Pluie de science www.spst.org/pluiedescience/0608 Version complète
Éditorial En un frileux mois de janvier, j’ai partagé des mets chinois avec un chercheur français spécialiste des neurosciences. Ça pourrait être le début d’une nouvelle. Dehors, la neige tombait à gros flocons, les routes étaient bloquées, et l’entrevue un peu formelle que j’avais soigneusement préparée s’est rapidement transformée en un sympathique lunch. Finalement, nous avons passé l’après-midi à parler littérature. C’est que William Rostène, un chercheur de renommée internationale, était de passage au Québec pour présenter son premier roman : L’héritage de Paul. Cette fiction, écrite à quatre mains par l’éminent scientifique et un tout jeune écrivain, raconte la vie mouvementée de Charles Dormont, co-disciple imaginaire du très réel Paul Bert, ce savant du XIXe siècle célèbre pour ses travaux sur le cerveau. Un roman historique truffé d’aventures scientifiques… Il nous transporte dans le Paris savant et intellectuel de l’avant-dernier siècle, en Angleterre, où le fils du héros prendra le thé avec un certain Charles Darwin, et finalement en Australie, où il trouvera la solution à un mystère médical digne des meilleures séries du genre, sur fond de lutte politique pour la promotion de l’éducation scientifique des femmes. Un livre qu’on aura autant de plaisir à lire que le Dr Rostène a visiblement eu à l’écrire. Scientifiques et écrivains font décidément bon ménage. Ceux d’entre vous qui suivez les aventures de Pluie de science et de la SPST depuis le début le savent bien. Pour ce dernier numéro de l’année scolaire, nous avons choisi, nous aussi, de parler de livres et de lecture. Science de la lecture, d’une part, avec cet article sur de passionnantes recherches en neurologie portant sur la lecture et le cerveau. Littérature scientifique, d’autre part, en compagnie d’un spécialiste de l’évolution des textes de science. Lecture et réussite scolaire, enfin, dans une rencontre avec un conseiller pédagogique fou des livres. Littérature et plaisir de lire, surtout, avec une sélection de romans à saveur scientifique concoctée par notre complice de l’UQAM, Jean-François Chassay. Et pour ceux qui aiment lire à s’en couper le souffle, nous vous proposons la découverte du fantaisiste festival de lecture en apnée. Pour clôturer ce numéro d’été, notre dossier thématique du Kaléidoscope nous entraîne vers la Gaspésie où l’organisme Exploramer fait plonger les plus jeunes dans une mer de savoirs. Partant moi-même vers d’autres horizons pour les prochains mois, je cède la barre à ma collègue Chantal Legault qui vous accompagnera dans les prochains numéros de Pluie de science. Bonnes lectures ! Anne Fleischman ***
Scientifiques, vos papiers ! Mots-clés : cerveau, lecture, neurologie, neurones Par quel exploit l’espèce humaine a-t-elle appris à lire ? Comment les humains ont-ils inventé des signes que leur cerveau n’était pas prédestiné à déchiffrer ? Deux spécialistes de la neuroscience cognitive tentent, par leurs livres respectifs, de répondre à ces questions. Stanislas Dehaene, auteur de l’ouvrage Les Neurones de la lecture publié, en 2007, aux éditions Odile Jacob et Maryanne Wolf, auteure de Proust and the Squid, publié la même année chez HarperCollins Publishers, nous dévoilent les miracles de la lecture. Comment notre cerveau de primate parvient-il à lire ? « Il a fallu à notre espèce environ 2 000 ans de progrès cognitif pour créer un alphabet qui nous permette de lire. Aujourd’hui, les cerveaux de nos enfants ne disposent que de 2 000 jours pour atteindre cette même évolution ! », s’exclame Maryanne Wolf. Comprendre que les mots sont l’assemblage de sons et que chaque son est associé à une ou plusieurs lettres n’est pas une mince affaire. L’exploit est d’autant plus considérable si on tient compte de nos lacunes innées, fait remarquer Mme Wolf. « Notre cerveau comporte des structures génétiquement programmées pour que nous parlions, que nous reconnaissions des visages et que nous ressentions des émotions. Mais nous ne sommes pas nés pour lire ! » Le recyclage neuronal Alors comment se fait-il que nous lisions aujourd’hui ? « Parce que nous recyclons les neurones d’une aire que nous utilisons normalement pour une fonction