Pluie de science www.spst.org/pluiedescience/0907 Version complète
Éditorial Nouvelle année, nouvel espace, nouvelles aventures. Bienvenue dans le nouvel univers de la SPST. Un univers un peu éclaté, toujours bien informé, jamais routinier. Une invitation au voyage fraîchement repensée, qui vous dévoile cet automne ses nouvelles couleurs… et ses nouveaux chemins de traverse. Premier relais de nos randonnées scientifiques en 2007/2008 : une balade en forme de ballade. Échauffement : lancez votre moteur de recherche
favori en tapant « musique et science ». Si vous
n’en croyez pas vos yeux, répétez l’opération
avec « science et musique ». C’est ainsi :
plus de trois millions de portes s’ouvriront, avec plus ou moins
de bonheur, sur un incroyable paysage numérique où science
et musique s’entremêlent allégrement. Une jungle aux
innombrables cachettes. On penche pour la deuxième option. Avant-poste du projet Do ré mi fa sol… la science !, et point final de notre « Année du i », ce numéro musical de la rentrée fait rythmer musique et science. Notre parti pris : vous faire voyager dans toutes sortes de directions, histoire d’illustrer l’incroyable diversité des thèmes scientifiques qui peuvent être abordés par l’intermédiaire de bien jolies mélodies. Une promenade en cinq étapes, où sciences humaines et sciences « dures » seront tour à tour nos montures. En guise de prélude, la première halte de notre excursion porte sur la discrète cloche, qui sonne la récréation et les révolutions aux quatre coins du monde, un formidable prétexte pour parler d’histoire et de patrimoine. La deuxième, incontournable, effleure une montagne et nous entraîne, avec Pythagore, dans un monde où la musique et les mathématiques marchent main dans la main. Notre troisième étape a une saveur ethnologique. Il y est question de culture, d’humanité… et de transe ! Le tour de piste se poursuit par une visite du Musilab, un Centre collégial de transfert de technologie en musique et son. Enfin, notre dossier thématique, consacré ce mois-ci à la forêt, servira de cadre à une dernière envolée qui marie musique et botanique aux Jardins de Métis. Et pour vous aider à vous y retrouver – un peu – dans le dédale d’informations que votre ordinateur vous soumettra si vous poussez plus avant votre recherche, nous vous proposons une sélection de liens sur la science et la musique, ainsi qu’une bibliographie concoctée par nos complices libraires de la Librairie Monet. Attention : allergiques aux bandes dessinées s’abstenir. Et ce n’est qu’un début… La suite de ce dossier tout en accords s’égrainera au gré des vents dans la nouvelle section du site « Do ré mi fa sol… la science ! » Bonne lecture ! Anne Fleischman ***
Mots-clés : cloche, musique, histoire Elle sonne la révolution et la récréation. Vibre au rythme des naissances et des décès. Donne l’heure. Attire les foules, éloigne les malheurs, et carillonne depuis des lustres aux quatre coins du monde… La discrète cloche n’a rien à envier à ses mélodieux voisins à cordes. Tour à tour spectatrice et actrice des grands épisodes de l’épopée humaine et technologique, ses ding dong inspirent les historiens autant que les artistes. Alors, trop modeste, la cloche ? « En 2006, pour la première fois depuis 45 ans, le mot “ campanaire ” refait son apparition dans le Petit Larousse illustré », confie Alain Jouffray, directeur de l’Institut Européen d’Art Campanaire situé à Toulouse (France). L’adjectif sonne lui-même un peu désuet. Il sent plus le foin coupé que les sombres fonderies. Le terme, issu du latin campana, nous envoie en Campanie, une région d’Italie réputée pour la qualité de son bronze. C’est là, vraisemblablement dès le 5e siècle, qu’apparaît la cloche d’église. À l’époque, elle ne trône pas encore au sommet des clochers. Mais son histoire commence il y a bien plus longtemps… Une brève histoire des civilisations Pour évoquer les origines lointaines de la cloche, Alain Jouffray nous entraîne en Asie Mineure et au Moyen-Orient, au berceau de l’âge du bronze, cet alliage de cuivre et d’étain auquel la cloche est souvent associée. Fer martelé ou fondu, or, argent, bois, terre cuite, verre et aluminium, ont aussi servi à façonner cloches et clochettes. Les premières seraient apparues en Chine vers 2000 avant notre ère. Dans les autres civilisations antiques, comme chez les Égyptiens, les Grecs et les Romains, on a aussi relevé l’utilisation de cloches aux matières et aux formes variées, dans des rites sacrés, des événements civils ou pour des usages domestiques. En fait, dès l’ère du bronze, on retrouve un objet campanaire dans toutes les cultures et dans toutes les civilisations. Grâce au développement des techniques et des procédés de fonte, le profil de la cloche évolue au fil de son