Pluie de science
Numéro 23, Septembre 2006

www.spst.org/pluiedescience/0906

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Éditorial
L’éthique avec un grand « i »

Croyez-le ou non, cette année, c’est l’Année du « i ». Les déserts, l’eau, les mathématiques et la physique ont tous eu leur Année internationale. Les Chiens et les Dragons aussi. Aujourd’hui, place au « i »!

« i » comme dans « imaginer », « questionner », « découvrir », « déconstruire »… « i » comme dans Les Innovateurs à l’école, La Science se Livre, Kaléidoscope, Pluie de science

« i » comme dans « anniversaire ». Il y a 25 ans cette année, une bande de joyeux rêveurs eut l’idée d’expérimenter une nouvelle recette : introduire dans un laboratoire une poignée de citoyens curieux, assaisonner de chercheurs compétents et avides de raconter leur métier, laisser mijoter… Le mélange prit : la Semaine des sciences était née. Ce rendez-vous annuel, maintes fois renommé et repensé par la suite, donna finalement naissance à la SPST qui, depuis bientôt 15 ans, poursuit son périple dans les méandres des idées et de l’innovation. Mais ça c’est une autre histoire. Nous vous la raconterons un autre jour.

Pour l’heure, nous allumons notre première chandelle d’anniversaire en forme de « i » avec ce numéro spécial de Pluie de science consacré à l’éthique, un nouveau terrain de rencontre fertile entre la science et la société civile. Au programme : une pièce de théâtre sur les enjeux éthiques de la génomique, une rencontre avec Jacques Salomon, ancien responsable de la politique de la science à l’OCDE, un détour du côté des comités d’éthique dans les organismes de recherche et une incursion dans l’univers de la biométrie.

Ce dossier spécial « éthique » se poursuivra en filigrane jusque dans notre dossier thématique qui est consacré ce mois-ci à l’agriculture, un domaine qui, plus que tous les autres, cristallise bien les enjeux de société découlant de la mainmise de l’Homo technicus sur son environnement.

Côté actualités, nous irons observer comment les tout-petits se frottent à la science à la bibliothèque Gabrielle-Roy de Québec. Une manière de former les futurs citoyens à la pensée critique? Sans doute. Mais, surtout, de s’amuser…

Enfin, même si l’Année du « i » est officiellement proclamée, nous laisserons une large place à la plus sérieuse Année internationale des déserts et de la désertification en vous faisant découvrir une initiative marocaine qui prouve que la médiation scientifique fleurit admirablement au soleil : le souk des sciences.

Bonne lecture et bonne Année du « i »!

Sans lui, Pluie de science n’a plus de sens…


Anne Fleischman

Rédactrice en chef

af@spst.org

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Scientifiques, vos papiers! (Dossier spécial éthique)
À quand une science vraiment citoyenne?

Les bars de sciences, blogs scientifiques et autres forums « science et société » sont autant d’occasion pour se frotter en direct avec les personnes qui font avancer la science au quotidien. Mais qu’en est-il de rendre la science, elle-même, plus « citoyenne »? Une idée qui fait son chemin au Québec et ailleurs, laissant émerger, ici et là, quelques initiatives. Mais pas assez, selon Jean-Jacques Salomon, ancien responsable de la politique de la science à l’OCDE et professeur au Conservatoire national des arts et des métiers en France.

« Nous pouvons plus que nous savons », résume-t-il pour dire les dangers que pourraient représenter certaines avancées scientifiques et leurs applications. Invité récemment par l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, l’homme cite en exemple les organismes génétiquement modifiés, le clonage et bientôt les nanotechnologies pour illustrer les risques que pose la recherche. Dans le cas des nanotechnologies, domaine de pointe aux applications multiples, des milliards sont investis en développement. « Et pourtant, personne ne sait encore comment en réguler l’usage… »

L’auteur de nombreux ouvrages sur la science et la société dont Le scientifique et le guerrier (Belin, 2001) constate que les valeurs d’objectivité, de neutralité, et d’indépendance morale et politique, n’ont plus cours chez le scientifique d’aujourd’hui. Et il ne mâche pas ses mots. « Ces valeurs sont de plus en plus brouillées par les intérêts économiques et la dépendance incontestable de l’institution scientifique et de ses chercheurs à l’égard des états-majors et des conseils d’administration privés. »

Jean-Jacques Salomon pousse plus loin sa réflexion en proposant les conditions d’une science pleinement citoyenne. D’une part, le citoyen doit faire partie de dispositifs permettant d’évaluer les répercussions des découvertes et des applications des sciences. « Mais on en est encore loin », souligne-t-il. D’autre part, il faut que les chercheurs reconnaissent que leurs activités ne sont plus neutres et qu’ils apprennent, durant leur formation et dans la pratique, à ne plus porter ces œillères qui ont magnifié leur profession à une autre époque.

Une voix au chapitre

Bien qu’encore marginales, différentes initiatives émergent pour donner une voix à la société civile face aux avancées des sciences et technologies. En février 2005 se tenait la première conférence citoyenne au Québec. Le Groupe de recherche en bioéthique de l’Université de Montréal y invitait quatorze citoyens bien informés à questionner un panel d’experts sur les enjeux de la génomique. Le but de cet exercice était d’impliquer des citoyens dans un large débat – qui se déroule essentiellement entre experts – et de préparer un document d’information à l’intention des médias et du grand public. L’objectif ultime : arriver à formuler une série de recommandations qui seront transmises aux pouvoirs publics concernés.

Puis, en avril dernier, c’était au tour de l’Institut du nouveau monde, un jeune organisme voué à l’animation des débats au Québec, de convier citoyens et experts à une conférence citoyenne. Le thème était cette fois-ci la biométrie, ces systèmes d’identification des individus basés sur la reconnaissance de paramètres corporels (iris, empreintes digitales, etc.).

Le principe de la conférence citoyenne a été emprunté au Danemark. Depuis 1980, certains de ces événements ont influencé les décisions du gouvernement danois et ont même eu un impact sur certains règlements. Il faut dire que les conférences citoyennes danoises jouissent d’une pleine légitimité, ce qui n’est pas encore le cas au Québec.

