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| Mots-clés : environnement, science, éducation, territoires |
En région parisienne, les enjeux environnementaux liés à l’urbanisation ont leur biennale, comme l’art contemporain à Venise : le festival « Terre en tête ». Gratte-ciel, écoles et espaces verts y deviennent, pendant quelques jours, des lieux d’expositions, d’animations et de débats sur le développement durable et l’écologie urbaine. Un exemple de mutualisation des savoirs et de participation citoyenne, dont l’organisateur, le département de Seine-Saint-Denis, n’est pas peu fier. Entretien avec la responsable, Mme Élizabeth Cuvelier. Qu’est-ce qui vous a incité à lancer cette première biennale de l’environnement ? Le département de Seine-Saint-Denis compte 1,5 million d’habitants, dont 30 % a moins de vingt ans. C’est une zone très densément urbanisée, avec un passé industriel qui marque encore très fort son paysage. 60 % de sa population est ouvrière et le taux de chômage, plus haut que la moyenne nationale, est de l’ordre de 11,8 %. Ces composantes humaines, sociales, économiques et environnementales ont des incidences sur le cadre de vie des habitants. Depuis de nombreuses années, nous nous penchons sur ces questions de fond pour établir une réelle politique de développement durable. En travaillant sur ces problématiques, nous nous sommes aperçus qu’un grand nombre d’acteurs s’y intéressaient également et que la population avait une forte attente sur ces questions en matière d’information et de débats. |
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Comment avez-vous obtenu la participation du public sur des enjeux aussi complexes que l’environnement ou le développement durable ? Une grande partie de la population possède un faible niveau de formation, et nous prenons bien soin, avec nos partenaires institutionnels, associatifs et privés, d’élaborer des espaces d’éducation populaire comme des expositions, des ateliers et des débats. Nous avons aussi réalisé des documents pédagogiques sur les enjeux présentés à la Biennale, car avec une meilleure compréhension de ces enjeux, les citoyens prennent plus facilement la parole. Évidemment, le moteur essentiel de cette participation citoyenne réside dans la programmation qui est proposée au grand public et nous abordons des enjeux et des problématiques locaux, qui touchent de près la population et les collectivités. Et quels sont ces enjeux ? La question des transports fait partie de nos priorités, car nous disposons d’un réseau très dense qui englobe un aéroport, quatre autoroutes et des lignes ferroviaires qui contribuent à accentuer les nuisances sonores et les émanations de gaz à effet de serre. Le département possède également un grand nombre d’anciens terrains industriels qui nous préoccupent, car la plupart renferme des polluants, tel l’amiante, et leur décontamination coûte très cher. Nous sommes également préoccupés par les questions de santé reliées au travail, car nous concentrons, sur notre territoire, le taux le plus élevé de cancers d’origine professionnelle en Île-de-France. Enfin, malgré la forte concentration urbaine de notre région, nous investissons beaucoup dans la préservation de la biodiversité. En l’espace de 10 ans, nos espaces verts sont passés de 0,80 m2 à 12 m2 par habitant. De plus, l’Europe vient d’accorder à notre département le label « Natura », en reconnaissance des efforts investis dans la conservation de cette diversité écologique. Nous en sommes très fiers, car nous sommes les premiers en région parisienne à l’avoir obtenu. |
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La programmation de « Terre en tête » aborde souvent ces enjeux sous l’angle politique, en interrogeant notamment la part de responsabilité des pouvoirs publics et le rôle joué par l’économique. Quelle est la part du politique et celle du scientifique dans cette programmation ? Les enjeux reliés à l’environnement et au développement durable traversent autant l’espace scientifique que l’espace politique. Il est vrai que la science fait parfois peur, pour ne pas dire souvent, ce qui peut conduire à des effets néfastes à cause d’une mauvaise compréhension des enjeux. Grâce au maillage que le département a réussi à établir avec les centres de recherche et les entreprises privées, nous tentons de rapprocher les chercheurs des citoyens et nous veillons à ce que chaque thème soit abordé avec des scientifiques. D’ailleurs, nous menons aussi une politique volontariste de culture scientifique dans les écoles pour sensibiliser les jeunes. Tout au long de l’année, et durant la Biennale, nous accueillons plus de 6 000 jeunes en âge scolaire. Mais nous savons aussi que sans engagement politique clair, des initiatives comme la Biennale n’existeraient pas. Il nous paraît aussi primordial de débattre des questions essentielles qui peuvent avoir un impact sur toute la population. La confrontation d’idées est enrichissante quand elle est menée dans le respect de l’autre. Il y a deux ans, par exemple, nous avons réuni des syndicats, les pouvoirs publics, la régie française de l’électricité et Greenpeace, sur la question des sources d’énergie et, au-delà des opinions de chacun, le débat a montré des convergences d’idées. |
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Puisqu’elle comporte aussi une dimension politique, la Biennale mène-t-elle à des engagements et à des actions concrètes ? La Biennale n’est qu’un moment dans un processus qui se construit dans la durée, une rencontre qui permet de bâtir des solutions concrètes avec l’ensemble des partenaires. C’est ainsi qu’un projet de déchetterie pour les industries du bâtiment a récemment vu le jour. Le département de Seine-Saint-Denis, en tant qu’administration publique, prend aussi des engagements clairs à la suite des débats de la Biennale. Il a déjà mis à la disposition du public une cartographie du bruit et mis en place un réseau de surveillance du cancer. Avec les partenaires locaux et régionaux, il prépare également un plan de lutte contre le réchauffement climatique et les émissions de polluants. Lors de la dernière Biennale, en 2006, le Conseil général s’est aussi engagé à créer une Maison de la citoyenneté et de la vie écologique qui pourra prolonger, tout au long de l’année, les réflexions et les rencontres initiées durant la Biennale.
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