similaire et moins sophistiquée : la reconnaissance des objets », explique Stanislas Dehaene dans son livre. Contrairement au modèle classique qui veut que le gyrus angulaire soit responsable de l’analyse orthographique, Maryanne Wolf et Stanislas Dehaene croient que la lecture serait plutôt associée à une autre région : l’aire 37 de Brodmann ou le gyrus occipito-temporal. Cette aire serait activée chaque fois que nous lisons une lettre ou un mot. M. Dehaene et d’autres neurologues ont identifié une minuscule bande de cortex qui court le long du sillon occipito-temporal. Selon les observations de M. Dehaene, ce sont les neurones de cette microscopique bande corticale qui, au fur et à mesure de notre apprentissage de la lecture, se recyclent pour reconnaître les lettres. Après un long entraînement, chaque neurone répondrait même à une combinaison de lettres, à un préfixe ou à la racine d’un mot ! Cette région remplirait le même rôle dans tous les cerveaux, peu importe le système d’écriture. Que vous lisiez le français avec ses 26 lettres ou le mandarin avec ses 6 500 caractères, vous activez toujours les neurones de cette même bande. Stanislas Dehaene la baptise d’ailleurs la « région de la forme visuelle des mots ». C’est elle qui, après avoir repéré les syllabes, les racines, les préfixes et les suffixes, déterminerait si la suite de lettres est cohérente puis enverrait l’information vers les régions du cerveau qui codent le son et le sens. Les préférences des neurones À l’époque où nous étions des chasseurs-cueilleurs, cette mince bande corticale de la région occipito-temporale était probablement dévolue à la lecture des traces d’animaux, soupçonne M. Dehaene. « Notre cerveau fait du neuf avec du vieux », ajoute-t-il. Les imageries cérébrales de macaques démontrent que leurs neurones situés dans cette zone s’activent à la vue de traits précis. « On ne peut être que frappé par la ressemblance des formes que préfèrent les neurones avec les lettres de l’alphabet, ou avec certains caractères chinois », s’émerveille Stanislas Dehaene dans son ouvrage. « Certains neurones répondent ainsi à deux disques superposés qui forment le symbole 8, d’autres à deux barres formant un T, d’autres encore à un astérisque, un rond ou un J… » Si notre génome n’a pas eu le temps en 2 000 ans de modifier notre cerveau pour lire, c’est donc l’invention de l’écriture qui aurait évolué afin de tenir compte des contraintes de cette niche particulière de notre cerveau. Maryanne Wolf souligne : « La lecture est un exemple frappant de la faculté du cerveau humain de développer de nouvelles habiletés. » Les « autoroutes » du cerveau Il reste encore cependant quelques mystères à découvrir sur le travail qu’accomplit notre cerveau en mode lecture. On croyait autrefois qu’une série de régions travaillaient à la chaîne, les unes à la suite des autres. Plus précisément, celles du son avant celles qui codent le sens. On s’accorde désormais pour considérer que ce qui se produit dans notre cerveau lorsque nous lisons un texte ressemble davantage à une symphonie d’opérations simultanées. Chaque opération active simultanément plusieurs régions qui peuplent deux « autoroutes » principales du cerveau, la voie dorsale et la voie ventrale, lesquelles codent respectivement le son et le sens des mots. Dans une course folle entre ces deux voies pour parvenir à décoder le mot, les aires du cerveau impliquées connectent plusieurs autres régions en parallèle… lesquelles se répondent entre elles ! Et c’est cette effervescence dans notre cerveau de primate recyclé qui nous permet de lire presque chaque mot… en moins d’une demi-seconde. Méthode globale ou syllabique ? Quelle est la meilleure façon d’apprendre à lire : en photographiant le mot ou en assemblant patiemment les graphèmes ? Stanislas Dehaene condamne sans détour la méthode globale. C’est justement parce que toutes les opérations nécessaires pour lire ont été automatisées « par des années d’apprentissage et se déroulent en parallèle hors de notre conscience, qu’a pu persister pendant tant d’années l’hypothèse naïve d’une lecture immédiate et globale », écrit-il. Maryanne Wolf quant à elle concède : « 60 % des enfants vont apprendre à lire peu importe la méthode. » Pour les autres qui « ont besoin d’un enseignement plus explicite des règles qui connectent les lettres aux sons », Mme Wolf prône une approche pluridimensionnelle. ***