Autre initiative digne de mention : les Alliances de recherche universités-communautés. Il s’agit d’un programme canadien de subventions créé en 1999 qui permet aux communautés de mener une recherche avec une université sur des problématiques variées. Ces recherches prennent leur source dans les préoccupations des citoyens et représentent, en ce sens, une forme de science citoyenne.

Science consciente

Ces différentes actions, bien que prometteuses, ne sauraient trouver un écho dans la société civile sans une prise de conscience des scientifiques eux-mêmes. Jean-Jacques Salomon les invitent d’ailleurs à « faire preuve de dissidence et à récuser le modèle du laboratoire dans la tour d’ivoire ». En exemple, il cite Louis Pasteur et ses découvertes sur la pasteurisation, les maladies des vers à soie, la fermentation de la bière, le vaccin contre la rage, etc. À chaque fois, Pasteur répondait spécifiquement à une demande de la société. Un exemple à suivre?


Charles Désy

Collaboration spéciale


Conférence citoyenne sur la génomique (et le rapport citoyen) :
http://www.fes.umontreal.ca/bioethique/greb_prod/index_fichiers/Page480.htm

Conférence citoyenne sur la biométrie : http://www.inm.qc.ca/node/761

La Commission de l’éthique de la science et de la technologie : http://www.ethique.gouv.qc.ca

Pour en savoir plus sur Jacques Salomon et assister à des conférences en ligne :
http://www.ens-lyon.fr/asso/groupe-seminaires/seminaires/voirsem.php?id=jjsalomon

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Scientifiques, vos papiers! (Dossier spécial éthique)
Une place pour le public

Une fois par mois, Élizabeth Markakis, infirmière d’expérience, se rend au Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain (CRIR) où elle siège au comité d’éthique de la recherche. Ce comité évalue les recherches effectuées sur des sujets humains, dans le cadre, notamment, d’études sur des traumatismes ou encore de tests pour de nouvelles prothèses. Des recherches bien innocentes, comparées aux travaux impliquant des clones ou des embryons congelés? Loin s’en faut. Comme dans tous les projets de recherche exposant des humains, des balises d’ordre éthique sont indispensables pour éviter tout dérapage.

Bon an mal an, une soixantaine de projets de recherche sont passés sous la loupe du comité. Ils visent surtout des patients ayant subi des troubles crâniens, ayant une mobilité réduite ou encore des personnes sujettes à des troubles de la vision, de l’audition ou du langage.

Le comité de quinze membres est composé, entre autres, d’un avocat, d’un éthicien, de médecins et de représentants universitaires. Pour sa part, Élizabeth Markakis est la représentante du public. Elle joue un rôle important, puisque aucun projet ne peut aller de l’avant sans son approbation.

Oui, je le veux, mais à condition que…

Les personnes qui participent à des recherches cliniques doivent signer un formulaire de consentement qui contient pratiquement les mêmes informations, quant aux attentes à l’égard des patients, que le protocole de recherche utilisé par les chercheurs.

Les membres du comité d’éthique scrutent les protocoles en pensant à la protection des participants, et chacun analyse la situation avec des lunettes différentes. « Moi, je tente toujours de me mettre dans la peau du patient en me demandant comment je me sentirais si je participais à telle recherche », raconte Élizabeth Markakis.

« Le comité demande parfois aux chercheurs d’indiquer tous les inconvénients potentiels liés à la participation à l’étude afin que le sujet sache à quoi s’attendre », précise-t-elle. Par exemple, la fatigue peut devenir un inconvénient pour une personne handicapée qui, pour faire « avancer la Science », s’engage à répéter souvent le même exercice physique. « Après un certain temps, le participant aura besoin d’une pause... Ce détail important doit être inscrit dans le formulaire de consentement. »

Autre exemple : grâce au comité d’éthique du CRIR, les personnes qui ont subi un traumatisme, comme un ACV, et qui participent à des études sur le sujet, sont maintenant formellement averties des risques psychologiques encourus quand ils remplissent un questionnaire ou participent à une entrevue sur cet événement perturbant. Revivre l’expérience peut être douloureux… et il faut prévoir des ressources dans ce cas.

Sensibiliser aussi les scientifiques

Fait intéressant, l’arrivée du comité d’éthique au CRIR a eu un impact direct sur les pratiques des chercheurs. « Au début, il y avait beaucoup de modifications à apporter aux protocoles de recherche. Mais maintenant, nous n’avons presque plus rien à dire. Ils apprennent grâce à nos commentaires, qui justifient nos demandes et recommandations », note madame Markakis.

En plus de protéger les participants à la recherche, le comité joue donc un rôle de sensibilisation auprès des scientifiques : il n’est pas perçu comme une barrière à l’avancement de la science, mais bien comme un « conseiller » avec lequel un dialogue fécond s’installe.

Pour sa contribution, soit le temps consacré à l’étude des protocoles de recherche et aux réunions, Élizabeth Markakis reçoit une compensation financière minimum. Mais elle se dit plutôt motivée par les répercussions positives de la recherche et par l’amélioration de la qualité de vie des patients. Les participants, quant à eux, reçoivent une allocation d’une cinquantaine de dollars pour le transport et les repas. « Mais la participation à la recherche ne doit pas être motivée par l’argent : ce ne serait pas une pratique éthique… », conclut-elle.

Au Québec, une soixantaine de comités d’éthique constituent les « chiens de garde » de la recherche sur les sujets humains. Tous font une place à un représentant du public. Une autre manière d’influencer, à son échelle, la science en action…


Charles Désy

Collaboration spéciale

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Décliner la science (Dossier spécial éthique)
L’éthique sur les planches

La troupe de théâtre Parminou a l’habitude de présenter des pièces à caractère social traitant de sujets comme la violence à l’école, l’intimidation, ou encore la discrimination en milieu de travail. Elle le fait depuis plus de trente ans. Il n’empêche que la commande du Groupe de recherche en bioéthique de l’Université de Montréal plaçait la barre haute : créer une pièce interactive sur la génomique et ses enjeux éthiques.

