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| Mots-clés : écriture, SMS |
SMS : quesaquo ? En France et, de plus en plus, dans toute la francophonie, le SMS crée un raz-de-marée linguistique qui fait fureur auprès des utilisateurs de téléphones cellulaires et des jeunes clavardeurs. Le Short Message Service, plus connu sous le sigle SMS, permet, en téléphonie mobile, de transmettre des messages écrits de très petite taille (de 70 à 160 caractères) sur l’écran des téléphones cellulaires. Pour s’adapter à cet espace d’expression plutôt restreint, les jeunes ont inventé un langage truffé de raccourcis : C ki (C’est qui ?), 2m1 (demain), etc. Le SMS. Cauchemar des amoureux de l’orthographe. |
Surfant
sur l’air du temps, Phil Marso écrit, en 1999, un roman policier
dont l’intrigue tourne entièrement autour du fameux appareil :
Tueur de portable sans mobile apparent. Des amis le mettent alors
au défi d’utiliser le SMS comme matière première
pour sa prochaine œuvre… Un authentique crime contre les belles-lettres
pour les uns, une idée brillante pour les autres. |
« Ça
m’a pris trois ans pour me décider à écrire en
SMS, car je suis moi-même très attaché à la langue
française et plutôt hostile à l’utilisation intempestive
des abréviations systématiques à l’écrit.
J’ai pris ça comme un pari à gagner… »
Le résultat : la sortie de Pa sage a taba (Passage
à tabac), le tout premier livre écrit entièrement en
langage SMS, adaptation d’une nouvelle publiée en 1996 par
l’auteur. |
« Au début, je n’y connaissais strictement rien et j’ai même dû me procurer un lexique pour démarrer. Mais je suis finalement tombé sous le charme, car jouer avec les lettres et les chiffres dans l’écriture a un côté très amusant. Et puis, enfant, j’étais plutôt mauvais à l’école. Alors en m’exerçant à transformer le français en SMS, je suis passé du statut de cancre à celui de professeur, ce qui est très valorisant », confesse-t-il. Parlez-en en bien, parlez-en
en mal, |
En
2004, comme tous les ans le jour de la Saint-Gaston (Gaston, y’a
le téléphon qui son…), Phil Marso communique avec
la célèbre agence de presse AFP au sujet de sa Journée
mondiale sans téléphone portable et glisse au journaliste
un mot sur son ouvrage en SMS. C’est le début des hostilités.
« On a assisté à une véritable levée
de boucliers des puristes ! Mes détracteurs, très nombreux,
y compris parmi les adolescents, pensent que des livres écrits en
SMS ouvrent la porte à l’inculture généralisée
et signent l’arrêt de mort de la langue française. Chaque
semaine, je découvrais un nouveau forum sur Internet qui parlait
de mon livre et sur lequel tout le monde se déchaînait… » |
| Phil Marso a même eu droit à un éditorial enflammé du quotidien Le Figaro sur son livre, dont le titre, « Massacre à la tronçonneuse de la langue française » en dit long. Qu’à cela ne tienne, il récidive en publiant un recueil de nouvelles effrayantes dans une édition double français/SMS. L’idée : écrire un livre facilement accessible aux adolescents en difficulté d’apprentissage. |
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Pédagogique, le SMS ? « J’ai rapidement réalisé que le SMS pouvait avoir une vraie utilité, notamment pour les jeunes qui ne lisent pas ou peu, ou qui ont des problèmes liés à l’orthographe. » Phil Marso commence donc à parsemer ses ouvrages de véritables exercices de transposition du SMS vers le français. « En tant qu’adolescent, j’aurais adoré avoir un cours basé sur ce type de devoirs. Ça m’aurait vraiment motivé à m’intéresser à la matière ! » Car le SMS est l’héritier direct des langages
codés que les enfants et les adolescents utilisent strictement
entre eux, depuis que le monde est monde… D’où son
attrait pour la jeune génération qui, sur Internet ou par
téléphone cellulaire, redécouvre, à sa façon,
les joies de l’écrit et des correspondances cachées. Au fur et à mesure de ses adaptations, il peaufine son invention, allant jusqu’à lui créer une grammaire – hérésie pour les puristes ! Et parce qu’elle ne peut pas être retranscrite sur un écran, la PMS, à peine née, quitte officiellement la sphère de l’électronique pour retrouver le support papier… et les grands auteurs : Phil Marso publie un recueil de poésie, L (qui inclut des adaptations de poèmes de Baudelaire), avant de s’attaquer à La Fontaine et, récemment, au conte de Charles Perrault Le Petit Poucet. |
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le korbo
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Expériences En septembre 2005, Phil Marso donne son premier atelier sur la PMS auprès d’un public de sans-abri à La Moquette, un lieu de culture parisien ouvert la nuit à tous et toutes. « La Moquette reçoit périodiquement des conférenciers et propose aussi des ateliers d’écriture. Le public n’est pas toujours facile à captiver car les gens discutent et jouent aux cartes tout en écoutant parler les invités. Mais pendant toute la soirée, j’ai réussi à retenir leur attention en leur faisant faire des devoirs et des exercices de traduction ! Les organisateurs eux-mêmes n’en revenaient pas… » Il réitère l’expérience à plusieurs reprises devant des publics d’adolescents lors de salons littéraires et dans des écoles secondaires. Conclusion : les jeunes adorent et en redemandent. « Certains adolescents ne sont pas forcément intéressés par les auteurs classiques. Mais Baudelaire en PMS, ça devient tout de suite plus intéressant ! » D’ateliers en conférences, il est approché par des orthophonistes qui songent à utiliser ses adaptations avec des jeunes dyslexiques. Puis, au printemps dernier, on l’invite à participer à un stage en Belgique auprès d’adolescents en difficulté. « J’avais devant moi 19 jeunes. Je leur ai expliqué ma démarche et les grands principes de la PMS en 20 minutes, puis je leur ai demandé de transposer une fable. Les jeunes se sont mis en groupe et tous sont arrivés jusqu’à la fin du devoir. Le directeur n’y croyait pas. » Intéressant retour des choses, en cours de transposition, les jeunes éprouvent tous le besoin de plonger dans les dictionnaires pour dénicher la juste orthographe de chaque mot afin de rendre un texte partait ! « C’est un formidable retour du balancier. Si j’avais été professeur ou linguiste à la base, je suis sûr que les gens seraient moins réticents à utiliser ma méthode. Mais, après tout, je ne suis qu’un auteur de polars... » |
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