| Pluie de science Un producteur du Kaléidoscope nous éclaire :
Explos-Nature Les oursins préfèrent-ils les algues ou le gâteau au chocolat? Les crabes sont-ils plus heureux en pleine lumière ou dans les recoins sombres? Voilà le genre de questions que l’on se pose chez Explos-Nature, aux Bergeronnes (Côte-Nord), près du Saint-Laurent. Et l’on trouve les réponses au fond de l’eau (très froide), là où de courageux plongeurs vont pacifiquement pêcher étoiles de mer, anémones et autres bestioles colorées… Pour la science. Explos-Nature est un organisme sans but lucratif qui déborde d’imagination. Sa directrice, Joann Doyon, et son équipe de naturalistes proposent des activités à visées scientifiques pour des enfants d’âge scolaire, du niveau primaire jusqu’au niveau universitaire, et pour des visiteurs du grand public. Des camps d’été sont organisés durant toute la belle saison, et les groupes scolaires qui souhaitent faire un stage à « l’École de la mer » sont attendus à partir de la fin avril jusqu’à la mi-octobre. Les enfants dorment et mangent sur place et ont à leur disposition un naturaliste par groupe de 5 à 7 jeunes. Coquillages et crustacés… Revenons à nos oursins. Pour valider les hypothèses, aussi loufoques soient-elles, selon la méthode scientifique, rien de tel que l’observation sur le terrain. Ensuite, grâce à un aquarium qui recrée l’environnement naturel du Saint-Laurent et dans lequel les organismes recueillis sont provisoirement hébergés, les jeunes peuvent exercer leurs talents de naturalistes en herbe. « Quand on observe au binoculaire un oursin qui ne cesse de bouger ses petits pieds ventouses ou qui est en train de nettoyer ses épines, le spectacle est vraiment saisissant. Tout le groupe s’émerveille en chœur devant la prouesse de la bibitte, et c’est ma plus belle récompense… », raconte la directrice Joann Doyon. Si les invertébrés marins sont des organismes fascinants, le clou du spectacle, dans la région, reste l’observation des baleines. Chaque printemps et pendant l’été, tous ceux qui ont la chance d’être en compagnie des naturalistes d’Explos-Nature peuvent monter à bord d’un bateau en direction de ces ballerines de plusieurs tonnes. « Je croise les doigts car, à ce jour, elles ont toujours été au rendez-vous, dit la directrice. Bien sûr, parfois, il y en a moins, mais nous en rencontrons toujours au moins une qui va suffire à nourrir l’imaginaire des jeunes pour plusieurs années. » En bonne compagnie L’encadrement scientifique des classes bleues et des camps d’Explos-Nature est assuré par des étudiants au doctorat, à la maîtrise ou au baccalauréat en biologie ou en environnement. Le plus souvent, c’est à la suite de leur participation à un stage qu’ils décident de passer l’été avec les enfants. Julie Veillette en est un bon exemple : cette jeune femme passionnée par les profondeurs a étudié les fonds abyssaux à Hawaï – la chanceuse – mais c’est aux Bergeronnes qu’elle retourne depuis six ans pour partager son amour de la science. Et ce n’est pas seulement par pur altruisme : durant ses longues études, elle s’est rapidement sentie limitée par beaucoup de théorie et peu de pratique. « Quand on les explique aux enfants, certaines choses deviennent plus claires. En plus, ils posent des questions qui sont toujours pertinentes. Les camps scientifiques sont comme un laboratoire vivant qui m’a appris à prendre du recul et surtout qui m’a enseigné l’art délicat de la vulgarisation. Après un séjour au centre, j’acquiers la confiance nécessaire pour le reste de l’année et cela m’aide dans mes présentations. C’est un beau défi intellectuel. » Un vrai lien de coopération unit les dirigeants du centre et leurs collaborateurs. La preuve : il arrive à Joann Doyon de recevoir des curriculum vitae d’étudiants, accompagnés d’une lettre indiquant que le candidat est venu à l’École de la mer étant jeune et que c’est grâce à cette expérience qu’il a voulu devenir biologiste. On appelle cela une belle réussite. Attention : fleuve en danger! Que trouve-t-on au fond du fleuve Saint-laurent? Les réponses dessinées par les enfants en début de séjour : des pneus, des squelettes, des déchets de toutes sortes. Réponses à la même question, en fin de séjour : des dessins d’organismes marins tous plus colorés les uns que les autres, pleins de vie. La directrice du centre, Joann Doyon, qui est elle-même spécialisée en biologie marine, voit dans la préservation des écosystèmes une partie importante de sa mission. Pour elle, que ce soit à Madagascar ou à Tadoussac, les fonds marins sont précieux : « Notre but est de changer la perception que l’on a du fleuve et de sensibiliser les jeunes. Le Saint-Laurent regorge d’organismes uniques et il n’est pas trop tard pour le sauver. Lorsque l’on montre certaines photos dans les écoles, les gens pensent qu’il s’agit d’un montage tant cet environnement est méconnu. Chaque déchet jeté à Montréal dans le fleuve aura un impact 800 kilomètres plus bas : nous voulons que les enfants repartent des Bergeronnes avec cette conscience nouvelle que tout est interrelié et que chaque organisme fait partie de notre histoire passée et future. »
Camps d’été des Jeunes Explos :
http://www.spst.org/servlet/FicheOutil?outils_id=649
|
||