En novembre, la science a rendez-vous avec la culture


Quelle est la place des sciences dans la culture ? Les éternelles oppositions entre sciences dures, sciences humaines, lettres et arts ont-elles encore un sens aujourd’hui ?

« Les sciences sont indissociables de la culture et la culture n’a de sens que si les sciences l’enrichissent de leurs découvertes », affirme, sans hésitation, Jean-François Chassay, professeur titulaire au département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et responsable du colloque « Science, imaginaire et éthique » qui se tiendra à l’UQAM les 21, 22 et 23 novembre.

« Pour bien des gens, les sciences ne font pas partie de la culture, poursuit-il. Pourtant, elles ont toujours participé à la métamorphose de notre monde et bouleversé les conservatismes, et elles ont maintes fois provoqué des chocs culturels. »


La science, loin des salons ?

Selon Jean-François Chassay, la supposée dichotomie entre humanités et sciences, qui apparaît souvent comme un phénomène naturel, reposerait en fait sur des choix culturels. Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien français professeur à l’Université de Nice, se plaisait d’ailleurs à faire cette remarque très révélatrice dans un de ses textes : « on parle de tout à un cocktail : de voitures, de sport, de cinéma, de peinture, de littérature mais jamais de chimie ou de mathématique. » (1)

Ainsi, bien que les mathématiques existent depuis plus de 2000 ans, elles ne sont toujours pas intégrées à la culture. Pourquoi ? Parce que, selon M. Lévy-Leblond, il est bien difficile de se quereller sur un sujet tel que la physique quantique !

 

Alors que les sciences ont une influence primordiale sur notre qualité de vie, sur notre façon de comprendre le monde et de communiquer, les concepts scientifiques demeurent souvent insaisissables… Comme si nous avions tacitement décidé que ces principes et ces bases étaient incompréhensibles pour le commun des mortels et devaient rester entre les mains des scientifiques. Comme si les mots nous faisaient soudainement défaut lorsqu’il est question de chimie ou de physique.

 


Science, imaginaire et éthique

Le colloque organisé à l’UQAM vise donc à questionner la place et le statut des disciplines scientifiques dans nos sociétés et notre culture. D’abord en s’interrogeant sur l’impact des sciences sur notre imaginaire. Comment la science touche-t-elle l’imagination collective et individuelle de chacun ? Comment s’inscrit-elle dans notre culture via l’imaginaire ? Quelle est la part d’imagination dans le travail quotidien du chercheur ?

D’autre part, en s’intéressant aux questions éthiques soulevées par la recherche scientifique. La science est-elle au service de l’humanité ? Comment bouleverse-t-elle certaines de nos croyances et notre réalité quotidienne ? Comment touche-t-elle aux dimensions éthiques, morales, religieuses et sacrées de nos vies ? Le scientifique a-t-il un rôle politique à jouer ?

 

« Le scientifique est souvent perçu comme un être froid, silencieux, enfermé dans sa tour d’ivoire, note M. Chassay. Pourtant, il n’est pas coupé du monde. Les chercheurs doutent, se remettent en question et s’interrogent sans cesse. La science, ce n’est pas juste des faits. C’est un monde de passions, de discussions et de hasard. »
 

Les invités du colloque de l’UQAM, tant européens que québécois, proviennent de différentes disciplines : mathématiques, médecine, histoire, physique, littérature, philosophie, paléontologie, et communications. L’événement s’adresse à tous. Le pari qu’a voulu relever M. Chassay est d’éviter la « surspécialisation », en réunissant autour d’une même table des scientifiques issus de différentes disciplines, et intéressés à s’interroger sur le statut de la science dans ses dimensions imaginaires, symboliques, sociales et institutionnelles.

Les thèmes abordés sont divers et nombreux : Quelle est la place des sciences dans le champ des savoirs aujourd’hui ? A-t-on le droit de transposer des concepts scientifiques dans d’autres domaines ? L’écriture scientifique est-elle une écriture comme une autre? Faut-il inventer un nouveau vocabulaire pour rendre compte des réalités qu’offrent les sciences depuis près d’un siècle ?

Ces sujets de discussion passionnent M. Chassay depuis toujours. Il dirige depuis huit ans un groupe de recherche appelé le S.é.l.e.c.t.i.f. (Savant et espace du laboratoire : épistémo-critique de textes irrigués par la fiction), qui étudie la place des sciences dans la culture et plus spécifiquement dans la littérature. Il est l’auteur de l’essai Imaginer la science, paru aux Éditions Liber, au printemps 2003, où il analyse la place et le statut du chercheur scientifique dans la fiction contemporaine. Cette année, il a également publié une bibliographie sur les fictions scientifiques intitulée La science des écrivains dans la collection La bibliothèque de La Science se Livre.

« Quand on s’intéresse à la culture de manière assez large, on ne peut pas passer à côté des sciences », conclut M. Chassay qui espère voir un jour les frontières s’ouvrir et les ponts se multiplier entre les différentes disciplines.


Chantal Legault

Collaboration spéciale


(1) Jean-Marc Lévy-Leblond, L’esprit de sel, Seuil, Paris, 1984

 


La science des écrivains – ou comment la science vient à la littérature (2003), coll. « La science se livre ».
Pour commander cet ouvrage :
www.spst.org/lascienceselivre/chassay



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