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| Mots-clés : bande dessinée, science, transformations |
« Je suis étonné de
voir des gens considérer encore qu’il s’agit d’une
littérature pour enfants ou pour arriérés mentaux.
Cela prouve bien leur ignorance de cet univers maintenant célébré
par de nombreux intellectuels, particulièrement dans le monde anglo-saxon.
La preuve, voici un livre de |
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| Thor |
« Ce qui m’intéresse surtout, c’est d’examiner les questions de fond posées à l’humanité par les bandes dessinées consacrées aux superhéros » : l’augmentation des performances physiques et intellectuelles par le moyen d’implants, de substances chimiques, de modifications génétiques… Le cyborg (1), le mutant, le posthumain font reculer les limites que sont la vieillesse et la mort. Un rêve sans doute aussi vieux que l’humanité, mais devenu obsessionnel depuis la révolution scientifique. En effet, si, comme le croyait La Mettrie (2), « Le corps humain est une machine », n’est-il pas possible de perfectionner cette machine ? Évidemment, comme le rappelle Christian Boissinot, « cela pose des questions éthiques. On revient constamment à la question fondamentale : peut-on et doit-on altérer la nature humaine ? » Pour certains, c’est remettre en question la perfection de l’œuvre de Dieu, pour d’autres, c’est trahir la nature humaine. Mais une foule de gens répondent avec Nietzsche que « l’homme est quelque chose qui doit être dépassé. » Les Extropiens, par exemple, ne voient pas pourquoi l’on devrait se contenter de ce que la nature nous a légué, alors que la science est en mesure de faire reculer, voire d’abolir ces limites. Une idée qu’ils s’efforcent de répandre.
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| Wolverine |
La philosophie se penche maintenant sur ces questions, qui font intervenir des réalités scientifiques et des réflexions éthiques d’aujourd’hui. Comme le dit Christian Boissinot, « il ne s’agit plus de science-fiction quand on se demande si un athlète, pour sa propre gloire, pour son pays, pour la compagnie qui le parraine, est prêt à subir une altération. Et si l’athlète le fait, pourquoi pas le citoyen ordinaire ? » Pourquoi en effet ne multiplierait-on pas à volonté son propre génome, pourquoi ne fusionnerait-on pas avec la machine ? La science, qui se pose la question du comment et non du pourquoi, est muette sur ces questions, mais la science-fiction peut proposer des pistes intéressantes. « Les créateurs peuvent partir des données scientifiques et extrapoler, que ce soit pour nous mettre en garde ou nous montrer un monde de promesses extraordinaires. C’est ce que je trouve intéressant dans la littérature. » Mal dans leur peau, les superhéros ? Christian Boissinot ajoute que, contrairement à la croyance populaire, on est très loin ici d’un monde purement manichéen. Les superhéros sont souvent tiraillés, torturés moralement. Ces êtres subissent une sorte de fatalité. Ils sont enfermés dans un corps et un destin qu’ils n’ont pas choisis. Si différents des simples mortels en apparence, ils en partagent au fond les inquiétudes et les interrogations.
En 2005, le magazine Time a inclus Watchmen dans sa liste des 100 meilleurs romans (sic) de langue anglaise publiés depuis 1923. Le 9e art vient de faire son entrée en littérature.
(2) Julien Jean Offray de La Mettrie (1709-1751), auteur de L’Homme Machine. |