Génétique sur scène

Pour Réjean Bédard, l’auteur de la pièce Un jeu de société, le projet représentait un grand défi. Primo, le langage de la génomique et de ses spécialistes est souvent compliqué. Secondo, la recherche en génétique ne fait pas l’unanimité et de nombreux points de vue s’opposent. Tertio, Réjean Bédard amorçait le projet sans connaissances scientifiques ou médicales préalables : « Je situe difficilement l’estomac dans mon propre corps, lance-t-il à la blague. J’avais beaucoup de croûtes à manger pour bien comprendre de quoi il était question. »

Avec le soutien du Groupe de recherche en bioéthique (GREB), qui réunit des chercheurs de différentes disciplines se penchant sur des sujets touchant à l’éthique, le profane a eu droit à une formation accélérée en génomique. Livres et magazines lui ont permis de se préparer adéquatement pour une étape importante de la documentation : les entrevues.

En discutant avec des experts, Réjean Bédard se frotte rapidement à la délicate question du financement de la génomique : « J’ai rencontré Gilles Bibaud, un anthropologue, qui pense que les sommes investies pour comprendre certaines maladies génétiques sont aberrantes. Les facteurs environnementaux comme l’air, l’eau, le stress ou les tensions au travail causeraient plus de maladies que les gènes. » Mais lors d’une autre entrevue avec la sommité mondiale Pavel Hamet, directeur de la recherche au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, on lui expose un point de vue opposé : il faut absolument investir en génétique… Bref, un débat sans fin.

Parce que rien n’est simple…

L’homme de théâtre découvre aussi à quel point la génomique pose des questions qui font appel à des points de vue très personnels sur la vie. Doit-on empêcher un enfant trisomique de naître en considérant qu’il restera handicapé toute sa vie? Doit-on conserver les ovules surnuméraires – après prélèvement – pour la recherche scientifique? Faut-il informer une personne de ses prédispositions génétiques pour une maladie lors d’un examen médical?

« J’ai placé toute cette matière dans ma tête en me disant qu’elle devait prendre forme dans des mises en situation de la vraie vie », indique Réjean Bédard, soucieux de rejoindre, avec sa pièce, tant les jeunes du niveau secondaire que les adultes.

Résultat : toutes sortes de personnages inattendus jalonnent la pièce de 90 minutes, tels ces deux embryons en grande conversation dans leur congélateur, qui se questionnent sur leur condition et leur devenir… Ou encore le « professeur Albert Hubert », un scientifique caricatural un peu fou qui doit son nom à Albert Jacquard et à Hubert Reeves (!) et qui fait prendre conscience au public de l’abyme de notre ignorance en matière de génétique.

Au total, la pièce compte une quinzaine de personnages joués par trois comédiens. On les découvre au fil des cinq scènes indépendantes où il est tour à tour question de la prédisposition génétique à la maladie, de décisions individuelles ou collectives, d’eugénisme… À certains moments clés, un maître de cérémonie interrompt l’action pour sonder le spectateur sur ses propres choix face à ces questionnements fondamentaux. Par exemple, un médecin doit-il informer son patient qu’il est atteint d’une prédisposition à une maladie cardiaque? Devrait-on augmenter le financement de la recherche en génomique au détriment de la lutte contre la pauvreté ou les maladies infantiles? On s’en doute : il n’y a pas de réponses toutes faites à ces questions complexes.

Au-delà du théâtre

Dans les coulisses de la pièce Un jeu de société, le GREB mène un projet de recherche visant à savoir si le théâtre peut favoriser la communication citoyenne autour d’enjeux soulevés par la science. Les spectateurs deviennent donc eux-mêmes des « cobayes volontaires » qui participent à une expérience. Mais rien d’éthiquement douteux ici : après la représentation, on leur remet simplement un questionnaire et l’on note leurs questions et interventions durant une période d’échanges.

« Après cinq représentations et environ 200 questionnaires, les résultats sont encore préliminaires », indique Céline Durant, assistante de recherche au GREB. Bref, on n’est pas encore sûr de l’efficacité d’une prestation théâtrale pour transmettre des notions de génomique et d’éthique. Mais une chose est certaine : le public apprécie. « On voit que les spectateurs ressortent avec plus de questions que de réponses... » Et alimenter la réflexion n’est-il pas le meilleur moyen d’amorcer un débat citoyen sur la science? Au moins un point sur lequel tout le monde s’entend.


Charles Désy

Collaboration spéciale


Le Groupe de recherche en bioéthique de l’Université de Montréal : http://www.fes.umontreal.ca/bioethique/greb_prod/index_fichiers/Page353.htm

Le théâtre Parminou : http://www.parminou.com/accueil.html

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Dossier thématique – L’agriculture : de la biologique aux technologies
Apprendre à la ferme

Ce qui frappe en arrivant à la Ferme pédagogique Marichel, à Ste-Agathe-de-Lotbinière, ce n’est pas tant le charme paisible de l’endroit que les yeux lumineux des gens. C’est certain, vivre en harmonie avec les plantes et les animaux procure une joie contagieuse. Si, en plus, un séjour parmi les poules et les moutons permet de combler l’ignorance grandissante des plus jeunes à l’égard de leur alimentation, – non, les hamburgers ne poussent pas dans les congélateurs! – alors la mission pédagogique est magnifiquement remplie.

« Les gens de la ville n’ont plus la chance d’aller à la ferme, parce qu’il y en a moins et qu’elles sont devenues grosses. Ce n’est plus comme à l’époque où l’on avait toujours un oncle à la campagne chez qui on passait quelques jours en été. » Marielle Martineau, agricultrice et propriétaire de la ferme pédagogique Marichel, explique que les enfants ne savent plus d’où vient ce qu’ils mangent. Ils le redécouvrent ici, tout en se frottant à des notions scientifiques bien réelles qui n’ont rien à envier à celles acquises derrière un bureau.

Agriculture scientifique

« L’écologie et les rapports entre l’humain et son environnement sont les principaux thèmes mis de l’avant à la ferme », explique le directeur général Alain Massé, un biologiste ayant une maîtrise en éducation à l’environnement. Tout en prenant soin des bêtes ou en désherbant le jardin, les enfants acquièrent toutes sortes d’informations sur le comportement des animaux et sur certaines pratiques agricoles.

