Mots-clés : astronomie, culture, exposition
Des dieux guerriers métamorphosés, des animaux joueurs, des légendes pour raconter la naissance des étoiles… « La représentation scientifique du ciel n’est qu’une représentation parmi d’autres, au même titre que la représentation culturelle, artistique, philosophique », croit Olivier Las Vergnas, directeur de l’Association Française d’Astronomie (AFA). Pourquoi, dès lors, ne pas utiliser cette richesse au service de la culture scientifique ? C’est le parti pris qu’a choisi l’AFA en montant l’exposition « Ciel, miroir des cultures », une aventure pédagogique toute en couleurs et en poésie, téléchargeable gratuitement, dont M. Las Vargnas nous dévoile quelques pans.
 

Ce désir d’expliquer le ciel

« Là où les télescopes nous donnent aujourd’hui à penser les étoiles comme d’énormes bulles de gaz brûlant, certaines tribus Inuites voyaient des lacs brillants dans l’herbe noire et les Grecs, des trous dans la voûte céleste qui laissaient entrevoir les feux sacrés. Certaines civilisations ont par ailleurs laissé leur empreinte dans les représentations contemporaines du ciel. C’est le cas de la civilisation gréco-romaine, dont nous héritons du nom d’une multitude d’étoiles », explique Olivier Las Vergnas.

« Même si, aujourd’hui, les moyens d’investigations se sont considérablement perfectionnés, la quête de l’origine et du sens de la vie reste toujours aussi vive. D’où venons-nous ? Où allons-nous ? L’univers a-t-il un sens ? Des questions qui motivent toujours notre désir d’interpréter ce ciel omniprésent et qui sont à l’origine d’évolutions majeures dans les connaissances scientifiques. »

 
 

Prendre le pouvoir par le ciel

Depuis la nuit des temps, on fait référence au ciel pour trouver des repères et anticiper les besoins des travaux agricoles, prévoir les migrations ou encore les inondations. « Pour les Égyptiens, par exemple, le levé de Sirius juste avant celui du Soleil annonçait les crues du Nil qui allaient apporter les sédiments indispensables à la fertilisation des sols. Mais au-delà de cette dimension de régulation sociale, le ciel est aussi dans certains contextes un instrument de pouvoir. Qui contesterait la légitimité de celui qui peut prouver qu’il vient du ciel, qu’il sait interpréter ses variations et qui communique avec les astres ? C’est ainsi que les astrologues babyloniens et les prêtres égyptiens ou mayas ont imposé une lecture du ciel pour asseoir leur autorité », poursuit M. Las Vergnas.

Prédire l’avenir à travers les astres est aussi une constante de toutes les époques. Tous les phénomènes rares ou incompris sont redoutés. En Amérique du Sud, les éclipses annonçaient l’arrivée de la maladie. Bien des colons ont fait passer des phénomènes astronomiques pour des manifestions de la colère de leur dieu aux populations autochtones. Plus proche de nous, le passage de la comète de Haley en 1910 a terrorisé des milliers de personnes persuadées que sa queue était composée de gaz mortel. À cette époque, les comètes n’avaient pourtant plus rien de magique ou de sacré…

Mais depuis le siècle dernier, la nature du pouvoir que confère le ciel a profondément changé : avec l’avènement de la course à l’espace, le cosmos devient désormais un enjeu de propriété, une démonstration de la puissance des Nations.