histoire selon le contexte dans lequel elle est utilisée. « Dans l’Occident medieval, par exemple, où la cloche d’église est devenue le signe de ralliement des chrétiens, elle doit donner de la voix, dans un but symbolique et pratique. » Aussi le bord de la cloche s’évase-t-il quand on s’aperçoit que cette technique permet d’augmenter le volume sonore. De plus, l’élément percussif – le battant – passe progressivement à l’intérieur de l’instrument, qui lui-même prend de l’embonpoint et de la hauteur en s’installant définitivement dans les tours des églises au 11e siècle « pour concurrencer la voix du muezzin des minarets des mosquées alors que l’expansion de l’Islam inquiète l’église chrétienne », rappelle Alain Jouffray. La cloche aux mille symboles Pour nommer la cloche, Alain Jouffray aime employer l’expression « impératrice des idiophones ». « Ce terme désigne la catégorie d’instruments à percussion dont tout le corps résonne et qui porte ainsi en lui-même sa propre vibration. » Mais au-delà de cette particularité acoustique, ce sont davantage les fonctions symboliques de la cloche qui attirent l’attention. Celles d’un instrument de musique qui est aussi un outil de communication, un objet qui porte trois chapeaux : objet de culte, objet culturel et objet sociologique. Pour le directeur de l’institut, le caractère mystérieux de la cloche explique son succès comme objet de culte, de l’accompagnement de la vie du chrétien à la méditation du bouddhiste, en passant par les cérémonies antiques des oracles. Mystère d’un instrument dont la vibration du corps donne le son, mystère d’un matériau, le bronze, un alliage intemporel qu’on ne sait toujours pas dater. Mystère, enfin, d’un instrument à la fois « centrifuge et centripète » selon son expression, c’est-à-dire d’un instrument aux fonctions contraires d’appel et d’éloignement : appel de la pluie ou des fidèles, éloignement des maladies ou de la mort selon certaines croyances. La fonction sociale de la cloche est également puissante car elle est à la fois un vecteur d’identification collective et un instrument de communication. À ce titre, les exemples abondent, pour appeler, informer ou scander les activités quotidiennes et la vie publique, à toutes les époques : l’annonce des incendies et des orages, la cloche au cou des animaux, à celui des lépreux ou des fous pour avertir de leur présence, la cloche des écoles, des camions de pompiers, des trains et des navires, la cloche en montagne, en mer, dans les bains publics, sur les marchés, dans les usines... Et pour l’une de ses fonctions les plus célèbres – donner l’heure – Alain Jouffray évoque la « guerre du temps », ce surprenant combat entre l’église et les municipalités pour le contrôle des cloches reliées aux horloges publiques au 19e siècle… C’est à partir de l’époque moderne, pour de multiples raisons comme le goût pour les sirènes et la pollution sonore qui rend les messages des cloches moins diffus, que l’on assiste à une disparition progressive du rôle des cloches et à l’oubli des codes qu’elles délivrent. Dur constat pour le spécialiste, alors qu’il avait lui-même étudié cette richesse patrimoniale lors de ses enquêtes campanaires : « il existait dans certains villages pyrénéens plus de vingt sonneries de glas différents pour annoncer les décès », cite-t-il en exemple. La cloche, cependant, semble reprendre du service depuis une vingtaine d’années. Parmi des exemples qu’il pourrait multiplier avec plaisir, Alain Jouffray cite quelques événements récents scandés et solennisés par le son des cloches : la réunification de l’Allemagne, la chaîne des cloches lors des célébrations de l’an 2000 et le récent accord historique en Irlande du Nord… Une silhouette bien roulée La forme définitive de la cloche, en forme de « casque », a été décrite dès le 18e siècle dans l’Encyclopédie de Diderot et de D’Alembert. Mais l’évolution n’est jamais finie : le développement technologique a permis aux fondeurs de la seconde moitié du 20e siècle de parfaire le procédé et, en collaboration avec les chercheurs, de se concentrer sur l’amélioration des propriétés du son et de l’accordage. Alain Jouffray donne l’exemple d’une cloche agrémentée d’un bourrelet, créée dans les années 1990 en Hollande à la demande de musiciens perturbés par des composantes du son des cloches. Sans entrer dans l’exaltante mais exigeante théorie acoustique, il nous explique que ces composantes, qui définissent le timbre d’un instrument, sont appelées des « partiels » et, pour faire simple, sont inharmoniques dans le cas de la cloche. Au rayon des nouveautés technologiques, il cite encore les « cloches à trous » sur lesquelles travaillent aujourd’hui les fondeurs et « qui permettent un contrôle de la diffusion des partiels ».