Décliner la science Mots-clés : littérature, science, fiction On parle souvent de la place de la science dans la littérature, mais qu’en est-il de la littérature dite « scientifique » ? Est-ce bien de la littérature, ou n’est-ce « que » de la science ? Nous avons posé la question au médiéviste Denis Hüe. titulaire du cours Science et littérature à l’Université de Haute Bretagne à Rennes (France). Il a notamment étudié l’évolution des textes de science du Moyen Âge à l’époque des Lumières. Les écrits à caractère scientifique font-ils partie d’une classe « à part » ? Il serait difficile de dire que les œuvres de Jules Verne ou de René Guedj ne sont pas de la littérature. Quant aux textes écrits par des scientifiques dans leur domaine particulier, qui pourrait affirmer qu’il ne s’agit pas de littérature ? Non pas au sens d’une fiction, bien sûr, mais dans celui d’une parfaite maîtrise de la langue et de la pensée. Lire les écrits mathématiques de Pascal n’est pas seulement une leçon de maths, c’est aussi une leçon d’expression claire ! La littérature, ce n’est pas que faire de la mousse, c’est aussi exprimer les choses le plus précisément possible. On pourrait dire la même chose de gens comme Fontenelle, qu’on ne lit plus assez ; ses comptes-rendus à l’Académie des Sciences sont des modèles d’élégance et de précision, comme ceux de Jean Itard(1) et son Victor de l’Aveyron. Historiquement, à quel moment les sciences et la littérature se croisent-elles pour la première fois ? On considère habituellement que les sciences « dures » commencent entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. C’est faux, bien entendu, mais bien des choses se mettent en place à cette période, à un moment où deux idées dominent, culturellement et socialement. D’une part, l’idée de l’honnête homme, qui s’impose en France, et, avec des variantes, dans toute l’Europe des Lumières : la science fait partie des domaines susceptibles d’intéresser tout un chacun. D’autre part, l’idée classique d’une pensée claire, d’une expression élégante. Les écrits scientifiques doivent participer de ce mouvement, et dégraisser leur formulation pour arriver aux idées « claires et distinctes » ! On pourrait par exemple comparer les schémas de Philippe Éléphant, mathématicien du XIVe siècle, qui demandent glose et commentaire (ce sont des aide-mémoire un peu ésotériques), à ceux que propose Descartes dans son Optique, qui sont lumineux. Les abréviations apparaissent à cette époque, et vont justement favoriser la mise en place d’une syntaxe et d’un discours scientifique visant à la clarté. Rappelons-nous que quand nous lisons une équation, le signe « = » correspond à une forme verbale « égale », « est égal à », « vaut »... nous sommes dans de la langue et dans l’écriture ! Est-il possible de voir une influence de la révolution scientifique sur l’art de la narration à cette époque – une influence de la science sur la littérature ? Oui, bien sûr. Une foule de petits ouvrages circulent qui exposent, plus ou moins clairement, ce que l’on sait alors. Je pense par exemple aux Entretiens d’Ariste et Eugène [1671], du père Dominique Bouhours. On peut évoquer aussi le Spectacle de la Nature, de l’abbé Noël Antoine Pluche, au XVIIIe siècle. Des romans s’appuient sur une vision du monde. La mécanique des passions que nous montre Racine est directement nourrie des travaux de Port Royal(2), qui donnent naissance à une grammaire, à une logique, mais aussi aux traités mathématiques de Pascal. Une certaine façon de penser le monde influe sur la façon dont on voit l’homme et dont on raconte ses aventures. De même chez Madame de la Fayette. Si l’on ne jugeait de la valeur de Descartes que par son apport à la littérature, que retiendrait-on de lui ? Le Traité des passions de l’âme. C’est un ouvrage qui se veut scientifique : les mouvements du cœur dirigent nos sentiments. Pour Descartes, la conscience que nos passions relèvent de simples crispations cardiaques devrait nous amener à plus de sérénité (les recherches sur l’adrénaline ou les phéromones tiennent le même discours...). Mais surtout, Descartes fait une typologie extrêmement fine des passions et des sentiments qui nourrit une partie de la littérature – dont Mme de la Fayette, justement. Quels sont pour vous les grands « auteurs » scientifiques, ceux qui vous touchent le plus ? Marin Mersenne [1588-1648] : ses Questions inouyes ou Recreation des Sçavans restent un merveilleux outil de vulgarisation et de pensée mathématique. Et Alcuin [735-804] ; on oublie souvent que le maître de Charlemagne a été un vrai mathématicien. Il faut lire ses Propositiones, un bonheur…
