| Pluie de science La physique mise en scène Il y a huit ans, un professeur de physique du Collège François-Xavier-Garneau, à Québec, obtenait un million de dollars pour transformer un ancien gymnase en quelque chose de tout à fait nouveau : un terrain de jeux nouveau genre, réservé à la découverte et à la gymnastique… intellectuelle! Ainsi naissait, au printemps 1998, le Centre de démonstration en sciences physiques (CDSP). Sièges en gradins, scène circulaire pivotante, système de projection… Dans cet amphithéâtre multimédia, le professeur Yvon Fortin a tout ce qu’il faut pour animer les « conférences-démonstrations » scientifiques qui font sa renommée. « J’essaie de présenter des phénomènes courants sous un nouvel angle », explique M. Fortin, qui est à la fois le fondateur et le principal animateur du CDSP. La science en spectacle À l’aide de montages étonnants, entièrement fabriqués sur place, il réalise une foule d’expériences qui permettent au public d’observer directement toutes sortes de phénomènes physiques. Pour démontrer la période d’oscillation, les forces et l’accélération, par exemple, un spectateur sera suspendu au plafond pour devenir pendule humain. Les spectateurs peuvent aussi suivre aisément les manipulations plus fines sur l’écran géant, par caméra interposée. « L’idée, c’est de rendre la nature accessible à l’œil et aux sens », dit Robert Plamondon, le directeur du CDSP. Après Main basse sur le son l’an dernier, le Centre présente Main basse sur la lumière aux groupes du secondaire. Il a fallu des mois de travail pour monter la présentation : non seulement pour produire les montages, mais aussi pour créer le scénario et la mise en scène, afin que le tout soit cohérent. « On peut dire que c’est la science en spectacle, concède Robert Plamondon, mais ce n’est pas un show de science. Tout est très rigoureux, les conférences sont très bien documentées. » Attention, toutefois : les conférences du CDSP ne pourront jamais remplacer l’enseignement traditionnel. « Nous offrons un complément à ce qui se fait en classe », insiste M. Plamondon. « Dans Main basse sur la lumière, on ne fait pas un cours d’optique, renchérit Yvon Fortin. On va plutôt montrer l’intérêt de comprendre l’optique. » Cela se fait notamment en démystifiant la technologie, souligne M. Plamondon. « On s’arrête souvent à l’outil sans comprendre le phénomène qui est derrière. Or, la plupart des principes que nous utilisons dans les gadgets actuels ont des centaines d’années d’histoire! » Raconter l’histoire des sciences Cet aspect historique est au cœur des présentations d’Yvon Fortin. « À l’école, on enseigne les théories acceptées, mais pas le chemin qui a été parcouru pour y arriver, constate-t-il. Mais c’est normal : avec les exigences du programme, les profs n’ont pas le temps. » Au CDSP, justement, on a le temps. Dans Main basse sur la lumière, on consacre donc une vingtaine de minutes à reproduire, à l’aide de prismes et de lentilles, les expériences d’Isaac Newton. Le public ressent lui-même l’émerveillement du chercheur au moment où il découvre que toutes les couleurs de l’arc-en-ciel se cachent dans la lumière blanche. « Ça permet de montrer aux jeunes tout le plaisir qu’on peut ressentir à relever des défis en science », se réjouit Yvon Fortin. Selon le pédagogue, cette approche est beaucoup plus susceptible d’attirer les jeunes vers des carrières scientifiques que si nous leur parlons constamment de développement économique et de « carrières d’avenir ». « On insiste beaucoup trop selon moi sur le caractère héroïque des scientifiques qui créent des technologies pour améliorer le sort du monde. Mais ce n’est pas là-dedans qu’on se réalise. Une fois qu’on a trouvé une solution au problème, on s’attaque au prochain. C’est comme les alpinistes qui vont de montagne en montagne. Ce qu’ils aiment, c’est grimper. » Un projet qui remonte à loin Yvon Fortin a imaginé le CDSP pour la première fois en 1986. Il lui a fallu une douzaine d’années de démarches avant d’obtenir les ressources nécessaires pour le mettre sur pied. Pendant ce temps, il en a profité pour créer des montages et perfectionner son approche. Festivals scientifiques, congrès professionnels, événements spéciaux, il s’est exercé à de multiples occasions. « Je pensais bien que ça marcherait, mais il fallait tester le concept », raconte-t-il. La démarche a été concluante. Élèves, touristes, travailleurs, son approche séduit tous les publics. Le secret? Faire appel à l’intelligence des gens. « De nos jours, à l’école, nous incitons beaucoup les jeunes à poser des questions. Moi, je les incite à SE poser des questions et à trouver eux-mêmes les réponses. Mon but n’est pas d’étaler mes propres connaissances, c’est que le public puisse suivre, sans se sentir exclu. Évidemment, après, les gens ne sont pas nécessairement capables de tout expliquer, mais au moins, ils savent que les notions sont à leur portée. » Des applications bien concrètes Faire le pont entre les sciences physiques et leurs applications, montrer que la science est partout, c’est la passion d’Yvon Fortin. Ce pédagogue hors pair se fait donc un point d’honneur de collaborer régulièrement avec les enseignants des autres départements, qu’il s’agisse de mettre en scène la caverne de Platon pour le cours de philosophie, d’illustrer différents principes sur la lumière pour les étudiants d’art et de cinéma ou de démontrer l’importance de l’éclairage sur la perception des couleurs aux étudiants en design d’intérieur. Et même les étudiants en sciences sont parfois étonnés... « Le jeune médecin qui me dit ne pas avoir besoin de son cours de physique ne réalise pas que la pression artérielle est un concept basé sur la physique. » Et comment faire passer un électrocardiogramme à un patient sans l’oscilloscope qui mesure les impulsions électriques du cœur? « Notre prochaine cible, c’est le grand public, déclare Robert Plamondon. Nous espérons débuter une série de grandes conférences dès l’an prochain, afin de développer la compréhension et l’esprit critique du public à l’égard des enjeux scientifiques. » Si on se fie au succès remporté jusqu’à maintenant par l’équipe du CDSP, les gens de la capitale ont de quoi se réjouir!
Reportage sur Yvon Fortin à l’émission
Découverte : Le CDSP et les profs du primaire : http://www.sciencepourtous.qc.ca/bulletin/2002/77/article2.html
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