Musée Européen d’Art Campanaire : www.museoartpremier.com/LIsleJourdain-MuseeCampanaire.html CLOCHES – Voix de Dieu, messagères des hommes (2003), Arnaud Robinault-Jaulin, Collection Patrimoine vivant, Éditions REMPART-Desclée de Brouwer LA CLOCHE – À toute volée dans la vie des hommes (1991), Dominique Joly, Collection Des objets font l’Histoire, Éditions Casterman CLOCHES, CARILLONS ET ART CAMPANAIRE (1984), Alain Jouffray, ARCAD Midi-Pyrénées ***
Mots-clés : musique, mathématiques, Pythagore Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do. Les sept notes de la gamme, auxquelles on répète la première à l’octave, résultent d’un choix arbitraire qui, au départ, n’avait rien à voir avec la musique. La musicologue Dujka Smoje, professeure à la faculté de musique de l’Université de Montréal, rend à Pythagore ce qui lui revient. « Pour les Grecs anciens, la musique était une science au même titre que l’arithmétique, la géométrie et l’astronomie », explique-t-elle. Convaincu que le nombre régissait l’Univers, Pythagore (580 - 490 av. J.-C.) pensait que le mouvement des planètes produisait des sons à partir des nombres harmoniques inaudibles pour l’être humain. Pour ce mathématicien et philosophe, les lois qui régissent la Terre sont l’écho de celles du cosmos. S’il y a sept jours dans la semaine, c’est qu’il y a sept planètes dans le système solaire (on en a découvert deux autres depuis mais on vient d’en retrancher une, Pluton) ; il y aura donc sept notes dans la gamme. Ce sont les planètes qui chantent. Pour Pythagore, la musique est la manifestation sensible de l’ordre universel. « Sa nature est exprimée par les proportions mathématiques, qui définissent les consonances et les dissonances, et englobent la notion de l’harmonie, aussi bien dans le sens métaphorique que musical », reprend Mme Smoje. Par conséquent, les mêmes harmonies se retrouvent dans la division d’une corde vibrante, et l’ouïe en perçoit des intervalles parfaits : octave, quinte et quarte. « En combinant ces intervalles à partir de l’octave, explique Mme Smoje, les sept planètes trouvent leur écho sonore dans la gamme de sept sons, le huitième étant la répétition du premier dans un registre plus haut. Ainsi l’ordre cosmique est transposé dans la réalité humaine, rendant accessible cette vérité à la perception sensorielle. » Il faudra attendre 17 siècles avant que quelqu’un nomme ces notes de do à si. « Selon la tradition médiévale, ce baptême est dû à Guy d’Arezzo, un théoricien du 11e siècle, qui a trouvé cette astuce pour faciliter la mémorisation des mélodies. » Il s’inspirera de l’hymne des Vêpres de l’office de Saint Jean Baptiste, écrite par le poète Paul Diacre, et attribuera à chaque note la première syllabe du vers qui lui correspond (en latin). L’affaire des demi-tons Si le clavier du piano compte sept touches blanches et cinq noires, c’est qu’on a dans la gamme, en réalité, cinq tons entiers et deux demi-tons. Lorsqu’on divise les tons en demi-tons correspondant aux touches noires, cela donne 12 notes. « Mais ces séparations n’existent pas sur les instruments à cordes. Ce qui démontre encore une fois que notre gamme est au départ une convention. Nous gardons l’héritage pythagoricien voulant que tout soit fondé sur le nombre : les planètes, le calendrier, la musique... » Aurions-nous pu hériter d’une autre gamme ? Bien sûr : la gamme pentatonique compte cinq notes. Les Arabes ont une gamme de 17 notes et celle des Hindous en comporte 24. Or, si la musique orientale sonne étrangement à nos oreilles, c’est qu’on n’en a pas appris le langage. « On peut faire l’analogie avec la langue maternelle, illustre la spécialiste. Si l’on ne saisit pas la musique des autres cultures, c’est qu’on n’en a pas intégré ses bases dans notre tendre enfance. C’est là un des problèmes de la musique contemporaine, d’ailleurs, qui s’applique à défier les habitudes musicales. » Il y a beaucoup plus de similitudes entre les chansons de Céline Dion et la musique de Jean Sébastien Bach qu’entre celle-ci et le répertoire du Nouvel Ensemble Moderne. La chanteuse québécoise et le cantor de Leipzig doivent leur célébrité aux mélodies tonales qui respectent parfaitement les conventions de la gamme. Les compositeurs de musique contemporaine, même