Par exemple, apprendre que la doryphore, la « bibitte à patate », mange spécifiquement les feuilles des plants de pomme de terre parce qu’elle y trouve un élément essentiel au développement de ses œufs. Puisque la ferme fait uniquement de l’agriculture biologique, aucun insecticide ou pesticide n’est utilisé : les enfants s’amusent donc à reconnaître les œufs et les doryphores adultes pour ensuite les retirer des feuilles des plantes.

Mais d’où vient donc ce légume?

La ferme Marichel reçoit les gens toute l’année. On y vient avec l’école en classe-nature, avec la famille ou en camp d’été, en séjour d’un à douze jours, et les horaires et les activités s’adaptent selon les visiteurs. Par exemple, une classe de l’école primaire Fernand-Seguin de Québec est venue y approfondir ses connaissances sur les insectes. Les enfants y ont notamment appris qu’il existe un moyen biologique de contrôler les insectes piqueurs, la bactérie Bacillus thurigiensis, qui contient une protéine cristallisée affectant l’estomac des moustiques et les rendant incapables de digérer le sang de leurs proies.

Un séjour à la ferme permet aussi un contact privilégié avec des animaux aucunement effarouchés par les petites menottes qui s’avancent vers eux. Les jeunes apprennent également ce qu’est le travail de l’agriculteur et comprennent ainsi qu’un brocoli, ça n’atterrit pas tout seul au supermarché. Plusieurs d’entre eux, surtout les petits, ne savent pas d’où viennent les œufs, à quoi ressemblent les légumes avant d’être emballés, ou n’ont pas conscience de quel animal provient la viande qu’ils mangent.

« Les enfants sont toujours émerveillés de cueillir des légumes dans le jardin et de les manger ensuite au repas », explique Maria Lauzé, la chef de camp. Cette enseignante au primaire de 24 ans coordonne les activités et forme les moniteurs pour l’été. Elle s’assure qu’ils possèdent les informations nécessaires sur les animaux, les soins à leur accorder, l’agriculture etc. Ceux qui s’engagent à vivre sur la ferme à temps plein pendant l’été sont pour la plupart des diplômés universitaires dans les domaines de l’éducation, de l’éducation relative à l’environnement et de l’agronomie. Ils viennent d’horizons divers, mais tous sont impliqués dans la protection de l’environnement et passionnés par l’agriculture.

De la parole aux actes

À la ferme Marichel, on ne fait pas que montrer des principes : on les vit. Par exemple, la nourriture biologique servie aux visiteurs est préparée avec les ressources de la ferme ou des produits locaux ou équitables. Une occasion de leur expliquer comment faire pousser des légumes sans produits chimiques. De plus, chaque été, les enfants sont invités à prendre un engagement moral envers une cause particulière. En 2005, par exemple, on a élaboré des activités et donné des informations sur les changements climatiques.

Autre indice que la ferme vit selon ses convictions : elle est reconnue comme Établissement Vert Brundtland, un mouvement qui salue les établissements scolaires où l'on « agit localement tout en pensant globalement » et qui contribuent à créer un monde « écologique, pacifique, solidaire et démocratique ».

En un mot, en plus de s’y instruire, on y mange bien et on y participe à sa manière au développement durable. Voilà ce qui arrive quand culture scientifique et agriculture se rencontrent autour d’un potager…


Mélanie Robitaille

Collaboration spéciale


La pédagogique ferme Marichel : http://www.spst.org/servlet/FicheProducteur?producteurs_id=531

Si vous voulez en savoir plus sur le Doryphore de la pomme de terre, le Dr Laurent LeSage d’Agriculture Canada vous suggère les ressources suivantes:
http://www.gnb.ca/0029/00290010-f.asp
http://res2.agr.ca/fredericton/stud/3500/biocpb_f.htm
http://res2.agr.ca/research-recherche/ann-dir/2x5x6_f.html
http://www.organicagcentre.ca/ResearchDatabase/res_alt_pest_cpb_f.html

À lire également sur les insectes de nos jardins, utiles ou nuisibles : Les insectes de nos jardins par Stéphanie Boucher, Broquet, 2006.

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Dossier thématique – L’agriculture : de la biologique aux technologies
Quelques liens utiles pour en savoir plus

Le kiosque agroalimentaire de l’Agence Science-Presse :
Un bâtonnet pour détecter le taux de caféine dans le café, des plants de laitue à la verticale, un futur sans banane… Toutes les nouvelles agroalimentaires sur le site de l’Agence Science-Presse.

http://sciencepresse.qc.ca/kiosque/agroalimentaire

OGM : 10 ans et toutes leurs dents
En 1996, les organismes génétiquement modifiés (OGM) devenaient une industrie. Aujourd’hui, huit millions et demi de fermiers dans 21 pays en cultivent. Mais le débat n'a pratiquement pas progressé.

http://www.sciencepresse.qc.ca/archives/2006/cap0603063.html

Science & Décision
Le site Science & Décision a été créé à l'initiative du monde scientifique, en collaboration avec le Centre national de recherche scientifique (France). Il apporte des réponses aux interrogations de chacun d'entre nous sur des réalités scientifiques ayant un impact sur notre cadre de vie. Science & Décision présente l'information sous forme de questions-réponses courtes, organisées en rubriques et compréhensibles par tous. Les sources d'information y sont clairement identifiées et facilement consultables. Deux dossiers très complets en lien avec l’agriculture :

Les OGM dans l’alimentation et dans l’agriculture
http://www.science-decision.net/cgi-bin/topic.php?topic=ALI

Biotechnologies, brevet, agriculture, une nouvelle donne?
http://www.science-decision.net/cgi-bin/topic.php?topic=OGM

Comment différencier une plante transgénique d’une plante non transgénique?
La réponse sur le site de Cybersciences.

http://www.cybersciences.com/cyber/fr/questions_de_science/environnement/comment_differencier_une_plante_transgenique_d_une_plante_non_transgenique_.html

Bioportail
Une fenêtre sur le monde des biotechnologies mise en place tout récemment par le gouvernement du Canada.

http://bioportal.gc.ca/francais/BioPortalHome.asp

La biodiversité est en péril : est-ce grave docteur?
Un dossier à consulter sur le site de l’Université libre de Bruxelles.

http://www.ulb.ac.be/inforsciences/openscience/biodiversite/

La recherche agronomique dans les pays du Sud
Le Cirad est l’institut français de recherche agronomique au service du développement des pays du Sud et de l’outre-mer français. Les actualités mises à jour régulièrement sur son site donnent un aperçu intéressant des recherches scientifiques en cours de l’autre côté de l’hémisphère.

http://www.cirad.fr/fr/index.php

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Dossier thématique – L’agriculture : de la biologique aux technologies
Votre bibliothécaire vous propose…

Nos complices bibliothécaires du Réseau BIBLIO de la Montérégie nous ont concocté une sélection d’ouvrages sur l’agriculture. Il y est notamment question d’agriculture biologique, de santé et de biodiversité.