2. Ancien couvent cistercien où l’on fonda plusieurs écoles connues pour la qualité de l’enseignement qu’on y donnait. Le nom de Port-Royal-des-Champs reste attaché à la théologie janséniste, qui fleurit au XVIIe siècle. Racine en fut l’élève, et Pascal prit sa défense contre les Jésuites. Mémoire et Rapport sur Victor de l’Aveyron
de Jean Itard Problèmes proposés par Alcuin (maître
de Charlemagne) ***
Décliner la science Mots-clés : lecture, école, réussite scolaire La lecture est un exercice difficile pour de nombreux élèves. Pour certains d’entre eux, ce n’est pas tant le b.a.-ba de la lecture qui est problématique mais la compréhension du texte. « Quand un élève me dit qu’il n’aime pas lire, je me pose des questions », explique Jean-Pierre Mercier, conseiller pédagogique à Québec. « Mais si un élève m’annonce qu’il n’est pas capable de lire les questions de son examen, je m’interroge encore plus », souligne-t-il. M. Mercier voue une grande passion à la lecture, mais ce qu’il aime encore plus, c’est d’en étudier les mécanismes. Lire pour apprendre « Un professeur me confiait récemment que ses étudiants n’étaient pas capables de lire les questions des examens, raconte M. Mercier. Les jeunes ne répondaient pas correctement aux questions posées. Ça m’a fait réfléchir. Si un jeune bute sur une question et tente de comprendre ce qu’il a à faire sans y parvenir, c’est peut-être qu’il ne comprend pas la tâche demandée. À la maison, je me suis amusé à tester différentes questions auprès de mes enfants. Par leur réaction spontanée, j’ai vite réalisé celles qui n’avaient pas de sens pour eux ! » Convaincu que les habiletés en lecture influencent largement la réussite scolaire, Jean-Pierre Mercier élabore, en 2005, le projet Lire pour apprendre. Conseiller pédagogique de français à la Commission scolaire de la Capitale à Québec, il rencontre des enseignants de diverses disciplines pour partager avec eux sa conviction que la lecture est fondamentale au développement des jeunes. Savez-vous faire un résumé ? Avec les enseignants, Jean-Pierre Mercier expérimente des méthodes concrètes pour mieux résoudre les problèmes de lecture des élèves. « Avant de demander à un élève de résumer un texte de six pages en dix lignes, il faut lui donner des trucs pour éviter qu’il ne bloque devant la page blanche. D’abord, il faut savoir si l’élève comprend vraiment ce qu’est un résumé. » M. Mercier encourage les professeurs à lire une fois le texte à voix haute à leurs élèves avant qu’ils ne le lisent seul. Il propose aussi aux élèves de souligner une vingtaine de phrases ou de mots-clés et de les retranscrire pour les adapter à leur façon. « Les jeunes seront capables de faire des résumés beaucoup plus facilement de cette façon. Ils auront compris la tâche et sauront comment l’accomplir. » Une richesse inestimable Le conseiller pédagogique propose aussi aux enseignants différentes manières d’aborder la lecture. « Pourquoi ne pas transformer les 15 minutes de lecture imposée chaque jour en un moment de joie ? Les professeurs et les parents devraient soumettre sans crainte à leurs élèves des textes forts qui les stimulent, des textes dramatiques qui soulèvent des enjeux éthiques, qui mettent en scène des personnages fabuleux ou des escrocs, des textes qui donnent un sens à la vie et leur donnent le goût de lire. » « Chien de Lisard » M. Mercier est convaincu que la lecture est essentielle à la réussite des élèves. « Ce sont ceux qui maîtrisent l’écrit et la parole qui contrôlent vraiment le monde », estime-t-il. À cet égard, il salue l’initiative « Chien de Lisard », un manifeste en ligne sur Internet qui invite les lecteurs à déclamer haut et fort leur amour du livre sur