lorsqu’ils affectionnent les bons vieux instruments de l’orchestre (cordes, cuivres, vents, percussions), s’appliquent plutôt à déconstruire la convention tonale. Mathématiciens et musiciens Plusieurs grands mathématiciens ont été fascinés par la musique, et cette dernière a abondamment nourri les sciences exactes. Mme Smoje affirme que la musique, en tant que modèle sensible des lois mathématiques, sert encore beaucoup les sciences modernes. Un exemple ? « Max Planck a développé les bases de la théorie des quanta en observant ce qui se passait avec les harmoniques supérieures sur un monocorde. Le quanta physique correspond par son principe au quanta harmonique. » Détail non négligeable, le physicien allemand Max Planck (1858-1947) était un musicien aguerri. Il a tâté de la composition, touché l’orgue et joué du piano en duo avec le violoniste... Albert Einstein. Dans L’harmonie des sphères (Seuil), l’astrophysicien Dominique Proust retrace l’histoire de cette relation millénaire dont la plus récente expression est la bande sonore musicale transportée par la sonde Voyager vers d’hypothétiques civilisations extraterrestres. « Pourquoi y a-t-il de la musique plutôt que du bruit ? Cette question met en parallèle l’activité de la nature tout au long de l’évolution cosmique et l’élaboration d’œuvres musicales par les créateurs humains tout au long de l’histoire connue de la musique », écrit en préface l’astrophysicien Hubert Reeves. Proust, qui est ingénieur de recherche à l’INRS, est un organiste réputé, titulaire des orgues de Notre-Dame de l’Assomption, à Meudon (France). Après avoir enseigné la musicologie pendant 35 ans, Dujka Smoje continue de s’étonner de la richesse de notre gamme vieille de plus de deux millénaires. En avons-nous exploré toutes les possibilités ? « Je ne le crois pas. Il y a encore beaucoup de potentiel dans la gamme à sept notes et à 12 sons. L’imagination des créateurs est sans limites et la musique a besoin de parcourir de nouveaux territoires. Par plaisir, par défi ou encore pour vérifier si les Anciens avaient raison... Car les règles du jeu de Pythagore séduisent toujours les artistes contemporains. Des compositeurs comme Karlheinz Stockhausen, György Ligeti et Yannis Xenakis sont tout à fait pythagoriciens. »
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Mots-clés : musique, ethnologie, transe, science Une idée reçue fortement répandue : la musique est un langage universel. Prenez l’excellent film Rencontre du troisième type de Spielberg : extra-terrestres et humains fredonnent de conserve la même ritournelle. La démonstration est faite, la communion des âmes passe par quelques accords bien sentis. Les choses sont toutefois un peu plus compliquées. « Faites écouter du Bach à des Inuits, ils trouveront ça très mauvais. Pour eux, il y a bien trop de notes ! » Monique Desroches sait de quoi elle parle. Ethnomusicologue et directrice du laboratoire de recherche sur les musiques du monde à l’Université de Montréal, elle étudie, notamment, le jugement de valeur et l’appréciation musicale. Spécialiste du phénomène de la transe, elle déboulonne en passant plusieurs perceptions erronées sur cette coutume un peu mystérieuse, et sur notre propre rapport à la musique. « On entend souvent dire qu’il y a des “ universaux ” en musique, c’est-à-dire des éléments communs à toutes les musiques du monde. C’est faux à l’échelle planétaire. En revanche, il existe bien des ancrages culturels, et certaines aires géographiques partagent des styles communs. » Mais attention, les barrières culturelles traversent volontiers les continents : un Zulu d’Afrique du Sud n’appréciera pas la même chose qu’un Marocain. « Bien sûr, avec la mondialisation, le phénomène de la “ Mcdonalisation ” de la musique est bien réel. Cependant, c’est un peu comme avec le Coca-Cola : ce n’est pas parce qu’il est répandu partout qu’il est apprécié partout ! » À méditer… Rien d’universel « Le goût musical est comme le goût culinaire : il ne va pas de soi. Tout est question d’éducation et d’habitudes, note-t-elle. On apprend progressivement à structurer son écoute pour avoir les bons codes d’apprentissage. C’est comme ça que les goûts se développent et se raffinent. » Un peu à la manière du premier