Piliers de bar… des sciences

 

 

Eh non, les congrès universitaires n’ont pas le monopole des débats scientifiques. Il est possible de rencontrer des chercheurs et d’échanger avec eux sur des grands enjeux de société en toute convivialité... autour d’un verre. Tel est le principe des bars des sciences, ces nouveaux rendez-vous de la médiation scientifique.

Les bars (ou cafés) des sciences connaissent une popularité grandissante un peu partout au Québec. Ils ont maintenant leur propre « livre de recette » : Bars des sciences : mode d’emploi, publié par la SPST dans la collection « La bibliothèque de La Science se Livre ». Son auteur, Raymond Lemieux, rédacteur en chef du magazine Québec Science, explique : « L’idée est de faire sortir la science de ces lieux habituels que sont les classes, les colloques, les congrès ou les salles de conférence. On compare parfois les bars des sciences aux cafés qui se tenaient dans les salons au 19e siècle. »

Du Maroc au Danemark, en passant par le Royaume-Uni, le Cameroun ou l’Argentine, ces rencontres fleurissent sur presque tous les continents. Le principe est simple : un thème intéressant, un panel de bons communicateurs scientifiques pour lancer le débat, un animateur efficace, un public passionné, et le tour est joué.


Mode d’emploi

Bars des sciences : mode d’emploi s’adresse à toutes les personnes travaillant dans l’organisation d’événements en culture scientifique, mais aussi aux simples curieux qui désirent participer ou organiser un bar des sciences. Ce livre intéressera également les intervenants invités à faire partie des panels. « Un jour, j’ai invité un chercheur dont la réaction immédiate a été de me dire qu’il n’avait pas le temps de préparer une conférence. Les bars des sciences, au contraire, misent sur les échanges avec le public », note Raymond Lemieux. Preuve que la formule n’a pas encore été totalement décodée par tous les chercheurs !

Sur le plan de l’organisation, voici quelques uns des principes qui garantissent la réussite de l’événement : un nombre de participants limité, un animateur qui veille à ce que la parole ne soit pas monopolisée par les « stars du micro », des bons thèmes de discussion (ni trop pointus, ni trop généraux). Les ingrédients plus techniques, comme le choix du lieu ou du système de sonorisation, ont également leur importance. Comme le note Raymond Lemieux, « le public est central dans un bar des sciences, c’est sa participation qui fait la différence entre un événement qui est réussi ou raté. Et sa participation dépend à la fois du lieu où est organisée l’activité, de la qualité de l’animation et de la qualité du contenu discuté ». Des invités qui ont tous le même point de vue ou une mise en scène rappelant trop celle d’un cours magistral risquent fort de faire redescendre le soufflé.

 

« Les bars des sciences impliquent
que nous sommes égaux devant le savoir et que la discussion sur la science n’appartient pas exclusivement
aux experts. »

Bar des sciences : mode d’emploi

 


Quand Trois-Rivières se lance dans l’aventure

Au Québec, l’UQAM et le magazine Québec Science ont été à l’origine de plusieurs de ces rencontres scientifiques nouveau genre. Des initiatives qui ne cessent de faire des petits : Christian Bouchard, qui enseigne la littérature au collège Laflèche, s’est lancé dans l’aventure cet automne en organisant le premier bar des sciences de Trois-Rivières. Le thème choisi : la centrale nucléaire de Gentilly. « L’événement a fait boule de neige : dans les jours qui ont suivi, un journaliste du Nouvelliste de Trois-Rivières s’est emparé du dossier, suivi de près par d’autres médias. Au final, le nucléaire a été le sujet de l’heure pendant plusieurs semaines, en partie grâce à notre bar des sciences ! »

En tant qu’enseignant affecté au programme « sciences de la nature » au collège Laflèche, Christian Bouchard compte parmi ses collègues plusieurs enseignants de sciences « dures », mais aussi des professeurs de philosophie qui, comme lui, ont fait le saut vers la physique et la chimie, le temps d’une soirée. « Cette démarche m’a énormément apporté. Comme j’étais l’animateur de la soirée, j’ai dû me documenter sur le sujet et j’avoue avoir eu un peu le trac au début ! Et ça été également une belle surprise pour les étudiants de voir leur professeur jouer le jeu... »

 
Yannick Villedieu, lors d’un bar des sciences présenté par l'émission Les années-lumière et le magazine Québec Science
Photo : Yves Provencher

 

Pour M. Bouchard, cette expérience a de beaux jours devant elle. « On a parfois tendance à oublier que la science fait partie de notre quotidien. Or, quelle que soit la future profession de nos élèves, ils en auront tous besoin pour appréhender le monde dans lequel nous vivons. Un bar de sciences est un événement idéal pour alimenter leur curiosité. »

Dire que ce premier bar des sciences a radicalement transformé la petite communauté du collège Laflèche serait sans doute exagéré. Cependant, l’événement a laissé des traces durables et les Trifluviens se préparent à revivre l’aventure au cours de l’année. « Ça a créé une belle dynamique, autant du côté des élèves que de celui des professeurs. Les étudiants se sont beaucoup préparé avant l’événement et étaient particulièrement fiers d’y avoir participé. De leur côté, les professeurs de sciences se sont eux aussi beaucoup engagés, et, d’une certaine façon, ça les a rendus encore meilleurs ! »

Pour Raymond Lemieux, les bars des sciences sont comparables à des performances de jazz : « On ne sait jamais comment ça va finir, ni même comment ça va se dérouler, mais quand les musiciens ont du talent et que le public est bon, ça fonctionne toujours ! ».


AF

 


Pour en savoir plus sur les bars des sciences au Québec :
www.bardessciences.qc.ca

Bar des sciences : mode d’emploi est publié par la SPST, à « La bibliothèque de La Science se Livre ». Pour le télécharger, cliquez ici.




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