toutes les tribunes locales, régionales, nationales et internationales, par des projets, des écrits, des événements et des partages. « Chien de Lisard est un manifeste extraordinaire qui nous explique pourquoi lire est un véritable droit ! Chacun devrait s’approprier le droit de lire. Je parle beaucoup de ce manifeste aux gens que je rencontre. Je le remets aux enseignants, je propose de l’afficher dans les classes. Il existe même un club de lecture Chien de Lisard à la bibliothèque Gabrielle-Roy à Québec où de nombreux enfants se rencontrent pour parler de leurs lectures ! » Si l’on veut inculquer le vrai goût de lire aux jeunes, il faut, d’abord et avant tout, comprendre vraiment ce qu’est la lecture estime Jean-Pierre Mercier. « La lecture, sur le plan étymologique vient du mot lego qui veut dire lier. Lire, c’est lier des éléments de sens dans un texte et lier des éléments de sens entre les textes. Mais c’est aussi et surtout lier un texte et un lecteur, lier des gens qui échangent des livres et lier des gens qui échangent des commentaires sur des livres… »
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Lectures Mots-clés : lecture, été, science La science n’est pas incompatible avec la chaleur et les vacances. Notre complice, Jean-François Chassay, professeur au département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal, nous suggère quelques lectures estivales. Voici ses 10 coups de cœur, parmi 100 autres, d’ouvrages volontairement variés, pour montrer que la science s’immisce partout en littérature. Pierre Billon, L’enfant du
cinquième Nord Nicole Brossard, Le Désert
mauve William Boyd, Brazzaville Plage Dino Buzzati, Rendez-vous avec Einstein
dans Toutes ses nouvelles, Tome 1 Daniele del Giudice, Atlas occidental Jean Echenoz, Le méridien
de Greenwich Louis-Philippe Hébert, La manufacture
de machines Alan Lightman, Quand Einstein rêvait Lydia Millet, Oh Pure and Radiant
Heart Jacques Neirynck, La mort de Pierre
Curie ***
Lectures Mots-clés : lecture, apnée, livre Lire à la folie. Sombrer dans la lecture. Oublier les heures, les jours et les nuits. Lire à en perdre haleine. Et si c’était vrai… Si l’on pouvait réellement plonger en apnée dans les livres. Pluie de Science a rencontré François Parent, entraîneur, conseiller de lecture en apnée et président de la Fédération Internationale de Lecture en Apnée (FILA). Piquons une tête avec lui au pays de l’imaginaire… Bonjour M. Parent. Vous êtes entraîneur et conseiller de lecture en apnée. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ? La lecture en apnée, c’est lire sans respirer. C’est lire à en perdre haleine, en un seul souffle. Pour cela, il faut un très bon livre ! On parle de la création d’une Fédération internationale de lecture en apnée. Il y a donc des rencontres et des compétitions ? Oui. La Fédération internationale de lecture en apnée (FILA), créée la semaine dernière, compte actuellement 1960 membres. C’est une discipline qui ne figure pas encore aux Jeux Olympiques. Mais nous avons un championnat mondial. Il existe un championnat du monde ? Oui bien sûr. La FILA réunira tous les cinq ans et demi les meilleurs lecteurs en apnée. La date, le lieu et l’heure de la prochaine compétition restent secrets afin d‘éviter que certains athlètes, ayant des commanditaires richissimes, n’aillent s’y entraîner. Ce sera quelque part entre deux continents ou deux océans ! Qui peut participer ? Les lecteurs en apnée de tous les pays, de tous les âges et de toutes les couches sociales. Ils ont tous un point commun : l’amour de la lecture. Quelles sont les épreuves ? Il existe trois principales épreuves : la lecture avec livre imposé, la lecture libre et la lecture en apnée par équipe. Pour l’épreuve en équipe, les concurrents doivent se soumettre à la lecture en chaîne, la lecture simultanée, la lecture statique, c’est-à-dire la lecture d’une seule page en continu sans bouger et la lecture synchronisée composée de mouvements libres ou imposés, avec ou sans accessoire. Y a-t-il une épreuve phare ? Pas tout à fait, plutôt des épreuves reines comme la lecture sprint et la lecture marathon qui comprend la lecture de 42,195 livres. Comment se déroulera la compétition ? Une équipe de lecteurs en apnée est composée de cinq