AUTEUR : Mazoyer, Marcel, 1933-
Roudart, Laurence.
TITRE : Agricultures du monde : du néolithique à nos jours
ÉDITEUR : Paris : Autrement
DATE : ©2004
DESC. PHYSIQUE : 61 p. : ill. (principalement en coul.), cartes; 25 cm.
COLLECTION : Autrement junior. Histoire; 17
NOTES : Dès le collège
ISBN : 2-7467-0578-8
SUJETS : Agriculture
Exploitations agricoles

AUTEUR : Norberg-Hodge, Helena
Merrifield, Todd, 1969-
Gorelick, Steven.
TITRE : Manger local : un choix écologique et économique; traduit de l'anglais par Geneviève Boulanger et Françoise Forest; [préface de Maxime Laplante]
TITRE ORIGINAL : Bringing the Food Economy Home
ÉDITEUR : Montréal : Ecosociété
DATE : 2005
DESC. PHYSIQUE : 169 p.; 22 cm.
NOTES : Notes (part. bibliogr.): p. [151]-169.
ISBN : 2-923165-07-1 (br.)
SUJETS : Aliments--Approvisionnement
Agriculture--Aspect de l'environnement
Agriculture--Aspect économique
Industries agricoles
Agriculture durable

AUTEUR : Moricourt, Guillaume
TITRE : Agriculture et santé : l'impact des pratiques agricoles sur la qualité de vos aliments
ÉDITEUR : Saint-Jean-de-Braye, France : Dangles
DATE : 2005
DESC. PHYSIQUE : 317 p.; 21 cm.
COLLECTION : Environnement et santé durables
NOTES : « De la ferme à la table, quelle agriculture voulez-vous pour votre santé et l'avenir de la planète? Études comparatives des pratiques agricoles. Agricultures intensive, biologique et raisonnée. Comprendre : les nitrates, les pesticides, les additifs, l'ESB, les OGM ... »
Notes au bas des pages
ISBN : 2-7033-0597-4
SUJETS : Agriculture
Produits chimiques agricoles--Aspect de l'environnement
Aliments--Qualité

AUTEUR : Bouchard, Roméo, 1927-
TITRE : Plaidoyer pour une agriculture paysanne : pour la santé du monde; textes d'appoint de Maxime Laplante
ÉDITEUR : Montréal : Ecosociété
DATE : ©2002
DESC. PHYSIQUE : 228 p.; 19 cm.
ISBN : 2-921561-82-4
SUJETS: Agriculture durable--Québec (Province)
Industries agricoles--Québec (Province)
Agriculture--Aspect économique--Québec (Province)
Écologie agricole--Québec (Province)
Agriculteurs--Québec (Province)--Attitudes
Agriculture--Technologie appropriée--Québec (Province)
Intensification agricole--Québec (Province)
Paysannerie--Québec (Province)

AUTEUR : Talbot, Claude
TITRE : Biologique... de la terre à la table; [coordonnateur de la publication, Claude Talbot]
ÉDITEUR : La Pocatière, Québec : Centre d'agriculture biologique du Québec
DATE : 2002
DESC. PHYSIQUE : 180 p. : ill.; 23 cm.
NOTES: Index
« Guide de références utiles en agriculture et en alimentation biologiques 2003 »
Webographie : p. 164.
ISBN : 2-9804412-3-6
SUJETS : Agriculture biologique
Jardinage biologique

TITRE: Larousse agricole
SECTION / SUJET : Flore - Minéraux – Agriculture
ÉDITEUR : Larousse
PARUTION : 2002-10-25
ISBN : 2030910228
DESCRIPTION : 800 p.; illustrations couleurs

AUTEUR : McInnes, James.
TITRE : La culture écologique
ÉDITEUR : Saint-Constant, Québec : Broquet
DATE : ©2004
DESC. PHYSIQUE : 191 p. : ill. en coul.; 23 cm.
NOTES : « Le gazon, le potager, les plates-bandes, les arbres et les arbustes »
Index
Bibliogr. : p. [190]-191
Notes bibliogr. au bas des pages
ISBN : 2-89000-637-9 (br.)
ISRC/UPC : 9782890006379
SUJETS : Jardinage biologique
Animaux et plantes nuisibles

AUTEUR: Barbe, Pierre, 1948-
Buisson, Lucien et al.
TITRE : Les révolutions agricoles
ÉDITEUR : Mouans-Sartoux [France] : PEMF
DATE : ©2005
DESC. PHYSIQUE : 103 p. : ill. (principalement en coul.); carte; 22 cm.
COLLECTION : Un oeil sur ...; 16. L'histoire
Un oeil sur ... L'histoire
NOTES : Glossaire
Index
ISBN : 2-8452-6560-3 (rel.)
SUJETS : Agriculture--Aspect économique--Histoire
Agriculture--Innovations--Histoire
Systèmes agricoles--Histoire

AUTEUR : Castonguay, Stéphane.
TITRE : Protection des cultures, construction de la nature : agriculture, foresterie et entomologie au Canada, 1884-1959
ÉDITEUR : Sillery : Septentrion
DATE : 2004
DESC. PHYSIQUE : 366 p. : ill., cartes; 23 cm.
COLLECTION : Cahiers des Amériques; 7. Histoire
NOTES : « Ce livre a pour point de départ une thèse de doctorat présentée à l'Université du Québec à Montréal en 1999 »--P. [7].
Index
Bibliogr.: p. [329]-341
Notes (part. bibliogr.) au bas des pages
ISBN : 2-89448-377-5 (br.)
ISRC/UPC : 9782894483770
SUJETS : Canada. Ministère de l'agriculture
Insectes nuisibles, Lutte contre les--Canada--Histoire
Insectes forestiers, Lutte contre les--Canada--Histoire
Entomologie--Canada--Histoire

