Une fois par mois, Élizabeth Markakis, infirmière d’expérience, se rend au Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain (CRIR) où elle siège au comité d’éthique de la recherche. Ce comité évalue les recherches effectuées sur des sujets humains, dans le cadre, notamment, d’études sur des traumatismes ou encore de tests pour de nouvelles prothèses. Des recherches bien innocentes, comparées aux travaux impliquant des clones ou des embryons congelés? Loin s’en faut. Comme dans tous les projets de recherche exposant des humains, des balises d’ordre éthique sont indispensables pour éviter tout dérapage.

Bon an mal an, une soixantaine de projets de recherche sont passés sous la loupe du comité. Ils visent surtout des patients ayant subi des troubles crâniens, ayant une mobilité réduite ou encore des personnes sujettes à des troubles de la vision, de l’audition ou du langage.

Le comité de quinze membres est composé, entre autres, d’un avocat, d’un éthicien, de médecins et de représentants universitaires. Pour sa part, Élizabeth Markakis est la représentante du public. Elle joue un rôle important, puisque aucun projet ne peut aller de l’avant sans son approbation.

 
 

Oui, je le veux, mais à condition que…

Les personnes qui participent à des recherches cliniques doivent signer un formulaire de consentement qui contient pratiquement les mêmes informations, quant aux attentes à l’égard des patients, que le protocole de recherche utilisé par les chercheurs.

Les membres du comité d’éthique scrutent les protocoles en pensant à la protection des participants, et chacun analyse la situation avec des lunettes différentes. « Moi, je tente toujours de me mettre dans la peau du patient en me demandant comment je me sentirais si je participais à telle recherche », raconte Élizabeth Markakis.

« Le comité demande parfois aux chercheurs d’indiquer tous les inconvénients potentiels liés à la participation à l’étude afin que le sujet sache à quoi s’attendre », précise-t-elle. Par exemple, la fatigue peut devenir un inconvénient pour une personne handicapée qui, pour faire « avancer la Science », s’engage à répéter souvent le même exercice physique. « Après un certain temps, le participant aura besoin d’une pause... Ce détail important doit être inscrit dans le formulaire de consentement. »

Autre exemple : grâce au comité d’éthique du CRIR, les personnes qui ont subi un traumatisme, comme un ACV, et qui participent à des études sur le sujet, sont maintenant formellement averties des risques psychologiques encourus quand ils remplissent un questionnaire ou participent à une entrevue sur cet événement perturbant. Revivre l’expérience peut être douloureux… et il faut prévoir des ressources dans ce cas.

Sensibiliser aussi les scientifiques

Fait intéressant, l’arrivée du comité d’éthique au CRIR a eu un impact direct sur les pratiques des chercheurs. « Au début, il y avait beaucoup de modifications à apporter aux protocoles de recherche. Mais maintenant, nous n’avons presque plus rien à dire. Ils apprennent grâce à nos commentaires, qui justifient nos demandes et recommandations », note madame Markakis.

 
En plus de protéger les participants à la recherche, le comité joue donc un rôle de sensibilisation auprès des scientifiques : il n’est pas perçu comme une barrière à l’avancement de la science, mais bien comme un « conseiller » avec lequel un dialogue fécond s’installe.
 

Pour sa contribution, soit le temps consacré à l’étude des protocoles de recherche et aux réunions, Élizabeth Markakis reçoit une compensation financière minimum. Mais elle se dit plutôt motivée par les répercussions positives de la recherche et par l’amélioration de la qualité de vie des patients. Les participants, quant à eux, reçoivent une allocation d’une cinquantaine de dollars pour le transport et les repas. « Mais la participation à la recherche ne doit pas être motivée par l’argent : ce ne serait pas une pratique éthique… », conclut-elle.

Au Québec, une soixantaine de comités d’éthique constituent les « chiens de garde » de la recherche sur les sujets humains. Tous font une place à un représentant du public. Une autre manière d’influencer, à son échelle, la science en action…


Charles Désy

Collaboration spéciale

 



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