Mots-clés : changements climatiques, Arctique, science, livre
L’Arctique n’en finit pas de fondre. Et on n’a pas fini d’en entendre parler. La sécheresse menace l’Afrique ? C’est triste, mais c’est loin. Des ouragans ravagent le continent indien ? Mille fois hélas, mais cet « ailleurs » semble inaccessible. L’Arctique, lui, est à nos portes, et les conséquences du réchauffement climatique sur la banquise propulsent le Canada au centre d’un immense tourbillon médiatique. Un livre, paru cet automne aux éditions Boréal/Névé, fait le tour de la question : Perdre le Nord ? porte bien son titre…
 
La journaliste scientifique Dominique Forget – qui collabore régulièrement à Pluie de science – a tissé le fil de cet ouvrage qui informe, étonne et questionne. Pour ce faire, elle s’est appuyée sur l’expertise et les témoignages de plusieurs « grands noms » de l’Arctique, la crème de la crème des experts : parmi eux, Louis Fortier, directeur scientifique du projet Arctic.net, Dominique Berteaux, spécialiste de la biodiversité nordique à l’UQAR, Bruno Tremblay, glaciologue à l’Université McGill, la juriste Suzanne Lalonde, spécialiste des questions de souveraineté territoriales à l’Université de Montréal, et Mary Simon, présidente de l’association Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) (The National Inuit Organization in Canada).
 
 
Érosion des berges à Shishmaref, en Alaska.
 

Ainsi fond fond fond

Saviez-vous que l’année 2005 détient le record de l’année la plus chaude depuis que l’on dispose de données d’enregistrement ? Et que les années 2002, 2003, 2004 et 2006 suivent tout près derrière ?

Que les habitants du village de Shishmaref, établis depuis 400 ans sur l’île de Sarichef à 8 km de la côte de l’Alaska, sont menacés d’évacuation à cause de la crue des eaux de l’océan Arctique et des tempêtes de plus en plus fréquentes ?

Que dans 40 ans, il risque de ne plus y avoir de glace en été au Pôle Nord ? Les climatologues prédisent même l’inimaginable : d’ici 2040, le passage du Nord-Ouest pourrait bien être entièrement libéré des glaces durant l’été. Qu’est-ce que cela suppose ? Une ouverture à la navigation maritime, l’exploitation de ressources naturelles auparavant inaccessibles, et, inexorablement, des démêlés juridiques complexes jumelés à des confrontations entre les gouvernements canadien, américain, européen et asiatique. Pourquoi ? Parce que le Canada pourrait alors perdre ses droits sur la région, toute voie maritime reliant deux océans faisant partie des eaux internationales…

Ce livre captivant est ainsi truffé de nouvelles données scientifiques, écologiques, économiques et juridiques qui soulèvent bien des débats. L’ouvrage très dense n’en demeure pas moins clair et accessible. Perdre le Nord ? répond à une foule de questions : Pourquoi les changements climatiques sont-ils plus prononcés au nord du 60e parallèle ? Pourquoi les tempêtes y sont-elles plus fréquentes et plus violentes ? Certains pays auraient-ils vraiment trouvé la formule miracle pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre ? Les informations y sont de première main, et toutes récentes : certaines remontent au mois d’août 2007, un mois tout juste avant la sortie du livre en librairie !

 
Dominique Forget (Photo Nathalie St-Pierre)
 

On nous dévoile notamment qu’au cours de cette année 2007, la banquise arctique a diminué de 20 % de sa superficie à cause de la fonte, ce qui équivaut à 1 million de km2. Dominique Forget nous explique également pourquoi la fonte de ces glaces pourrait avoir des conséquences socioéconomiques aussi importantes qu’environnementales. À ce sujet, elle site l’US Geological Survey qui estime que le quart des réserves pétrolières et gazières mondiales non encore découvertes se trouvent dans l’Arctique. Les multinationales voient donc là un nouvel Eldorado. On parle de 136 milliards de tonnes d’hydrocarbures, mais aussi d’étain, d’or, de nickel, de manganèse, de plomb, de platine et même de diamants. On imagine déjà que cette situation risque fort de contraindre le gouvernement canadien à redéfinir ses politiques territoriales. Sans oublier qu’au-delà de ces possibles conflits à venir, il y aura toujours – en fait, on l’espère – une nature à préserver et des populations autochtones, dont le territoire menacé, devra être protéger.

Le livre de Dominique Forget est également enrichi de nombreux tableaux explicatifs et de superbes photos en plus de se terminer par une postface empreinte d’émotions et d’inquiétudes signée par l’explorateur Bernard Voyer.

 

On termine ce livre en fermant les yeux, plongé dans une profonde réflexion. À ranger dans sa bibliothèque à côté du toujours très actuel Vivre les changements climatiques, du biologiste Claude Villeneuve (éditions MultiMondes), dont la troisième édition a été revue et augmentée pour tenir compte des données et des événements les plus récents.


Danielle Goyette

Collaboration spéciale

 



Perdre le Nord ?
www.editionsboreal.qc.ca

Vivre les changements climatiques
http://multim.com




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