 
 

Se projeter dans le ciel

« Sur un plan plus individuel, les astres nous offrent un espace pour nous rassurer de la peur de la mort, implorer les dieux, prédire notre avenir ou encore plus simplement rêver. Dans de multiples cultures, le ciel est considéré comme un passage entre la vie et la mort. La voie lactée est ainsi perçue par certains peuples comme un pont reliant le monde des vivants à celui des morts. Le lien entre le ciel et la mort est encore aujourd’hui présent dans de nombreuses civilisations. L’astrologie et les religions ont d’ailleurs largement exploité cette dimension. »

Le ciel est aussi un écran de projection des rêves et un terreau fertile pour l’imagination. Et nombreux sont les artistes qui ont ainsi exploré notre environnement céleste. « Peu à peu, un imaginaire collectif s’est ainsi construit autour du ciel. La science-fiction nous propose par exemple de penser l’univers dans des contextes où l’espace et le temps sont finalement bien relatifs. Notons qu’entre convictions et connaissances reconnues, la distinction n’est pas toujours nette. Par exemple, astrologie et astronomie n’ont été dissociées qu’à partir de la Renaissance. »

 

Voir disparaître le ciel

L’exploration du ciel se fait désormais par procuration. Les sondes vont toujours plus loin et les outils utilisés sont de plus en plus perfectionnés. La découverte de nouveaux mondes devient virtuelle. La multiplication des images spectaculaires banalise ce territoire qui des siècles durant a été une source insatiable de mythes, de craintes, de croyances et d’espoirs. Notre rapport contemporain à l’espace s’en trouve profondément changé.

Dans le même temps et directement aux prises avec notre quotidien, l’urbanisation galopante et la pollution lumineuse qu’elle engendre met en péril notre capacité à voir le ciel nocturne. Un état de fait préoccupant pour Olivier Las Vargnas. « Si nous ne pouvons plus voir les constellations, la voie lactée, les étoiles filantes, et y projeter notre imaginaire et notre humanité, comment pourrons-nous encore imaginer, rêver et penser notre place dans l’univers ? Allons-nous finir par penser de nouveau que nous en sommes le centre ? À moins que ce ne soit déjà le cas… »

 
 

Si le ciel m’était conté

Pour garder la tête dans les étoiles, plus d’une quarantaine de contes et légendes sur le ciel, issus de diverses cultures et époques sont également téléchargeables sur le site de l’AFA. Une occasion rêvée d’aborder l’astronomie par l’imaginaire. On y apprendra par exemple comment Zeus, en attrapant deux ours par la queue, les fit tournoyer jusqu’au ciel. La « Grande Ourse » et la « Petite Ourse » venaient de prendre place au milieu d’autres constellations.

Les contes proposés illustrent parfaitement à quel point notre représentation du ciel est contextuelle. Par exemple, l’ensemble d’étoiles que nous appelons communément « Grande Ourse » était appelé par les Égyptiens « la Jambe de Bœuf ». Elles symbolisaient une puissance maléfique qui pour être apaisée a dû être entourée de constellations destinées à la surveiller pour l’empêcher de nuire. Les Égyptiens ont donc installé des déesses et des dieux à ses cotés.

 

Des ressources téléchargeables

Comme le précise Olivier Las Vergnas, « L’ordre des panneaux de l’exposition a été pensé dans une logique de progression pédagogique mais chaque affiche peut également être utilisée de façon indépendante pour exploiter un thème précis. »

 

Ainsi, pour alimenter et compléter l’exposition, de nombreux articles et sites Internet sont conseillés dans un espace de téléchargement nommé « centre de ressources dédié ». Chaque point abordé est ainsi documenté par des articles très pertinents qui ont étés publiés par la revue Ciel et Espace de l’AFA. Les sites Internet conseillés sont quant à eux très variés : sites d’agences spatiales, pages de passionnés et fonds d’archives. Autant de pistes pour explorer la constellation des sites sur l’astronomie de la toile…

L’AFA rend disponible l’exposition « Le ciel miroir des cultures » ainsi que toutes les ressources qui lui sont associés sur son site Internet. Tous ces outils sont utilisables gratuitement. Il convient cependant de ne pas tronquer les textes ni d’isoler les images.


Jérôme Elissalde

Collaboration spéciale

 



Pour en savoir plus :
www.afanet.fr




Imprimer cet article

Imprimer tout le magazine

Envoyez cet article à un ami

@
Pour nous écrire : af@spst.org