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Innovateur depuis une dizaine d’années,
Hugues Gilbert est ingénieur et directeur du Développement
stratégique à l’Agence spatiale canadienne. |
Depuis sa formation, le réseau des Innovateurs à l’école et à la bibliothèque fait vibrer les neurones de quelque 200 000 jeunes de 5 à 16 ans, dans les régions de Montréal, Laval, Québec, mais aussi des Laurentides, de Lanaudière, de l’Estrie, de l’Outaouais, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et, depuis 2006, de la Montérégie. De l’utilité des bactéries à l’histoire de l’exploration spatiale, presque tous les champs du savoir y sont racontés, animés, construits et déconstruits. En direct et sur mesure… |
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| Première édition du Guide des Innovateurs |
Petit projet deviendra grand Initié en 1994 par Industrie Canada, le programme naît du désir de promouvoir auprès des jeunes la science et la technologie, roues motrices de la nouvelle économie du savoir. La plupart des provinces canadiennes y participe. Les premiers scientifiques sollicités pour animer des activités de vulgarisation sont surtout les récipiendaires des bourses du Canada. Une semi-réussite : le gouvernement fédéral mettra le projet au rancart deux ans plus tard. Mais la SPST refuse de voir mourir les Innovateurs et décide de garder le programme sous son aile. Elle s’allie la participation d’autres partenaires, tels que le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (anciennement ministère de la Science et de la Technologie), Nortel Networks, Merck Frosst, et le Conseil de Recherche en Sciences Naturelles et en Génie du Canada (CRSNG). Cette fois, la roue est belle est bien lancée. Treize ans ont passé, les Innovateurs sont plus populaires que jamais, les écoles se les arrachent. À tel point que les candidats manquent parfois à l’appel (à bon entendeur...). Ils font en moyenne trois sorties par année, se déplacent gratuitement, imaginent eux-mêmes le matériel d’expérimentation… Bref, une véritable implication sociale. Jusqu’à présent, 350 scientifiques ont endossé, à un moment ou un autre de leur carrière, le chapeau d’Innovateur. |
Les scientifiques ne savent pas communiquer? Lorsque le programme a été lancé, plusieurs observateurs s’accordaient à dire que c’était de la folie : les scientifiques ne savent pas communiquer! Les Innovateurs ont vite fait la démonstration que les scientifiques peuvent être d’excellents vulgarisateurs. Pour un peu qu’ils soient allumés et motivés à partager leur savoir. Les touts premiers d’ailleurs étaient surtout des « décrocheurs » de la science. Comme quoi, le chemin de l’innovation et de la découverte n’est ni droit ni prévisible. Une chose est sûre : il n’y a pas de bons modèles en science, mais une multitude de parcours, de personnalités et de façons de faire… |
Figures libres
En 2003, l’expérience « Lire pour comprendre » à l’école secondaire Georges Vanier a su officialiser un mariage pourtant tout naturel – des livres, des gens et des enfants – en faisant travailler de conserve une bibliothécaire et des scientifiques bénévoles autour d’une classe de jeunes en difficulté. Autre preuve que la formule des Innovateurs peut se décliner de bien des façons : au printemps dernier, une douzaine d’Innovateurs choisissaient d’investir une école primaire pendant une nuit entière pour initier les enfants à l’observation des astres… Et, depuis une année, l’équipe des Innovateurs d’Hydro-Québec a ouvert un avant-poste du programme sur la Côte-Nord et le Bas Saint-Laurent, et est prête à investir, à la demande des enseignants, toutes les régions du Québec! |
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| L'Innovateur Bernard Dubreuil en visite à l'École Pointe-Olivier, à Saint-Mathias-sur-Richelieu. |
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Relancer le bénévolat scientifique Tous ces projets, portés à bout de bras par des hommes et des femmes que rien n’obligeait, a priori, à se lancer dans l’aventure, témoignent d’un certain regain de vigueur du bénévolat scientifique. Une bonne nouvelle. Yves Gingras, professeur d’histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), et auteur du livre Pour l’avancement des sciences(1) a situé la problématique de l’évolution du bénévolat scientifique. Son étude, qui porte sur les soixante-dix premières années de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences, apporte la conclusion suivante : l’implication des scientifiques bénévoles est en déclin par rapport aux années 50-60, années durant lesquelles les scientifiques étaient plus sensibles à l’enseignement des sciences au niveau secondaire. Mais quelle est l‘origine d’un tel changement? « Au fil des ans, les scientifiques sont devenus plus impliqués au niveau de la recherche et se sont refermés sur le milieu universitaire, laissant ainsi la vulgarisation scientifique pour les jeunes aux mains d’un nouveau groupe, celui des communicateurs scientifiques », explique t-il. « L’ACFAS a joué un rôle central dans la formation de la communauté scientifique québécoise. Elle avait réussi, grâce à des subventions gouvernementales, à relancer la pratique du bénévolat des années 50 en réintroduisant dans les écoles secondaires les conférences scientifiques offertes par des chercheurs. Mais, suite aux coupures des subventions, le programme a été abandonné », déplore l’auteur.
