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Photo: Charles Horetzky (1871), Archives Canada, Wikimedia Mots-clés : mathématiques, Nord du Québec, Cris, enseignement des sciences
Le cercle est une forme géométrique extrêmement courante dans la culture autochtone. Comme l’a remarqué l’enseignant, on le trouve dans l’habitation, l’habillement, la médecine traditionnelle, l’art, etc. Il peut servir de base à d’innombrables expériences que Pego a imaginées pendant qu’il enseignait au Voyageur Memorial School de Chisasibi. Il a eu tant de succès avec cette approche que la Commission scolaire crie lui a donné la responsabilité d’appliquer ses méthodes aux neuf écoles primaires et secondaires du territoire. D’enseignant, il est passé à conseiller pédagogique auprès de tout le personnel. « En amenant les jeunes à se poser des questions simples – qui, quoi, quand, pourquoi et comment – on peut faire des liens passionnants entre les sciences physiques, la langue et l’histoire », dit ce pédagogue passionné qui détient un doctorat en génie mécanique de l’Université de la Saskatchewan. À ceux qui disent que les mathématiques ne les concernent pas, il répond : « Au contraire, les maths sont à la base de toute la connaissance scientifique! On passe par elles pour expliquer la formation des flocons de neige, la forme des arbres, l’organisation des galaxies, etc. » Puis, ce Cubain d’origine ajoute : « À voir la réaction de mes élèves, je crois que le message passe ». Évidemment, il est conscient du joli contraste provoqué par sa présence dans une communauté nordique. Verbomoteur et expressif, il est plongé dans un monde peu bavard aux gestes lents. Mais Peco affirme que les deux peuples (Cubain et Cri) peuvent être très compatibles, même dans leurs dissemblances. Lui, en tout cas, ne se sent pas du tout dépaysé dans cet océan d’épinettes et de neige. Au contraire, il apprécie la qualité de la vie que lui offrent Chisasibi et les environs. Une fois sa journée de travail complétée, il lui reste d’innombrables heures pour s’exercer à la guitare, lire, écrire, recevoir des amis… Le froid? On s’habille chaudement. Question réglée.
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Le Centre communautaire de Chisasibi. Photo: Wikimedia La science avec les mains « On ne peut pas enseigner les sciences aux autochtones comme on les enseigne dans le sud. Ils ont besoin de voir, de toucher, de goûter et de sentir. Ils doivent passer par l’expérience, faire de la science avec les mains », dit l’Objiway Michael Paulin, qui parcourt le nord à la rencontre des jeunes élèves cris. M. Paulin déplore la rareté des modèles de réussite professionnelle dans le secteur scientifique chez les Cris. « Les jeunes, ici, ne voient presque jamais de représentants de leur communauté exercer un métier relié aux sciences, commente-t-il. Les infirmières, les médecins ou les dentistes qu’on voit ici sont des Blancs. » À le voir interagir avec les enfants d’une quinzaine de communautés autochtones du Québec réunis ici à l’occasion de l’expo-sciences, on comprend que cet ancien militaire suscite la confiance des jeunes, même quand il fait tonner sa voix pour imposer sa discipline. « Au début, les enfants ne nous regardaient même pas quand nous allions dans les classes. Ils ne nous répondaient pas. Maintenant, ils sont très heureux de nous voir et ils réclament notre présence si nous sautons leur classe », dit-il.