AUTEUR : Fady, Bruno
Medail, Frédéric
TITRE : Peut-on préserver la biodiversité?
COLLECTION : Les petites pommes du savoir
SECTION / SUJET : Sciences - Protection de l’environnement
ÉDITEUR : Le Pommier

AUTEUR : Serre, Michèle
TITRE : Les produits du marché au Québec
ÉDITEUR : Outremont : Éditions du Trécarré
DATE : 2005
DESC.PHYSIQUE : 525 p. : ill. en coul.; 29 cm.
NOTES : Glossaire
Index
ISBN : 2-89568-105-8
SUJETS : Produits du terroir--Québec (Province)
Produits agricoles--Québec (Province)
Cuisine québécoise

AUTEUR : Neveu, André
TITRE : Les grandes heures de l’agriculture mondiale
COLLECTION : Biologie, écologie, agronomie
SECTION / SUJET : Sciences sociales - Question agraire
ÉDITEUR : L'harmattan
PARUTION : 2005-06-30

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Dossier thématique – L’agriculture : de la biologique aux technologies
Porte ouverte sur le Kaléidoscope : mille et un outils sur l’agriculture

Découvrez les activités que Kaléidoscope met à votre disposition dans le domaine de l’agriculture. Il y sera question de biologie, bien sûr, mais pas uniquement : qui dit agriculture, dit aussi manipulation du vivant, transformation des plantes et… biotechnologies! De quoi intéresser petits et grands.

http://www.spst.org/kaleidoscope/statique/pluie_sciences_1.html

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Zoom sur les technologies (Dossier spécial éthique)
Placez votre index ici

La tendance est nette : la biométrie et sa quincaillerie électronique pourrait bientôt remplacer les mots de passe et autres cartes magnétiques. Ces nouvelles technologies sont sous la loupe de chercheurs… et pas seulement des informaticiens. Les éthiciens, eux aussi, ont leur mot à dire sur la question.

« Les attentats du 11 septembre ont stimulé l’ensemble de l’industrie de la sécurité dont la biométrie est partie intégrante. Il y a eu une prise de conscience de nos failles et la biométrie s’est alors présentée comme une solution pour les colmater », résume Benoît Gagnon, membre de la Commission de l’éthique de la science et de la technologie (CEST) et chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques de l’UQAM. « Toutefois, l’engouement pour la sécurité des États a eu un effet d’entraînement : toutes sortes d’entreprises s’intéressent maintenant à la biométrie. »

Ainsi, avant de franchir les tourniquets de l’inoffensif Centre d’éducation physique et des sports de l’Université de Montréal, les utilisateurs doivent appliquer la main droite sur un lecteur optique. Le dispositif fait la lecture de repères morphologiques enregistrés au moment de l’inscription. C’est donc la main, et non une carte d’identité, qui donne accès aux équipements sportifs. Difficile de l’oublier à la maison!

Il existe plusieurs autres systèmes biométriques capables de reconnaître différents paramètres corporels. On trouve sur le marché des appareils effectuant la lecture de l’iris de l’œil dont le motif est unique à chacun. D’autres reconnaissent le visage ou lisent l’empreinte du pouce ou de l’index.

Tout comme l’Université de Montréal, les institutions et entreprises du Québec doivent déclarer à la Commission d’accès à l’information leur intention de mettre en place un dispositif biométrique. Jusqu’à présent, seize déclarations(1) ont été déposées et elles proviennent à part égale des secteurs privé et public.

(1) Information en date du 1er septembre 2006

L’éthique à la rescousse

Y a-t-il lieu de s’inquiéter de cette avancée technologique? Quelle place devrions-vous accorder à la biométrie? « Je n’ai pas encore de réponse, admet Benoît Gagnon. La protection des renseignements personnels et le respect de la vie privée sont souvent évoqués comme des problèmes éthiques importants étant donné la nature des renseignements. Comment seront-ils traités? Ces renseignements personnels seront-ils détournés de leurs fins et qui sera responsable des problèmes qui surviendront? Serait-il possible de croiser des informations et de suivre les déplacements d’un individu? » Autant de questions qui demeurent sans réponse.

Conscient du développement rapide de la biométrie, le chercheur estime que le public doit prendre position dans ce débat citoyen. Il observe toutefois que celui-ci ne semble pas particulièrement préoccupé par la question. « Il faut s’informer et poser des questions pour que ces systèmes ne soient pas employés sans bonnes raisons », dit-il. La CEST a d’ailleurs publié à l’automne 2005 un document de consultation sur la biométrie.

Contenir les abus

Dans le dossier de la biométrie, la Commission d’accès à l’information veille à l’application de la Loi concernant le cadre juridique des technologies de l’information, de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels et de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé. Pour l’heure, ces lois sont les seuls « outils » en vertu desquels il serait possible d’intervenir si on abusait de la technologie, par exemple en recueillant inutilement des renseignements personnels. Aucun organisme n’a encore la responsabilité d’encadrer la mise en place des dispositifs biométriques.

Libérer sa mémoire

Combien de mots de passe conservez-vous en mémoire? La boîte vocale, la banque, les comptes en ligne, l’accès Internet, le code d’accès de locaux, etc. Il n'en sera peut-être pas toujours ainsi.

Sous son chapeau de consultant en sécurité, Benoît Gagnon indique que « dans la boîte à outils sécuritaires, la biométrie en représente un seul, mais d’une grande polyvalence. Elle est très utile pour éviter la multiplication des codes d’accès et éviter les pertes de temps liées à leur gestion. À longue, la biométrie serait un choix économique ». Un discours auquel les entreprises sont sensibles.

De plus, cette technologie est utile au contrôle de certains locaux donnant accès à des produits dangereux ou à des médicaments d’ordonnance. La lecture de l’empreinte digitale a d’ailleurs été adoptée par quelques centres hospitaliers.

Nuances

Il ne faut cependant pas mettre dans le même panier toutes les technologies et il importe d’établir la nuance entre « identifier » et « authentifier » un individu. Par exemple, le système de l’Université de Montréal sert à identifier que vous êtes bien la personne qui possède un code donné. En bout de ligne, très peu d’informations sont nécessaires pour l’identification et, surtout, aucun renseignement personnel n’est exigé.

