Véronique Martel,
une Innovatrice à l’hôpital

Si l’image du savant fou claquemuré dans son laboratoire a encore la vie dure, rencontrer l’Innovatrice Véronique Martel vous la fait définitivement jeter aux oubliettes. « On ne fait pas de la recherche pour soi, mais pour la communiquer, dit-elle. Bien sûr, il y a les publications dans les revues scientifiques, mais l’information doit être diffusée plus largement. La culture en sciences est nécessaire si on veut comprendre le monde dans lequel on vit et ce qui se dit dans les médias. Sans une culture de base, on dit et on croit n’importe quoi. »

Une vérité qui rejoint toutes les clientèles : adultes et enfants. À la maison, au musée, à l’école ou à la bibliothèque. Mais pour Véronique Martel et plusieurs de ses collègues du programme des Innovateurs, la culture scientifique a aussi sa place à l’hôpital. Pour la troisième année, cette entomologiste dotée d’un cœur gros comme ça prend son ordinateur sous un bras, ses vitrines d’insectes sous l’autre, et visite les écoles primaires et l’hôpital pour enfants Sainte-Justine de Montréal.

Trouvez l’insecte

Sa passion pour l’entomologie a débuté lorsqu’elle était enfant. D’abord fascinée par l’intelligence de la pieuvre – mais « ce n’est pas un animal très courant au Québec » – Véronique Martel se tourne vers les invertébrés : « C’est si petit, et pourtant si complexe! » Collectionneuse d’insectes, sa fierté se teinte de tendresse quand elle vous montre ses vitrines.

Son atelier, « Ne vous fiez pas aux apparences », porte sur la capacité de mimétisme. En classe, ses photos impressionnantes où les insectes se fondent littéralement dans le décor remportent toujours un franc succès. Quand elle dévoile ses vitrines de spécimens naturalisés, les enfants sont plus curieux qu’effrayés : « Oh, bien sûr, il y a quelques fois une petite réaction de “beurk”, mais qui ne dure pas. » Parfois, elle apporte avec elle des insectes vivants prêtés par le laboratoire du Centre de recherche et de développement en horticulture de Saint-Jean, où elle fait son doctorat.

À Sainte-Justine, Véronique intervient auprès de petits groupes de sept ou huit enfants hospitalisés en psychiatrie. Elle reconnaît que l’expérience est un peu plus difficile : les enfants peuvent être agités et avoir des réactions imprévisibles ou surprenantes. « Mais il suffit d’en être prévenue, dit-elle. Pour moi, même malade, un enfant reste un enfant. »


Ici, les jeunes travaillent différemment. « Avant l’atelier, ils réalisent une bande dessinée qui met en scène deux insectes. Je pars de ces personnages pour leur raconter mes histoires. Je suppose que l’atelier les sort de leur quotidien pendant quelques instants, et j’espère que ça leur fait du bien. »

Bénévole comme tout Innovateur (et ça étonne les professeurs), Véronique reconnaît que la préparation d’un atelier n’est pas toujours chose facile : il faut tout organiser, transporter son matériel, l’ordinateur, les vitrines d’insectes… Elle l’avoue : oui, parfois, c’est un peu dur de se mettre en route. Mais le plaisir qu’elle donne et qu’elle reçoit la récompense au centuple. « Dès que j’arrive dans l’école, je suis vraiment heureuse et je retrouve le même enthousiasme à chaque fois. Pour les enfants, je pense que le fait que quelqu’un vienne de l’extérieur est une chose intéressante : je ne suis pas enseignante, ma méthode de travail est différente et je présente quelque chose de nouveau, aussi les enfants sont-ils attentifs. Les professeurs posent également beaucoup de questions : certains se tiennent au fond de la classe et lèvent la main! Finalement, j’apprends autant aux jeunes qu’aux adultes… »

Ne vous fiez pas aux apparences, Véronique Martel a tout du savant fou : la passion de la recherche, la soif de connaissance, et une curiosité intellectuelle insatiable. À cette différence près : animée d’une immense générosité à faire partager son savoir, elle sait ouvrir toute grande la porte de son laboratoire… et faire briller les yeux des enfants

Ne vous fiez pas aux apparences!

Les insectes sont trompeurs, facétieux, ingénieux; ainsi, pour se défendre de tous les dangers, certains n’hésitent pas à endosser les couleurs de l’environnement dans lequel ils se trouvent, jusqu’à s’y confondre, et le caméléon fait alors figure de débutant ! Imaginez : des papillons qui se prennent pour des feuilles mortes, des phasmes capables d’imiter des branches d’arbuste, des mouches qui se déguisent en guêpes pour faire croire qu’elles sont méchantes…



Michelle Chanonat

Collaboration spéciale

 



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