En choisissant des expériences concrètes comme le pistage de mammifères, et l’observation d’oiseaux, M. Lajoie a, lui aussi, réussi à gagner la curiosité des enfants. Ce diplômé en biologie de l’Université Concordia a même acquis un statut d’expert dans le village. « Quand les jeunes trouvent une pierre un peu étrange, ils viennent me la montrer pour que je l’identifie. Ou s’ils se posent des questions sur les organes d’un animal qu’un chasseur a dépecé sous leurs yeux, ils me les adressent. Je n’ai pas toutes les réponses, mais je peux leur montrer comment les trouver. » Rencontres On rencontre des gens étonnants au bord de la baie James. Fatoumata Keita enseigne la science à Waswanipi. Née au Mali de parents enseignants, cette polyglotte surdouée a effectué des études universitaires en Allemagne, en biologie cellulaire, avant d’immigrer au Canada pour travailler dans le secteur pharmaceutique, notamment dans une grande entreprise de Toronto. « J’ignorais tout de Waswanipi jusqu’à ce qu’une amie me dise qu’on cherchait désespérément à combler un poste vacant. J’ai fait la route en auto et j’ai rencontré la directrice le 15 août 2008. L’école commençait le 18. J’ai accepté. » Même si elle a été amputée des trois quarts de son salaire et qu’elle s’ennuie de ses enfants laissés en Ontario, elle sent que sa place est là, parmi ces jeunes qui ne demandent qu’à être stimulés par des défis à leur mesure. « Il n’y a pas d’enfants idiots, dit-elle. Il n’y a que des professeurs maladroits. »
Pour Georges Mboko Ya Makano, qui enseigne les sciences à Waskaganish, ce mutisme est un obstacle majeur. « Quand le programme scolaire conçu dans le sud prévoit une discussion avec les élèves, on l’escamote et on passe à l’exercice suivant. Inutile d’insister », dit-il. Certains professeurs ont passé plusieurs années avec les mêmes élèves sans jamais avoir pu les entendre dans leurs cours. Pas une seule parole audible. Alain Lajoie évoque le même problème. Nathalie Krumhorn, directrice de l’école Winiibekuu, déplore que des parents dans sa communauté semblent avoir décroché bien avant leurs enfants. Ils exercent peu d’autorité envers leurs fils et leurs filles, même quand ces derniers font l’école buissonnière. Plusieurs ne se rendent qu’occasionnellement à l’école. « Dans ma classe de 19, j’en ai souvent huit ou 10, dit Georges Mboko Ya Makano. Il faut vivre avec cela. » Je les ai vus trainer dans les rues du village jusqu’à 22 h. Selon Nathalie Krumhorn, c’est encore tôt, 22h. « Il nous arrive d’appeler à la maison pour dire aux parents que leur enfant ne s’est pas présenté en classe. Les parents répondent : je sais, il dort. Ils ne veulent pas les réveiller. » Faut dire que plusieurs autochtones ont une relation paradoxale avec l’école. Bon nombre d’adultes ou leurs parents ont connu les fameuses « residential schools » où on les exilait en masse pour les « canadianiser » et où il était interdit de parler leur langue. On les a coupés de leurs familles et de leur mode de vie traditionnel. Avec son mari aujourd’hui décédé, Joséphine Diamond, par exemple, a été forcée de laisser ses sept enfants dans une de ces écoles ontariennes quand elle est revenue dans le bois, un automne. Un événement dont sa fille se souvient très bien. Cela dit, Mme Bear me paraît particulièrement bien adaptée à sa double identité, s’exprimant aussi bien en anglais qu’en français. Elle a transmis à ses enfants une valorisation de la réussite. Elle m’informe que sa fille Stacie a été élue chef du « Youth council » du Grand conseil des Cris. Les juges venus du sud sont aussi de magnifiques modèles de réussite pour les jeunes autochtones qui ont convergé à Waskaganish pour cette rencontre annuelle. L’une est ingénieure chimiste, l’autre physicien, économiste ou ingénieur civil. En les voyant discuter longuement ensemble, on se dit que, pour certains, la semence d’une carrière a peut-être été plantée. Mathieu-Robert Sauvé, collaboration spéciale |
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Numéro 38 | Automne 2009 Sommaire Expo-sciences autochtone 2009 : Bienvenue chez les Cris La géométrie des tipis |
Promenades suggérées Expo-sciences autochtone Québec Reportage vidéo au sujet de l’Expo-sciences autochtone 2009 (en anglais) Consultez nos archives Pour être avisé
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