Pluie de science
Numéro 10, Juin 2004


Actualités

J’ai deux amours : les sciences et Paris


Si vos pérégrinations touristiques vous mènent du côté de Paris cet été, sachez que les Champs-Élysées, l’Arc de Triomphe ou le Château de Versailles ne sont pas les seuls trésors que recèle la capitale française. D’autres découvertes, mieux gardées, pourraient faire de votre séjour une excursion à saveur architecturale et… scientifique. C’est ce que le nouveau guide « Découvrir les sciences à Paris » nous apprend. Pluie de science a rencontré son auteure, la journaliste scientifique Anne Taverne. Avant-goût d’une promenade qui donne à voir et à penser.

PDS : Comment vous est venue l’idée d’écrire ce guide?
AT : Étrangement, c’est l’architecture qui m’a attirée. Grâce à mon métier, j’avais eu la chance de visiter de nombreux lieux de science, comme le Musée de l’Homme, le Musée Pierre et Marie Curie, l’Institut océanographique ou encore l’École des Mines. Ce sont des sites absolument magnifiques, et ils m’ont donné envie de proposer aux lecteurs une promenade scientifique qui est d’abord une promenade dans Paris. De nombreux édifices datent des XVIIe, XVIIIe ou XIXe siècles : ils sont surtout des buts de promenade mais on ne sait pas toujours que ce sont aussi des hauts lieux du savoir. En fait, la ville est très riche à ce niveau. Saviez-vous que les marches qui conduisent à la porte du Collège de France ou du Palais de la Découverte symbolisent l’idée de s’élever vers le savoir? En plus, la plupart de ces endroits sont gratuits ou accessibles pour des sommes extrêmement modiques…

PDS : Outre les musées, quelle est la part de médiation des sciences dans ce panorama?
AT : Le message principal de ce guide est qu’il y a un nombre incroyable de manifestations à Paris pour aller à la rencontre des chercheurs, beaucoup plus que ce que les gens imaginent, en fait. Les scientifiques ont à cœur de partager leurs connaissances et leurs questionnements avec la société civile, surtout à une époque où les sciences entrent de plus en plus dans notre vie quotidienne et participent à des enjeux permanents de société.

Parmi ces activités, on pense par exemple aux bars des sciences ou à la Fête de la science. Il s’agit d’une idée à la fois simple et géniale qui consiste à ouvrir les laboratoires au public. Ça permet à monsieur et madame tout le monde de visiter ces lieux de science en compagnie de chercheurs.

La grande ouverture de Paris à l’univers des sciences est un héritage de la Révolution. Cette idée que chacun doit participer à la science en train de se faire et qu’il doit y avoir un lien constant entre la science des laboratoires et le peuple souffle encore sur la capitale. Je trouve par exemple le Collège de France admirable. Les plus grandes sommités y donnent des conférences et des cours gratuits, ouverts à tous, toute l’année. Il n’y a qu’à entrer et s’asseoir!

PDS : Comment fonctionnent les bars des sciences?
AT : Les bars des sciences sont très conviviaux et correspondent totalement à l’esprit « parisien » que l’on retrouve dans les cafés. C’est autour d’un ballon de rouge et d’une tartine de fromage que l’on papote avec Pierre Gilles de Gennes, Yves Coppens ou Albert Jacquart! Ce sont de vrais lieux d’échange et de dialogue. Assister à un bar des sciences est aussi une expérience de très haut vol car on se trouve face aux meilleurs interlocuteurs… qui savent tout de même aborder les sujets de manière très vulgarisée. Le concept fonctionne très bien et ces bars poussent comme des champignons à Paris. Les plus courus sont celui du café le « Père Tranquille » organisé par l’association Bars des sciences, et celui de La Cité universitaire de l’association Vivagora. On en ressort toujours un peu moins bête qu’au départ!

