Mots-clés : science, éthique, nanotechnologies, DECIDE

Six personnes en grande conversation. « Les nanotechnologies, c’est bien beau, mais connaît-on les risques ? », « Les recherches coûtent très cher, on devrait plutôt dépenser pour aider les pauvres… », « Moi, je pense que les nanos sont l’avenir de l’humanité ! » Le ton monte, les avis fusent, tout le monde est emballé. Et pourtant, aucun des intervenants n’est spécialiste dans le domaine. Mieux, ces joyeux causeurs n’ont même pas étudié en sciences…

 
La scène a lieu dans un centre de science italien. Elle aurait pu se produire à Montréal, à Paris ou à Londres, dans une bibliothèque ou une cafétéria. Voici toute la beauté du projet DECIDE : informer et faire réfléchir le public sur des sujets scientifiques à l’extérieur d’un cadre formel. Susciter des débats sur les grands enjeux technologiques avec, en main, une poignée de cartes colorées et un napperon de jeu qui rappelle un peu celui du Monopoly, le tout téléchargeable gratuitement sur Internet. Un projet à la fois ludique et bien pensé, qui conjugue admirablement science et citoyenneté.
 
Andréa Bandelli, l’initiateur du projet, retrace les grandes lignes de sa naissance : « L’idée de monter DECIDE m’est venue en 2003, alors que je terminais un contrat européen portant sur les sciences du vivant : BIONET. L’objectif était de fournir une information de qualité pour alimenter des conversations en ligne sur différents sujets, comme le clonage, l’alimentation, la vieillesse… Pour moi, la prochaine étape consistait à créer un cadre qui permettrait aux gens de tenir ce genre de discussion, d’une manière structurée, de vive voix et non plus dans un espace virtuel. »
 
Quelques-uns des personnages fictifs utilisés dans la trousse de discussion sur les nanotechnologies.
 

La clé pour y arriver : DEMOCS, un jeu de cartes qui sert de déclencheur pour dialoguer et mettre en forme son opinion sur toutes sortes d’enjeux de société. Quelques arpents de piège à la mode citoyenne. « Une de mes collègues avait testé la formule de DEMOCS dans un café parisien. Quand elle m’a raconté son expérience, je me suis dit que ça vaudrait la peine de l’essayer à l’échelle européenne, et que les centres de science pourraient en être les promoteurs. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. La formule DEMOCS est adaptée pour créer des discussions exclusivement consacrées aux sciences, une demande de financement est expédiée, des centres de science contactés : l’accueil est enthousiaste. Six trousses de discussion voient le jour : les nanotechnologies, le sida, la xénotransplantation, la génétique, les neurosciences et les cellules souches. Une septième mouture concernant les changements climatiques est en cours de préparation.

 

DECIDE : mode d’emploi

Un napperon individuel où disposer son matériel, une série de cartes de « personnalités », des fiches d’information, des consignes simples, un maître de jeu… DECIDE a adopté le style d’un jeu de société. Mais la ressemblance s’arrête là. Ici, personne ne gagne, personne ne perd. Le but est de construire un consensus et de se forger une opinion sur un sujet parfois éloigné de ses préoccupations quotidiennes. Les différents cartons permettent de susciter la discussion, de l’encadrer, de la relancer. Chaque participant choisit un personnage fictif et défendra, tout au long de la partie, son point de vue. Un moyen malin pour inciter les participants à se poser des questions et à prendre position. En un mot, réfléchir, en 90 minutes, sur les enjeux éthiques et sociétaux liés à des technologies de pointe ou à des problèmes de santé publics. Public cible : adultes et adolescents.

 
 

Mon opinion compte

Les participants européens au projet DECIDE ont une raison supplémentaire d’apprécier l’expérience. À l’issue de chacune des sessions, ils peuvent télécharger le fruit de leur discussion sur un site Internet, sous forme de propositions qui seront directement transmises à… l’Union européenne. Une source de motivation incontestable pour un public qui, plus souvent qu’autrement, se sent peu ou pas consulté sur les questions d’éthiques scientifiques.

Cécile Mériguet, du Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle de Grenoble (France) a testé la formule à plusieurs reprises. « L’an dernier, nous avons organisé une partie dans un café. On invitait les participants à grignoter un sandwich tout en jouant. Les personnes réunies, pour la plupart des étudiants universitaires, ont adoré leur expérience, même s’ils étaient un peu sceptiques au départ. Le fait de télécharger leurs résultats et d’envoyer le tout à une instance gouvernementale a déclenché une bonne adhésion au projet. “ Pour une fois qu’on nous demande notre avis ! ”, disaient-ils… »

Mais inutile d’être Européen pour participer. Les équipes issues d’autres pays peuvent très bien voter en ligne et comparer leurs résultats à ceux des autres coins du monde. Les États-Unis, l’Afrique du Sud, Israël et le Canada ont joint les rangs des pays participants. À Toronto, l’Ontario Science Centre a déjà accueilli plusieurs groupes de joueurs pour discuter sur le thème de la xénotransplantation et des nanotechnologies. Au Québec, l’aventure DECIDE débute… et risque fort de faire des petits.

 
 

De bouche à oreille

« DECIDE se diffuse un peu partout comme un virus ! Nous avons décidé de ne faire aucune communication autour du projet. Pas d’affiches, de publicité par courriel ou d’annonce de lancement. Nous avons simplement organisé des événements dans une dizaine de centres de science en Europe. Entre janvier et avril 2006, chacun d’entre eux a organisé six sessions de DECIDE. Immédiatement, nous avons vu une augmentation constante dans le nombre de kits téléchargés sur Internet – plus de 3 500 jusqu’à maintenant – et dans le nombre de résultats inscrits sur le site : près de 400. Tout cela grâce au bouche à oreille », raconte Andréa Bandelli.

L’expérience, en tout cas, vaut la peine d’être vécue, et les anecdotes ne manquent pas. Certes, chaque équipe aura ses spécificités et ses propres préoccupations, comme ce groupe de sans-abri autrichiens, qui a participé en 2006 à une session de DECIDE sur le SIDA dans un foyer social. Un exercice très réussi durant lequel les participants ont pu à la fois partager leur vécu, apprendre des faits scientifiques qu’ils ignoraient, et s’interroger sur des enjeux éthiques majeurs, tels que la responsabilité individuelle face à la transmission de la maladie.

« Je me souviens d’une fois où nous sommes allés jouer avec les fonctionnaires européens dans le bureau qui nous subventionne. La discussion a été très riche, mais aussi très similaire à celle que pourraient mener des gens plus “ ordinaires ”. Les mêmes questions, les mêmes incertitudes, les mêmes préoccupations face aux questions sociales… », conclut Andréa.

Alors, ces fameuses nanotechnologies… Pour ? Contre ? Et à quel prix ? Et vous, qu’en pensez-vous ?


Anne Fleischman

 



Pour télécharger gratuitement les trousses de discussion DECIDE ou pour en savoir plus : www.playdecide.org

Si vous souhaitez organiser un événement DECIDE dans votre classe ou votre organisme, ou pour toute autre information, n’hésitez pas à nous joindre : spst@spst.org

BIONET : www.bionetonline.org
En ligne, un site fascinant sur les sciences de la santé : information, blogues, jeux…



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