café qui est souvent dur à avaler (en général, ça passe…), les styles musicaux ont besoin d’être apprivoisés pour être appréciés. Et aucun Québécois n’est programmé à la naissance pour aimer le rigodon : la chose vient (ou non !) avec l’entraînement, l’âge et la connaissance. Si nos préférences musicales sont bien culturelles, il en va de même de notre manière de les manifester. « Il n’y a rien d’universel dans l’écoute de la musique. Ce sont des modèles de comportement culturellement bien ancrés. Nous, les Occidentaux, quand on aime un artiste, on se tait et on l’écoute. Demandez à Glenn Gould comment il savait que sa musique était appréciée : parce qu’il n’y a pas un bruit dans la salle ! Chez les Sud Américains, par exemple, c’est bien différent : on montre qu’on aime la musique en faisant du bruit et en bougeant ! » Un constat que Mme Desroches met en pratique dans ses recherches actuelles, qui portent sur le jugement de valeur et sur la mise en tourisme de la tradition musicale. « En ce moment, nous nous intéressons en particulier aux spectacles touristiques des Antilles. Cette région attire de plus en plus de visiteurs qui viennent d’Amérique du Sud, et l’industrie du spectacle doit trouver de nouvelles manières pour s’adapter à ce changement de public. » Musique et transe Les travaux de Mme Desroches l’ont menée en terrains fort contrastés. Du Nord du Québec, chez les Inuits, dans le cadre de ses études universitaires, aux îles de l’Océan Indien, où elle a mené d’importantes recherches sur la transe dans les communautés créoles et indo-créoles de la Réunion. « Ce sont deux aires culturelles très différentes à plusieurs points de vue, et pas seulement à cause du climat. Dans le Grand Nord, on parle d’une société archaïque très homogène, où les gens vivent dans d’immenses espaces. Dans les îles du Sud, des communautés multiethniques qui se sont créées en un espace de temps très court vivent dans un espace exigu. La problématique sociale et culturelle est donc bien différente. » Ces îles sont le théâtre de cérémonies spirituelles au cœur desquelles la transe et la musique occupent une place centrale. Un phénomène de choix pour les ethnomusicologues. « Dans la transe de possession, une personne “ reçoit la visite ” d’une entité divine, et cet état provoque une amnésie pendant laquelle elle est investie d’un pouvoir qui lui permet par exemple de guérir des malades. Chez le possédé, il y a une surstimulation du cerveau qui est généralement activée par la musique. » Gilbert Rouget, un spécialiste de la question, signait dès 1980 une théorie générale des relations entre la musique et la possession, La musique et la transe (Gallimard). Comme l’explique Monique Desroches, « il a mis en lumière le fait que la musique, souvent présente au moment de la transe, est un moyen de médiation pour appeler les esprits. Il explique aussi qu’il y a un rapport culturel entre la musique et la transe : pour que quelqu’un entre en transe au moment où il entend un son précis, il doit être culturellement préparé à la chose depuis son plus jeune âge. La production du son en question n’aura aucun effet sur un non-initié. » Entrer en transe est bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Deux conditions minimales sont requises : le fait que le son soit culturellement signifiant, et que la personne soit volontaire et prédisposée à la transe. C’est ici que le conditionnement culturel prend toute son importance. Côté musical, le bon vieux cliché des tambours débridés a la vie dure. « Contrairement à ce que beaucoup pensent, le tambour n’est pas toujours l’instrument de prédilection de la transe. Dans le monde arabe, ce sont les voix ou la flûte, dans d’autres communautés, les instruments à cordes. Et parfois, la transe n’est même pas associée à un instrument particulier. » Car en matière de transe, c’est le mode d’exécution qui prime. Même si il peut y avoir de la place pour l’improvisation, ce type de musique répond à des règles et à une stylistique particulières qui ne doivent rien au hasard. « Dans le cas des percussions, notamment, le type de baguette utilisée ou l’aire de frappe sont très importants, même si les différences de fréquence sont parfois à peine audibles. Le rythme, également, a son importance : la redondance – rythmes répétés – favorise le déclenchement de la transe. » Ainsi, la musique jouée doit-elle être à la fois correcte du point de vue de son exécution et agréable à écouter pour celui qui entrera en transe. Stratégie de production et stratégie d’écoute sont aussi importantes l’une que l’autre. « En fait, précise Monique Desroches, la musique de transe doit être “ bonne ” pour trois entités : les esprits ou l’entité divine qui visite le possédé, le possédé lui-même qui est prêt à réagir, et enfin les spectateurs qui vont juger de la qualité de la transe et de la performance des musiciens. » Bref, le contraire d’une affaire personnelle. « L’ethnomusicologie se situe au carrefour du social et du musical. La musique y est à la fois considérée comme objet et comme enjeu, esthétique ou politique. Dans le cas de la transe, on voit bien à quel point elle peut vraiment être un marqueur identitaire », conclut Mme Desroches. N’en déplaise aux amateurs de musique expérimentale ultra futuriste, ils appartiennent bien à une tribu d’homo-musicus sur les traces de leurs lointains cousins créoles. Un prochain sujet d’études pour les ethnomusicologues ?
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Mots-clés : Musilab, Musique, informatique, science L’aventure commence en 1987. Le Musilab gère alors les équipements de musique, les laboratoires, le studio d’enregistrement et la salle de spectacle du cégep de Drummondville. Lorsqu’on lui demande un nouveau logiciel de traitement musical, l’équipe décide plutôt de le créer. Elle vient ainsi de faire son premier pas sur le chemin de la recherche appliquée en musicologie. Le Musilab devient officiellement un Centre collégial de transfert de technologie (CCTT) en musique et son, reconnu par le Ministère de l’éduction en 1997. Depuis, sa mission s’est élargie avec les applications industrielles des ultrasons, par exemple, mais la musique reste au coeur de ses activités. Les membres du Musilab sont à la fois des musiciens et des scientifiques. Cette double expertise leur permet d’offrir des services comme celui du diagnostic musical des instruments. « Ce diagnostic consiste à décomposer sur ordinateur le son produit par un instrument, explique Daniel Caron, coordonnateur du secteur électroacoustique au Musilab. Grâce à cette information, les fabricants peuvent modifier la conception d’un instrument pour supprimer une composante du son ou en renforcer une autre. » Cette analyse quantitative du son complète l’appréciation d’un instrumentaliste. Le fabricant peut ainsi construire des instruments dont la qualité sonore reste semblable de l’un à l’autre. Pour pouvoir établir ces diagnostics, l’équipe du Musilab a dû mettre au point l’un de ses outils : le FPB25. Dans son boîtier plat, ce filtre très sélectif prévient la déformation du son lors de sa numérisation. Il élimine ce que Daniel Caron appelle les « fréquences fantômes » que le traitement mathématique de la numérisation ajoute au son réel. Il permet aussi de séparer les bruits parasites de hautes fréquences captés par le microphone comme le son du vent qui passe par une fente étroite. L’originalité du FPB25 tient à sa conception mixte qui fait appel à l’analogique et au numérique. Le premier garantit la rapidité de fonctionnement de l’appareil. Cette vitesse permet, par exemple, au musicien de s’entendre sans décalage par rapport à son jeu dans les écouteurs quand il s’enregistre. Le second assure la précision du filtre et compense pour le vieillissement des composantes analogiques au cours du temps. « Nous réfléchissons à sa commercialisation, déclare Marcel Boutin, directeur général du Centre de transfert technologique. De façon générale, au Musilab, nous voulons compétitionner les Américains et les Asiatiques sur le marché québécois. » Les membres du Musilab enregistrent aussi des sons pour les préserver. Le site internet qu’ils ont mis en ligne, Un monde d’objets parlants, contient des archives du patrimoine musical canadien. On y retrouve des pièces de musique traditionnelle qui remontent à l’époque des rouleaux de cire, une technologie de la fin du 19e siècle remplacée par le disque 78 tours dans les années 30. Amateurs d’Ovila Légaré ou de la Bolduc, ce site est ouvert à tous.