concurrents. Ceux-ci doivent se placer en demi-lune. La lecture en chaîne commence toujours par le plus jeune de la formation. Trois générations doivent être représentées. Les athlètes n’ont pas le droit de parler pendant l’épreuve. Seuls les signes, les gestes et les mimiques seront acceptés. Les signaux de fumée seront strictement interdits. Un seul livre peut être utilisé. Il doit être composé de 250 pages et de 20 chapitres tapés en « Comic Sans MS 14 » avec 1,5 d’interlignes. La couverture du livre doit être glacée et la reliure de type allemande. L’intervention de l’entraîneur est autorisée seulement entre la fin du 9e et le début du 10e chapitre. Chaque lecteur a droit à une demi-bouteille d’oxygène de 14cl par épreuve. Il doit signaler à son entraîneur son désir d’en respirer en faisant un cercle avec son pouce et son index. La compétition se déroulera sous la haute surveillance d’un jury composé de quatre officiels : un physiologiste spécialiste de l’apnée, un lecteur professionnel, un chronométreur ainsi qu’un arbitre de la diction et de la phonétique. Pour aider nos lecteurs à imaginer l’ambiance, pouvez-vous nous la décrire ? Des gens venus de tous les coins du monde se rassembleront pour ce grand événement. À l’extérieur du stade, au «Village des saveurs », on pourra déguster une salade de feuilles de documentaires, goûter aux canapés de caviar romanesque, siroter un nectar de proses, happer une tasse d’onomatopées avec un nuage de fantaisie ou croquer dans un cornet de mots d’amour. Le « Village des inventions » permettra au public de découvrir quelques nouveautés : des livres imprimés en fluorescent pour lire la nuit, des livres à caractères gras pour les gourmands de lecture, des livres avec rétroviseurs pour revenir en arrière dans l’histoire, des jumelles de lecture pour ceux qui veulent découvrir la fin de l’histoire avant de terminer leur livre, des livres automatiques qui se lisent tout seul, des livres volants qui permettent de lire en voiture sans être malade et des livres avec micros et hauts parleurs intégrés pour la lecture à haute voix. Le stade sera situé à 7 000 mètres au-dessus du niveau de la mer ! À cette altitude, les spectateurs devront porter des masques à oxygène. Des bombonnes d’oxygène à de multiples saveurs seront offertes : Cordillères des Andes aux amandes, Rocheuses d’Alaska au chocolat, monts Chic Chocs à la bergamote, montagnes de Manille à la vanille, calotte glaciaire au frigidaire. L’architecture du stade sera en forme de gamelle renversée. Un grand écran suspendu au centre permettra aux spectateurs de suivre tous les détails de la course. Les spectateurs seront munis d’un casque audio branché sur un émetteur qui leur permettra de suivre les athlètes lecteurs individuellement ou simultanément. Vous nous mettez en haleine. Allez, Monsieur Parent, en exclusivité pour nos lecteurs, à quand le prochain championnat ? La date restera secrète jusqu’au moment opportun. Mais je peux vous dire que cela se passera à quelques centaines de mètres de Trois-Pistoles, à quelques centaines de mètres en altitude bien sûr…
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Dossier thématique : Spécial « Mammifères marins » Un producteur du Kaléidoscope
nous éclaire : Exploramer Mots-clés : fleuve Saint-Laurent, Exploramer, biologie, baleines, crustacés À Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, le musée scientifique Exploramer invite les jeunes à découvrir le fleuve Saint-Laurent. Les animateurs du musée leur proposent différentes activités pour apprivoiser les créatures qui y vivent. Partons à la découverte du principal élément naturel de la région ! Située aux frontières du golfe et de l’estuaire, la région gaspésienne vit au diapason du Saint-Laurent. Le complexe Exploramer, installé à deux pas de l’embouchure du fleuve, offre plusieurs activités pour sensibiliser les enfants aux trésors de la vie marine. L’équipe a mis sur pied un programme pédagogique adapté aux élèves du primaire et du secondaire pour leur enseigner la biodiversité du fleuve. « C’est l’âge idéal pour leur faire découvrir le monde marin », affirme Patricia Côté, biologiste. Plonger les 2 pieds sur terre Aux plus petits, Exploramer propose une « Plongée en eau froide ». Les enfants trempent leurs petites mains dans des aquariums et manipulent plusieurs espèces de crustacés, de mollusques, d’échinodermes et de cnidaires. « Les bassins tactiles sont très populaires. Ils permettent la découverte concrète des espèces », note Patricia Côté. À la fin de la visite, les jeunes reconnaîtront plusieurs espèces de crustacés. Ils sauront que les concombres vivent aussi dans la mer et qu’une anémone est un animal et non une plante ! La pêche scientifique Exploramer propose aussi aux jeunes de devenir « Pêcheur d’un jour ». Sur le « JV Exploramer », un zodiac couvert pouvant recevoir jusqu’à 18 passagers, les élèves s’embarquent en compagnie de leur professeur pour une heure d’aventure. Quand les vents sont trop forts et les vagues violentes, le bateau reste amarré. Mais la pluie n’arrête pas les moussaillons. Drapés dans de grands imperméables jaunes, ils s’amusent comme des fous. Les jeunes apprennent à lever des casiers de pêcheurs. Trois types d’espèces sont au menu : des crabes des neiges, des bigorneaux et des crabes tourteaux ou crabes des roches, qui vivent respectivement à 200 m, 80 m et 10 m sous la surface. Parfois les casiers, surtout ceux des bigorneaux renferment quelques surprises comme des oursins ou des framboises de mer, un corail mou, ce qui permet aux apprentis pêcheurs de faire connaissance avec de nouvelles créatures. « C’est de l’interprétation interactive puisque les élèves peuvent manipuler les espèces », mentionne Mme Côté. En visualisant et en touchant, les enfants apprennent à distinguer un mâle d’une femelle, sont initiés aux secrets de la reproduction, à l’habitat des espèces et à la complexité de la chaîne alimentaire. Quand la pêche est terminée, les jeunes procèdent eux-mêmes à la remise en liberté des espèces étudiées. Comment ? Tout simplement en les jetant délicatement par-dessus bord ! « Les enfants reviennent tellement emballés que certains d’entre eux conservent parfois le squelette d’un poisson en guise de souvenir », confie la biologiste dans un sourire. Les aventuriers du trésor perdu D’autres activités sont offertes au musée scientifique. Une pièce de théâtre intitulée Le secret des baleines invite les enfants costumés en organismes marins à découvrir comment la baleine, qui est pourtant un mammifère, parvient à vivre sous l’eau. Le rallye de la mer convie les jeunes à découvrir le trésor du célèbre Capitaine Cook. Munis du journal de bord du capitaine, les participants essaient de trouver l’emplacement du trésor en cherchant des indices parmi les différentes expositions en cours. Une véritable chasse aux trésors sur la plage est aussi proposée à marée basse en compagnie d’un animateur. Les jeunes partent à la recherche de petits animaux, de coquilles vides, d’algues et d’autres merveilles. C’est l’occasion idéale pour l’animateur de renseigner le groupe sur les organismes marins trouvés et leur mode de vie. Enfin, tous ces trésors serviront à la création d’une activité artistique : la confection d’une œuvre d’art maritime. Une « Explo-Mer » sur mesure Pour les élèves plus vieux, Exploramer offre la possibilité de participer au concours « Explo-Mer ». Ce projet tire son inspiration de l’Expo-Science. « Nous sommes en voie d’obtenir notre accréditation du ministère de l’Éducation », lance fièrement Sandra Gauthier, la directrice générale d’Exploramer. Le concours s’inscrit dans le cadre du cours de sciences et technologies. Les participants choisissent un organisme scientifique et doivent répondre à une problématique. « Cette année, pour une seconde année consécutive, la problématique est : Comment les changements climatiques risquent d’influencer votre espèce ? », précise Mme Gauthier. La biologiste, Patricia Côté, visite les jeunes deux fois en classe pour les aider à orienter leurs recherches et demeure disponible par courriel tout au long du processus. « Il arrive parfois que l’intérêt des jeunes dépasse le cadre scolaire et qu’ils restent en contact avec moi bien après la fin du projet », confie-t-elle. « Après de telles expériences, les jeunes voient le Saint-Laurent d’un nouvel œil, affirme Sandra Gauthier. Ils adoptent des habitudes plus écologiques et influencent souvent leur entourage. » Une belle réussite !
