par la chimie des liquides, presque tous les phénomènes sont racontés, animés, construits et déconstruits sous les yeux fascinés des élèves.

Initié en 1994 par Industrie Canada, le programme naît du désir de promouvoir auprès des jeunes la science et la technologie, roues motrices de la nouvelle économie du savoir. La plupart des provinces canadiennes y participe et les premiers scientifiques sollicités pour animer des activités de vulgarisation sont surtout les récipiendaires des bourses du Canada. Malheureusement, le gouvernement fédéral met le programme au rancart deux ans plus tard…

Mais la SPST refuse de voir mourir les Innovateurs et décide de garder le programme sous son aile, afin que les jeunes élèves du Québec continuent à bénéficier de ces rencontres privilégiées avec les artisans du monde scientifique. Elle obtient l’appui d’Industrie Canada et s’allie la participation d’autres partenaires tels que le ministère du Développement économique et régional (anciennement ministère de la Science et de la Technologie), Nortel Networks, Merck Frosst, et le Conseil de Recherche en Sciences Naturelles et en Génie du Canada (CRSNG).

Dix ans ont passé, et les Innovateurs sont plus populaires que jamais. À tel point que les bénévoles manquent parfois à l’appel. « Le cœur du programme, ce sont les scientifiques qui se déplacent gratuitement, qui imaginent eux-mêmes le matériel d’expérimentation et qui donnent généreusement de leur temps, affirme Patrick Beaudin. Chacun fait en moyenne trois sorties par année. L’an dernier, 1200 animations ont été effectuées. » Océanographe et conseiller scientifique à la Biosphère de Montréal, Serge Lepage est Innovateur depuis cinq ans et rencontre près de 500 jeunes par année. En 2003, 25 écoles ont fait appel à ses services. « Lorsque j’étais élève, mes professeurs n’ont pas réussi à me donner le goût des sciences. C’est une émission de télévision qui m’a fait voir les sciences sous un autre jour. Il faut avoir de l’imagination, savoir organiser des jeux et partager son plaisir et la beauté de la science. C’est cela que proposent les Innovateurs. »

L’Innovateur Denis Dionne en pleine action

Lorsque le programme a été lancé, plusieurs observateurs s’accordaient à dire que c’était de la folie : les scientifiques ne savent pas communiquer! « Les Innovateurs ont vite fait la démonstration que les scientifiques peuvent être d’excellents vulgarisateurs », se réjouit le directeur de la SPST. Il confie d’ailleurs que les premiers Innovateurs étaient surtout des « décrocheurs » de la science. « Le chemin de l’innovation et de la découverte n’est pas un chemin droit et prévisible… Il n’y a pas de bons modèles en science, mais une multitude de parcours, de personnalités et de façons de faire. Le droit à l’erreur est fondamental sur ce chemin, sur lequel on trouve aussi ceux qui posent de bonnes questions. »

Encore aujourd’hui, faire tomber des préjugés et briser des stéréotypes demeure un des principaux chevaux de bataille du programme. L’image de la femme scientifique, par exemple, constitue un chantier où il y a encore beaucoup à faire. « La littérature jeunesse a véhiculé l’idée qu’une femme curieuse et savante, c’est louche, explique M. Beaudin. Les romans suggèrent qu’une telle femme n’a pas les qualités requises pour être une mère. Nous, nous voulons ouvrir sur d’autres images qui reposent sur la réalité et le vivant, pas sur du statique. »

Si de plus en plus d’écoles demandent à recevoir la visite des Innovateurs, c’est aussi parce que les enseignants savent comment ils peuvent intégrer le contenu des présentations à leur programme pédagogique. « La description de chacune des présentations offertes contient ce qu’on appelle un "lien-école", c’est-à-dire la liste des cours qui couvrent la matière abordée par un scientifique. Cet aspect pratico-pratique pour les enseignants a été un véritable accélérateur pour les Innovateurs. »

Les élèves qui ont des retards de lecture ou qui éprouvent des difficultés d’apprentissage font aussi partie des clientèles visées par le programme. Des scientifiques bénévoles se joignent maintenant à des équipes pédagogiques pour les élèves qui ont un cheminement particulier. « La lecture étant un moyen privilégié pour rejoindre ces jeunes, nous avons découvert qu’elle pouvait être un vecteur de communication très efficace. » La création, en 2000, de La Science se livre, qui propose des idées d’animation et de découverte à travers les livres, fait partie des initiatives qui ont amené les Innovateurs à s’approprier un nouvel espace : les bibliothèques.

Décidément, partout où ils passent, les Innovateurs font pousser le goût de la connaissance… « Et malgré nos dix ans, nous n’avons pas exploré le huitième de ce que nous pouvons faire! » conclut Patrick Beaudin.

Sophie Payeur





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