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Un producteur nous éclaire : les Jardins
de Métis Mots-clés : musique, Jardins de Métis, science Pendant tout l’été et jusqu’au 30 septembre, Les Jardins de Métis, en Gaspésie, conjuguent botanique et expérience sonore. Parmi les 12 jardins contemporains présentés à la 8e édition du Festival international de jardins, quatre sollicitent autant les oreilles que les yeux. « Que ce soit par l’électronique ou par de simples cordes, les concepteurs ont intégré plusieurs sons étrangers à l’environnement naturel, l’objectif n’étant pas d’accaparer l’attention, mais plutôt de révéler le paysage, explique Lesley Johnstone, directrice artistique du Festival. Les visiteurs prennent ainsi conscience de la part de l’audible dans les jardins. » Promenade musicale surprenante. Jardin n° 1 : le Cat’s Cradle Le premier jardin est un instrument de musique en son entier. À l’instar du piano ou de la guitare, le Cat’s Cradle utilise des chambres de résonance, réalisées à partir de tables d’harmonie recyclées, ainsi que des cordes qui sont assemblées en treillis puis sont attachées aux arbres avoisinants. Un son est alors produit lorsque le vent fait bouger les branches. « Les visiteurs sont bien sûr les bienvenus pour “ jouer du jardin ”, en pinçant les cordes de leurs doigts », ajoute la directrice artistique. L’ensemble de l’œuvre s’inspire du jeu d’enfants Cat’s Cradle, qui consiste à enrouler un élastique ou une cordelette autour de ses doigts et à créer diverses formes pouvant s’apparenter à celles d’une toile d’araignée. Dans ce cas-ci, c’est le jardin qui devient un « jeu de ficelle » sonore. Jardin n° 2 : le soundFIELD En traversant ce jardin composé d’une forêt de peupliers, l’attention des promeneurs est captée par une douce conversation entre le bruissement des feuilles et un champ sonore électronique. Pour ce faire, les concepteurs de soundFIELD ont placé cinq capteurs dans les arbres capables de saisir les changements de la vitesse et de la direction du vent, puis de les traduire en sons. Grâce à différents haut-parleurs et amplificateurs distribués dans le jardin, un véritable tissage de sons est créé. Un tissage d’autant plus intéressant qu’il permet de vivre une expérience d’écoute continue et évolutive. En effet, les concepteurs ont imaginé une composition sonore qui équivaut à la durée du Festival, soit 144 000 minutes. Leur jardin devient ainsi un espace de performance qui s’adapte au fil du temps et du lieu. Jardin n° 3 : la Pomme de parterre Inspiré d’expériences scientifiques pour élèves de niveau primaire, le projet Pomme de parterre fait appel à l’énergie produite par la bonne vieille patate pour créer un étrange environnement visuel et sonore à l’intérieur d’une pièce souterraine. « La génératrice de son et de lumière est composée de 1 000 pommes de terre, soit l’équivalent de la consommation annuelle de ces tubercules par une famille canadienne moyenne, précise Mme Johnstone. Ces patates sont branchées en série, puis en parallèle afin d’augmenter le voltage et l’intensité du courant électrique. L’électricité produite est ensuite directement convertie en onde sonore et diffusée à l’intérieur de la pièce. » Les visiteurs peuvent ainsi se rendre compte du potentiel énergétique d’une simple patate, et, par extension, du potentiel d’une grande variété de matériaux organiques. Jardin n° 4 : la boîte noire Dans ce quatrième jardin, les visiteurs font face à une énigmatique boîte noire placée au milieu d’un champ apparemment en friche. Au fur et à mesure de son avancée sur le site, on perçoit un bruit étrange : une composition électronique basée sur le son de tourniquets