L’authentification, elle, fait appel à d’importantes bases de données à l’aide desquelles on cherche à authentifier que vous être bien l’individu que vous prétendez être. Pour l’instant, on ne peut garantir la confidentialité des données informatiques, car les barrières de sécurité finissent toujours par être contournées par les pirates.

« Dans le cas où vos renseignements personnels auraient été modifiés par un pirate ou même par erreur, vous auriez à faire la preuve que vous êtes vous-même! » note Benoît Gagnon. « En comparaison, poursuit-il, imaginez que tous vos papiers soient volés : carte de crédit, passeport, permis de conduire et carte d’assurance maladie. C’est très long, complexe et coûteux de récupérer ses preuves d’identité. Si vous devez en plus récupérer un document biométrique, vous vous retrouverez dans la Maison des fous des Douze travaux d’Astérix... »


Charles Désy

Collaboration spéciale


La Commission de l’éthique de la science et de la technologie : http://www.ethique.gouv.qc.ca/fr/publications.html#biometrie_reflexion

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Actualité
Un éléphanteau dans les rayons

Dans l’eau, pourquoi la glace flotte-t-elle? Pour des bouts de choux de deux à quatre ans, répondre à cette question est un véritable un défi. Et la marche est également haute, en tant qu’adulte, pour faire comprendre à de jeunes enfants des principes de physique. Mais avec des livres et de l’imagination, tout est possible. Ce printemps, à la bibliothèque Gabrielle-Roy de Québec, les espaces de lecture se sont subitement animés au gré des explications scientifiques d’un pingouin et d’un éléphant, avec la complicité de la Maison Léon-Provancher, un organisme de culture scientifique spécialisé dans le jeune public.

Pour le tout premier atelier d’éveil aux sciences, intitulé « Ça coule ou ça flotte? », près de 25 enfants ont embarqué dans l’aventure. Les plus jeunes s’assurent du coin de l’œil que maman n’est pas loin, alors que d’autres ont la situation bien en main et font « généreusement » part de leurs expériences passées… L’animatrice de la Maison Léon-Provancher présente au groupe le petit Alex Périence, un éléphanteau très curieux qui n’a pas peur de se tromper (!). Aidés de leurs figurines du petit Alex, les jeunes partiront à la découverte des propriétés thermiques de l’eau. Ils découvriront d’abord que la glace flotte dans l’eau et que l’eau chaude est plus légère que l’eau froide. Ensuite, degré de difficulté accru, ils auront à se poser de sérieuses questions, du type : que font les macaronis dans de l’eau gazéifiée? Pour clôturer l’atelier, ils verront fleurir dans un aquarium un nénuphar en papier qu’ils ont colorié eux-mêmes.

Le dire avec des livres

Mais qu’en est-il vraiment de la difficulté de s’adresser à un public aussi jeune? Geneviève Boucher, qui anime des ateliers de vulgarisation scientifique depuis plusieurs années pour la Maison Léon-Provancher, ne se fait pas d’illusion. « Nous n’en ferons pas de petits scientifiques. Nous cherchons seulement à piquer la curiosité et à susciter des questions. » Des questions qui, inévitablement, seront posées aux parents. Ceux-ci sont-ils préparés à y répondre? « Il faudrait parfois faire une heure d’atelier avec les parents, car j’en ai vu qui ne réalisent pas le potentiel de ce qu’ils possèdent à la maison pour réaliser des expériences, ajoute-t-elle. Nous donnons même des ateliers à des animatrices en garderie pour démystifier les sciences. Elles croient, à tort, que c’est trop compliqué. » Pourtant, une simple histoire peut parfois faire l’affaire.

La bibliothèque Gabrielle-Roy était le lieu tout indiqué pour faire se rencontrer la littérature et la science. Ainsi, l’atelier sur la flottabilité était introduit par Le pingouin qui n’aimait pas le froid. Les trois autres ateliers offerts ce printemps, qui traitaient des plantes, des animaux et de la réflexion de la lumière, ont été introduits respectivement par Jack et le haricot magique, La cigale et la fourmi et Alice au pays des merveilles. « L’enfant ne comprend pas nécessairement tous les principes, mais il fait des liens avec son quotidien. Et au fond, c’est ça la science, faire des liens! »

Pari tenu

« J’ai aimé ça. J’ai tout aimé, c’était le fun! » dit Félix, quatre ans. Mélodie, quatre ans elle aussi, a aimé voir sa fleur s’ouvrir dans l’eau. Quant aux parents présents, ils sont emballés. « J’ai appris. Mon Dieu, j’ai appris! de s’exclamer Viviane Breton, la jeune grand-mère de Raphaëlle. J’ai particulièrement apprécié le conte et l’aspect ludique de l’atelier, qui atténuent le côté austère de la science. » Au sujet de l’attention des tout-petits, elle ajoute « J’ai participé à d’autres ateliers d’éveil où l’accent était davantage mis sur l’animation, sans la participation des enfants. Dans ces cas-là, les enfants décrochent après quinze minutes. »

Dans ce cas-ci, les enfants sont demeurés attentifs pendant l’heure complète, la découverte et les questionnements se lisant dans leurs yeux. « Nous avions fait déjà de nombreux ateliers d’éveil à la lecture et aux arts pour les tout-petits, mais jamais aux sciences », raconte Martine Lacasse, responsable du secteur des enfants à la Bibliothèque Gabrielle-Roy. « Ces enfants sont des habitués de nos ateliers. Compte tenu de l’horaire, nous savons que ce ne sont pas des enfants qui vont en garderie. Peut-être sont-ils, à cet égard, un public plus facile. » Reste que le défi a été relevé avec brio : Alex Périence, Alice, Jack et les autres ont rempli leur contrat. Et Hubert Reeves n’a qu’à bien se tenir…


Dominique Turcotte

Collaboration spéciale


La Maison Léon-Provancher : http://www.maisonleonprovancher.com
Vous pouvez télécharger gratuitement sur le site des documents pédagogiques.