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Dossier thématique : Spécial
« Mammifères marins » Les sacs plastiques flottent,
la faune marine trinque Tout sur les cétacés !
Licorne des glaces :
l’expédition narval Des enfants parlent des
dauphins Le Béluga :
une espèce en péril Reproduction des baleines
à bosse en Nouvelle Calédonie La Cité de la mer de Cherbourg Le Centre de Recherche sur les Mammifères
Marins de La Rochelle Le Groupe d’Etude des Cétacés
du Cotentin et des Mammifères Marins de la Mer de la Manche Des baleines à Tahiti Petit guide animé des baleines
du Saint-Laurent La chasse aux mammifères marins
du Canada atlantique Une baleine dans la Tamise ***
Dossier thématique : Spécial
« Mammifères marins » Nos complices du Réseau BIBLIO de la Côte-Nord nous ont concocté une sélection d’ouvrages pour pousser plus loin votre exploration du monde marin…
PONSONBY, David, et Georges Dussart, Les créatures de la mer, traduction-adaptation, Valérie Feugeas, Paris : Marabout, ©2006. DELALANDRE, Benoît, À la mer, Paris : Larousse, ©2006. OUELLET, Marie-Claude, Fabuleuses baleines et autres mammifères marins du Québec, Montréal : Éditions de l’Homme, ©2002. BOSSUS, Nathalie, Une journée dans l’île, illustrations, Larissa Mayorova, Paris : Gamma ; Montréal : École active, ©2005. CONLAN, Kathy, Sous la glace : le récit d’une biologiste de la vie marine, texte français, le Groupe Syntagme, Markham, Ont. : Scholastic, ©2004. SYLVESTRE, Jean-Pierre, Les seigneurs de la mer : mammifères marins du monde, Montréal : Éditions de l’Homme, ©2006. LANGROGNET, Michel, Thomas Dartige et Eric Pierrat, Dauphins et autres cétacés, traduction de Sylvie Deraime, Saint-Laurent : ERPI, ©2006. LEFÈVRE, Yves et Florence Plagnes Lefèvre, Petite baleine, Barbizon : Pôles d’images, ©2004. DIPPER, Frances, Au fond des océans : un monde à explorer, traduction de Alice Dozance, Paris : Gallimard Jeunesse, ©2003. KALMAN, Bobbie et Jacqueline Langille, Les mammifères marins, traduction de Paul Rivard, Mont-Royal : Banjo, ©2003. FABBRI, Fabrizio, L’océan en danger, avec la collaboration de Greenpeace, édition et adaptation du texte français : Jean-Noël Von der Weid, Paris : Delagrave, ©2005. HUTCHINSON, Stephen et Lawrence E. Hawkins, Mers et océans : guide visuel, traduction de Hélène Plateaux et Delphine Nègre, Bagneux, Montréal : Sélection du Reader’s Digest, ©2005. DE PANAFIEU, Jean-Baptiste, Planète mer, Paris : Gallimard Jeunesse, ©2004. HARRIS, Nicholas et Claire Aston, Le livre des fonds marins, illustrations de Elisabetta Ferrero, Mariano Valsesia et Gary Hincks, Saint-Lambert : Héritage, ©2002. PLISSON, Philip, La mer au jour le jour, légendes rédigées par Sophie Furlaud, Anne Jankéliowitch et Sandrine Pierrefeu, : Éditions de La Martinière, ©2003. À lire et à relire, un incontournable... DAIGLE, Evelyne, Tant qu’il y aura des baleines...,
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Dossier thématique : Spécial
« Mammifères marins » Porte ouverte sur Kaléidoscope : Mille et un outils sur les mammifères marins Baleines à bosse, loups de mer, bélugas...
La mer recèle de fascinants animaux au sang chaud qui touchent
nos imaginaires et nos coeurs. Kaléidoscope vous présente
une foule d’outils et de services qui vous accompagneront dans votre
plongée sous les océans. ***
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