PDS : Quels ont été vos coups de cœur?
AT : J’adore les lieux consacrés à l’histoire de la médecine. Ils sont absolument fascinants car ils sont souvent liés à l’histoire des sciences et ils mettent en lumière les liens entre la science et l’art. Cela date de la Renaissance, quand l’homme a commencé à s’intéresser à son anatomie autant pour des motifs artistiques qu’en raison des progrès de la médecine. Je pense par exemple au Musée Delmas-Orfila-Rouvière qui se trouve dans la Faculté de Médecine de la rue des Saints-Pères. C’est un lieu extraordinaire avec des cires anatomiques. Il contient des étagères entières emplies de poumons, de thorax, d’estomacs peints de toutes les couleurs… C’est un musée gratuit qui se visite sur rendez-vous. Il est aujourd’hui plus ou moins abandonné, car il a perdu sa vocation première d’enseignement aux étudiants en médecine.

Au Musée Fragonard, basé dans l’École Vétérinaire de Maisons-Alfort, on retrouve davantage des corps d’animaux disséqués. Il y a, entre autres, un chef-d’œuvre réalisé par Fragonard, le cousin germain du peintre. Le cavalier sur cheval, inspiré du tableau L’Apocalypse de Dürer, représente un homme et sa monture disséqués grandeur nature. Cela pourrait être très morbide, mais c’est incroyablement beau! Il y a tout un système de fixatifs sur ces muscles, qui fait en sorte que, dans cette œuvre vieille de deux siècles et demi, rien n’a bougé.

PDS : Quelles anecdotes insolites rapportez-vous de votre voyage dans le Paris scientifique ?
AT : Il y a une intéressante histoire de girafe à la Galerie de Minéralogie du Muséum national d’Histoire naturelle… La galerie fait 200 mètres de long et a été construite grâce à l’argent rapporté par une girafe d’Égypte. Voici l’histoire : un pacha offrit une girafe à Charles X. Celle-ci fut débarquée à Marseille par bateau. Pour la ramener à Paris, il n’y avait d’autre solution que de la mener à pied et en laisse dans tout le pays. La girafe traversa toute la France avec son gardien et les gens accoururent pour la voir, ce qui fit une publicité incroyable pour le Muséum. Tout cela a rapporté beaucoup d’argent, et c’est ce qui a permis de construire les centaines de colonnades de la Galerie de Minéralogie. Il y a un bijou à ne pas rater dans cette caverne d’Ali Baba : le Ruspoli, un saphir de 135,80 carats ayant appartenu à Louis XIV.

PDS : Pour conclure, à qui s’adresse ce guide?
AT : Il a été conçu pour tous, touristes et Parisiens. Il s’adresse aussi bien au couple qui veut se promener avec ses enfants qu’aux jeunes étudiants en science ou aux simples curieux. Quant aux touristes, ils y trouveront une porte d’entrée originale pour visiter Paris. La science peut vraiment être l’occasion d’une belle promenade.


Propos recueillis par Catherine Damour

Correspondance spéciale


Découvrir les sciences à Paris
(2004) par Anne Taverne, paru aux éditions Parigramme (Le guide n’est malheureusement pas disponible au Québec).

Les bars des sciences ont aussi envahi le Québec! Un « livre de recette » leur est même consacré. Bar des sciences : mode d’emploi, publié à la bibliothèque de La science se livre. Pour le commander : spst@spst.org

Bar des Sciences au café Le Père Tranquille (16, rue Pierre Lescot, 1er arrondissement, Tél. 01 45 08 00 34), tous les premier mercredi du mois à 19h30.

Bar de sciences au Café - Cité du vivant Maison internationale de la Cité internationale universitaire (17, bd Jourdan 14ème arrondissement, Tél. 01 55 65 32 83), Inscriptions : (nombre de place limités) : communication@ciup.fr, vivagora@noos.fr, www.vivagora.org

Programme de « La fête de la science » : http://www.recherche.gouv.fr/fete/2004/index.htm

Le Collège de France : www.college-de-france.fr, contact@college-de-france.fr

L’Institut d’anatomie : www.biomedicale.univ-paris5.fr/anat/anatomie/musee/musee.html

Le Musée Fragonard : www.vet-alfort.fr/Fr/musee/musee.htm

Le Muséum national d’Histoire naturelle : http://www.mnhn.fr/museum/foffice/index.html

 

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