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L’année du désert et de la désertification
Le souk des sciences

Avicenne, médecin et philosophe iranien du 10e siècle, fut l’un des plus remarquables savants d’Orient. Étrangement (et fort heureusement!), son père, un collecteur d’impôts, avait insisté pour qu’il fasse ses premières classes de mathématiques dans un souk, auprès d’un bakkal – un marchand de légumes! « Contrairement à aujourd’hui, la science arabe naissait et se développait, à cette époque, à l’intérieur de la culture et non en marge de celle-ci », explique Tahar Gallali, professeur à la faculté des sciences et ancien président-directeur général de la Cité des sciences à Tunis, en Tunisie.

Le souk, signifiant littéralement « marché » en français, constituait déjà, depuis très longtemps, un véritable centre de vie où les rencontres et les échanges entre les membres de la communauté étaient nombreux et stimulants. On y venait pour discuter de politique, d’économie, de religion ou de science, pour s’y soigner, y apprendre les rudiments d’un métier ou même y rencontrer sa dulcinée et sa future belle-famille.

Mais à l’arrivée des Français, rappelle M. Gallali, le mot « souk » bascula rapidement dans le langage familier pour désigner « désordre » et… « foutoir ». Avec l’avènement du tourisme de masse, le souk est même bientôt devenu synonyme d’aubaines et de sensations fortes! D’où l’étonnement lorsque l’on évoque le concept de souk des sciences. Mais selon M. Gallali, cette association n’est pas totalement forcée. « Il s’agit d’une métaphore qui ne renie rien du souk. Ni de son sens familier (désordre) ni de son sens littéral (marché) et encore bien moins de l’héritage culturel : le souk en tant que centre de vie et réseau d’échanges. »

La science dans le désordre

C’est donc en cherchant à renouer avec ce concept qu’a été construit le premier souk des sciences à la Cité des sciences à Tunis. Et l’illusion est parfaite. Composée de coupoles, de petites ruelles ombragées, de jardins, de boutiques, de vitrines, d’un café et d’un restaurant, cette galerie ressemble en tout point à un véritable souk. Idem pour les activités : la formule « souk » permet en effet l’animation de débats pouvant parfois partir dans toutes les directions. « Par moment, c’est quasiment trop démocratique! plaisante M. Gallali. On sait à quelle heure on commence, mais on ne sait pas trop à quelle heure ça se termine. Les gens interviennent comme bon leur semble. Le souk, c’est un peu tout ça, une place pour discuter, en toute convivialité, des questions qui touchent à la science. »

L’activité Science en un mot en est un bon exemple. Les visiteurs sont invités à discuter autour d’un mot se prêtant à plusieurs éclairages (le cœur, par exemple) avec des invités choisis (un cardiologue et un poète). Mais il est aussi permis d’aborder, et d’une manière plus détendue, certaines questions plus épineuses, telles que la fuite des cerveaux ou la coopération scientifique Nord-Sud. Échanges croisés et tumultueux en perspective!

Explora, destiné aux jeunes et à la famille, est sans nul doute l’espace le plus visité au sein de la Cité des sciences de Tunis. Étonnamment, il s’agit aussi probablement du seul espace où la science est présentée dans sa dimension la plus élémentaire. Partout ailleurs, la science se raconte, tel que la culture arabe le privilégie, au moyen de récits : celui de la Terre dans l’Univers (pour l’astronomie), de l’Humanité sur Terre (pour l’origine de la vie) et celui des Tunisiens dans l’Humanité (pour la science à l’échelle humaine). À la manière de discussions que l’on pourrait entendre dans une cité…

La science nomade

Aux installations permanentes de la Cité des sciences s’est ajoutée une version itinérante du souk des sciences afin de rejoindre le plus de gens possible. Des planétariums gonflables, pouvant accueillir de 20 à 30 personnes, sont dressés sur la place dans les marchés hebdomadaires; des expositions itinérantes légères et peu encombrantes, comme Mathématiques sans calcul, ont été réalisées pour coller encore plus à la mobilité des kiosques de marchands ambulants, et un bus aménagé accueille les visiteurs et favorise les rencontres avec les passagers.

Un second souk des sciences devrait bientôt voir le jour à Tanger au Maroc dans une toute nouvelle Cité des sciences. Le concept est achevé, l’étude de faisabilité réalisée, il ne reste plus que le financement à trouver. « Un projet comme celui-là, qui ne rapporte pas en termes mercantiles, mais où l’on prêche plutôt la bonne parole, trouve difficilement preneur, déplore M. Gallali. J’ai bon espoir qu’il se réalise un jour, mais entre-temps, il faut trouver de généreux donateurs! »

Quand la planète prend des allures de souk

L’association des mots « souk » et « science » n’est pas sans rappeler une seconde analogie. « Du Nord au Sud, de gré ou par choix imposé, nous subissons la réalité d’une seule et unique loi, celle du marché. Les idées scientifiques se vendent et s’échangent, les cerveaux, mais aussi les criées, sont l’exclusivité des pays nantis. Dans ce vaste souk de la science et des scientifiques, les Indiens ont la cote, les Maghrébins et les Africains viennent très loin derrière… »

Bref, de conclure M. Gallali, sur cette planète mue par l'économie du savoir, tout se marchande et se négocie comme dans un souk, la convivialité en moins. Puisse la sympathique formule du souk des sciences jeter un brin de folie dans la sérieuse sphère de la transmission des savoirs...


Josée-Nadia Drouin

Collaboration spéciale


La Cité des sciences à Tunis : http://www.cst.rnu.tn/html/sitefr/cite_sciences_tunis.htm

Pour poursuivre avec la thématique des déserts, nous vous proposons quelques sites qui conjuguent médiation des sciences et pays du Sud.

La science du désert
http://www.scidev.net/desertscience
Un dossier mis à jour régulièrement sur les questions de science et de politiques publiques concernant les zones arides et la désertification. (en anglais)

Mentors mentors
http://www.scidev.net/News/index.cfm?fuseaction=readNews&itemid=2688&language=1
Un système de mentorat pour les journalistes scientifiques des pays en voie de développement (en anglais)

Science au sud
http://www.scidev.net/content/features/eng/science-is-not-a-textbook--it-is-your-life.cfm
Regards sur un festival des sciences en Afrique du Sud. (en anglais)

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