Pluie de science
Numéro 23, Septembre 2006

Dossier thématique – L’agriculture : de la biologique aux technologies
Apprendre à la ferme

Ce qui frappe en arrivant à la Ferme pédagogique Marichel, à Ste-Agathe-de-Lotbinière, ce n’est pas tant le charme paisible de l’endroit que les yeux lumineux des gens. C’est certain, vivre en harmonie avec les plantes et les animaux procure une joie contagieuse. Si, en plus, un séjour parmi les poules et les moutons permet de combler l’ignorance grandissante des plus jeunes à l’égard de leur alimentation, – non, les hamburgers ne poussent pas dans les congélateurs! – alors la mission pédagogique est magnifiquement remplie.

« Les gens de la ville n’ont plus la chance d’aller à la ferme, parce qu’il y en a moins et qu’elles sont devenues grosses. Ce n’est plus comme à l’époque où l’on avait toujours un oncle à la campagne chez qui on passait quelques jours en été. » Marielle Martineau, agricultrice et propriétaire de la ferme pédagogique Marichel, explique que les enfants ne savent plus d’où vient ce qu’ils mangent. Ils le redécouvrent ici, tout en se frottant à des notions scientifiques bien réelles qui n’ont rien à envier à celles acquises derrière un bureau.

Agriculture scientifique

« L’écologie et les rapports entre l’humain et son environnement sont les principaux thèmes mis de l’avant à la ferme », explique le directeur général Alain Massé, un biologiste ayant une maîtrise en éducation à l’environnement. Tout en prenant soin des bêtes ou en désherbant le jardin, les enfants acquièrent toutes sortes d’informations sur le comportement des animaux et sur certaines pratiques agricoles.

Par exemple, apprendre que la doryphore, la « bibitte à patate », mange spécifiquement les feuilles des plants de pomme de terre parce qu’elle y trouve un élément essentiel au développement de ses œufs. Puisque la ferme fait uniquement de l’agriculture biologique, aucun insecticide ou pesticide n’est utilisé : les enfants s’amusent donc à reconnaître les œufs et les doryphores adultes pour ensuite les retirer des feuilles des plantes.

Mais d’où vient donc ce légume?

La ferme Marichel reçoit les gens toute l’année. On y vient avec l’école en classe-nature, avec la famille ou en camp d’été, en séjour d’un à douze jours, et les horaires et les activités s’adaptent selon les visiteurs. Par exemple, une classe de l’école primaire Fernand-Seguin de Québec est venue y approfondir ses connaissances sur les insectes. Les enfants y ont notamment appris qu’il existe un moyen biologique de contrôler les insectes piqueurs, la bactérie Bacillus thurigiensis, qui contient une protéine cristallisée affectant l’estomac des moustiques et les rendant incapables de digérer le sang de leurs proies.

Un séjour à la ferme permet aussi un contact privilégié avec des animaux aucunement effarouchés par les petites menottes qui s’avancent vers eux. Les jeunes apprennent également ce qu’est le travail de l’agriculteur et comprennent ainsi qu’un brocoli, ça n’atterrit pas tout seul au supermarché. Plusieurs d’entre eux, surtout les petits, ne savent pas d’où viennent les œufs, à quoi ressemblent les légumes avant d’être emballés, ou n’ont pas conscience de quel animal provient la viande qu’ils mangent.

« Les enfants sont toujours émerveillés de cueillir des légumes dans le jardin et de les manger ensuite au repas », explique Maria Lauzé, la chef de camp. Cette enseignante au primaire de 24 ans coordonne les activités et forme les moniteurs pour l’été. Elle s’assure qu’ils possèdent les informations nécessaires sur les animaux, les soins à leur accorder, l’agriculture etc. Ceux qui s’engagent à vivre sur la ferme à temps plein pendant l’été sont pour la plupart des diplômés universitaires dans les domaines de l’éducation, de l’éducation relative à l’environnement et de l’agronomie. Ils viennent d’horizons divers, mais tous sont impliqués dans la protection de l’environnement et passionnés par l’agriculture.

De la parole aux actes

À la ferme Marichel, on ne fait pas que montrer des principes : on les vit. Par exemple, la nourriture biologique servie aux visiteurs est préparée avec les ressources de la ferme ou des produits locaux ou équitables. Une occasion de leur expliquer comment faire pousser des légumes sans produits chimiques. De plus, chaque été, les enfants sont invités à prendre un engagement moral envers une cause particulière. En 2005, par exemple, on a élaboré des activités et donné des informations sur les changements climatiques.

Autre indice que la ferme vit selon ses convictions : elle est reconnue comme Établissement Vert Brundtland, un mouvement qui salue les établissements scolaires où l'on « agit localement tout en pensant globalement » et qui contribuent à créer un monde « écologique, pacifique, solidaire et démocratique ».

En un mot, en plus de s’y instruire, on y mange bien et on y participe à sa manière au développement durable. Voilà ce qui arrive quand culture scientifique et agriculture se rencontrent autour d’un potager…


Mélanie Robitaille

Collaboration spéciale


La pédagogique ferme Marichel : http://www.spst.org/servlet/FicheProducteur?producteurs_id=531

Si vous voulez en savoir plus sur le Doryphore de la pomme de terre, le Dr Laurent LeSage d’Agriculture Canada vous suggère les ressources suivantes:
http://www.gnb.ca/0029/00290010-f.asp
http://res2.agr.ca/fredericton/stud/3500/biocpb_f.htm
http://res2.agr.ca/research-recherche/ann-dir/2x5x6_f.html
http://www.organicagcentre.ca/ResearchDatabase/res_alt_pest_cpb_f.html

À lire également sur les insectes de nos jardins, utiles ou nuisibles : Les insectes de nos jardins par Stéphanie Boucher, Broquet, 2006.

 

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