L’an dernier, le travail des Innovateurs à l’école et à la bibliothèque a d’ailleurs été salué par la Fédération des centres d’action bénévole du Québec (FCABQ). Qui sait si le bénévolat scientifique ne sera pas un jour considéré comme une activité d’utilité publique…
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Le bénévolat
scientifique, ça fait du bien à l’âme. « Ces
rencontres avec les jeunes me donnent beaucoup d’énergie
et de plaisir. J’ai l’impression d’ajouter une pierre
à l’édifice, d’ouvrir des horizons nouveaux
et d’être impliquée socialement en tant que scientifique…
Que du bonheur! » « Je
veux démystifier le dédain pour les « faux cools »
– ces jeunes qui croient à tort que seuls les nerds étudient
les sciences. Ça m’a toujours révolté, c’est
pourquoi j’aime prendre le temps de leur montrer les multiples facettes
tripantes de mon métier. Et si je peux prévenir le décrochage
chez les jeunes et surtout dans les milieux défavorisés,
je fonce! »
« On
ne fait pas de la recherche pour soi, mais pour la communiquer. Bien sûr,
il y a les publications dans les revues scientifiques, mais l’information
doit être diffusée plus largement. La culture en sciences
est nécessaire si l’on veut comprendre le monde dans lequel
on vit et ce qui se dit dans les médias. Sans une culture de base,
on dit et on croit n’importe quoi. Dès que j’arrive
dans l’école, je suis vraiment heureuse et je retrouve le
même enthousiasme à chaque fois. Pour les enfants, je pense
que le fait que quelqu’un vienne de l’extérieur est
une chose intéressante : je ne suis pas enseignante, ma méthode
de travail est différente et je présente quelque chose de
nouveau, aussi les enfants sont-ils attentifs. Les professeurs posent
également beaucoup de questions : certains se tiennent au
fond de la classe et lèvent la main! Finalement, j’apprends
autant aux jeunes qu’aux adultes… » « Les enfants sont tellement généreux. Certaines classes m’ont envoyé de belles cartes avec des fleurs par la poste. Ça fait chaud au cœur. Tout le monde peut exercer le métier qu’il veut, qu’on soit une femme ou un homme. J’espère donner l’exemple aux filles qu’il est possible d’exercer un métier dit “masculin”. Même si les femmes sont plutôt rares dans le monde de la recherche, il ne faut pas s’arrêter à cette barrière psychologique! Par ma présence, j’espère du même coup modifier, auprès des petits garçons, l’image qu’ils ont souvent d’un monde scientifique dominé par les hommes. » Nadine Beloin, biologiste, chercheure chez Codena inc. « Lorsque
j’étais élève, mes professeurs n’ont
pas réussi à me donner le goût des sciences. C’est
une émission de télévision qui me les a fait voir
sous un autre jour. Il faut avoir de l’imagination, savoir organiser
des jeux et partager son plaisir et la beauté de la science. C’est
cela que proposent les Innovateurs. »
« L’espace
m’a beaucoup donné, la société a beaucoup investi
en moi et ma participation à ce programme n’est finalement
que le retour du balancier. En présentant cet atelier, je pense
pouvoir stimuler les jeunes, leur fournir d’autres modèles
de héros. J’aime à penser que mon implication fait
tourner une grande roue. » « J’ai
le mandat de vulgariser la recherche auprès des pomiculteurs, mais
je crois que cela fait aussi partie de mon travail de le faire avec les
enfants. Voir leurs yeux pétillants, leur soif de connaissances,
c’est une récompense inestimable. » « J’ai
beaucoup apprécié l’expérience de ma première
présentation, surtout devant des élèves du primaire
et des premières années du secondaire. J’ai été
séduit par la spontanéité de ces jeunes et je voulais
leur montrer que l’on peut être créatif même
dans un laboratoire! » |