d’arrosage. De plus, la boîte comprend des pans miroitants et des sièges colorés où les curieux peuvent s’installer pour écouter des conversations et des rires d’enfants. « Étant donné qu’un jardin est une construction culturelle et non un objet fixe, les concepteurs ont demandé aux élèves de quatre écoles élémentaires de raconter ce qu’un jardin veut dire pour eux, dit Mme Johnstone. Leurs réponses ainsi diffusées dans la boîte nous font réfléchir sur la définition même d’un jardin. » Pour la directrice artistique, cet événement est l’occasion idéale pour les visiteurs de se sensibiliser à leur environnement sonore. Les diverses installations du site servent en quelque sorte de « lunettes » qui permettent d’apprécier pleinement la vaste gamme de sons qui habite ce lieu enchanteur…
Pour en savoir plus : http://www.jardinsmetis.com/festival/concepteurs.htm Pour en savoir plus sur les Jardins de Métis : http://www.spst.org/servlet/FicheProducteur?producteurs_id=433 ***
Quelques notes de science Quand la musique n’a
plus de sens Musique et maths Le secret des Stradivarius
Création assistée La voix dévoilée Pour la bonne cause
Rousseau et la musique Le médecin musicien Conversations… Pi en musique Promenade autour de la
cochlée ***
Nos complices libraires de la Librairie Monet vous suggèrent un cocktail de bandes dessinées sur le thème de la musique. JAZZ ET BLUES Collection BD Jazz (24 titres), éd.
Nocturne. Total jazz, de Blutch, éd. Seuil. Barney et la note bleue, de Jacques de Loustal
et Philippe Paringaux, éd. Casterman. Mister Nostalgia, de Robert Crumb, éd.
Cornélius. Nostalgia in Time Square, de Jacques Ferrandez
et Patrick Raynal, éd. Futuropolis. MUSIQUE CLASSIQUE / OPÉRA L’Orchestre des doigts (4 tomes parus),
d’Osamu Yamamoto, éd. Milan, coll. Kankô. Le point B, de Zviane, Monet éditeur. Aïda, de Pierre Frisano et Raymond Maric,
d’après Giuseppe Verdi, éd. Théloma. ROCK Le local, de Gipi, éd. Gallimard, coll.
Bayou. Hamster jovial et ses louveteaux, Marcel Gotlib,
éd. Fluide glacial. Pop, rock et colégram, de Jean Solé,
Marcel Gotlib et Alain Dister, éd. Fluide Glacial. Jimi Hendrix – The Voodoo Child, de Bill
Sienkiewicz et Martin I. Green, éd. Delcourt. The End – Jim Morrison, de Romain Renard,
éd. Casterman, coll. Rebelles. Beck (19 tomes parus), de Harold Sakuishi,
éd. Delcourt. BIOGRAPHIES Il existe également quelques biographies de musiciens en bandes dessinées, dont celles de Billie Holiday, Fats Waller, Kurt Cobain, Alice Cooper, Eminem, etc. ainsi que bon nombre d’ouvrages adaptant les chansons de grands de la chanson française en bandes dessinées (Ferré, Brel, Gainsbourg, Brassens, Piaf, Dutronc, Vian, Cabrel, Goldman, Renaud, etc.) Demandez à votre libraire ! (http://www.librairiemonet.com/lancer.html) AUTRES DIRECTIONS MUSICALES Klezmer (3 tomes parus), de Joann Sfar, éd.
Gallimard, coll. Bayou. Le chant de la machine (2 tomes), de Mathias
Cousin et David Blot, éd. Delcourt. Le Stéréo Club (3 tomes parus),
de Rudy Spiessert et Hervé Bourhis, éd. Dargaud, coll. Poisson
pilote. Bob Marley – La légende des Wailers,
de Roland Monpierre, éd. Albin Michel. Histoire de la musique en bandes dessinées
(éd. Intégrale), de Bernard Deyries et Denis Lemery, éd.
Van de Velde. OuMuPo (6 tomes), divers auteurs, éd.
Ici d’ailleurs. ***
La forêt, une salle de
concert pour oiseaux, rongeurs et bois mort ? Pourquoi pas. Elle
peut aussi fournir une foule d’idées d’activités
scientifiques à réaliser à l’école,
à la bibliothèque ou en famille. Voici une importante sélection
d’outils et de services que Kaléidoscope
met à votre disposition aux quatre coins du Québec.
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