Pluie de science
Numéro 30, Hiver 2008

Dossier thématique : Spécial « Éducation relative à l’environnement »
La jeune garde de l’environnement

Mots-clés : changements climatiques, éducation relative à l’environnement, Montréal

Daniel a compris le message. Il se tient à côté de la clôture et il est prêt. Prêt à quoi ? À coller une contravention à un automobiliste qui laisse tourner son moteur inutilement. Ou, plutôt, un billet de courtoisie, parce que Daniel n’a que 10 ans. Mais pour lui, c’est du sérieux. Ce n’est pas parce qu’il est encore un enfant qu’il ne peut pas participer à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). C’est sa façon à lui de faire sa part. Ou, plutôt, c’en est une de la Ville de Montréal qui, elle, donne des contraventions bien réelles.

« L’éducation relative à l’environnement est la contrepartie des outils réglementaires : cela permet de travailler au niveau du citoyen et de lui donner le goût d’agir », soutient Jacques Tremblay, conseiller en planification à la direction de l’environnement à la Ville de Montréal. À la fin de l’année 2006, plus de 2 800 employés chauffeurs de la Ville avaient d’ailleurs reçu une formation concernant le ralenti inutile. Et ce n’est qu’un début. La métropole déploie, depuis l’automne 2006, des stratégies pour les jeunes de 8 à 10 ans et, depuis l’automne 2007, pour les tout-petits. L’objectif : qu’ils réfléchissent en classe sur cet enjeu environnemental et qu’ils en parlent à leurs parents ! Des cartes postales explicatives ont d’ailleurs été produites à cet effet et pleuvent depuis sur les foyers…

« Les changements… quoi ? »

« On ne pouvait pas demander aux enfants de distribuer cette carte postale sur le ralenti inutile sans leur expliquer pourquoi », explique M. Tremblay. Pour donner un sens à ce geste, une fiche pédagogique à l’intention des enseignants, « Ma planète a de la fièvre ! », a été produite en collaboration avec la Commission scolaire de Montréal. Sans que la Ville puisse en évaluer les retombées, 100 000 cartes postales ont été envoyées dans 300 écoles montréalaises, pour près de 65 000 élèves, lors du premier déploiement en novembre 2006.

« Très peu d’enfants savaient ce qu’étaient les changements climatiques, et ça les inquiétait beaucoup : certains ont même demandé s’ils allaient mourir ! », raconte Christiane Vézina enseignante à l’école primaire Saint-Louis-de-Gonzague. Ses élèves ont appris que leur planète a de la fièvre. Qu’elle ne se sent pas très bien, comme nous-mêmes, lorsque nous sommes fiévreux. Et que sa température moyenne a déjà augmenté de 0,6°C depuis que leur grand-papa est né. Et que cette hausse se poursuit.

Pour comprendre la fièvre de la Terre, les élèves ont d’abord apprivoisé l’effet de serre en créant une serre avec son propre écosystème – terre, eau, feuilles et lampe chauffante. Mme Vézina a entrepris d’approfondir le sujet avec ses élèves qui, également guidés par l’actualité, voulaient en savoir davantage. C’est ainsi qu ‘elle a organisé une conférence téléphonique avec la biologiste, Pascale Otis, alors en expédition dans l’Antarctique à bord du voilier Sedna IV, afin d’y étudier les effets du réchauffement climatique. Une grande maquette colorée, que les élèves ont conçue, les a aidés à identifier des activités humaines responsables de l’augmentation des GES. Après quoi, ils se sont penchés sur les solutions au quotidien pour diminuer la fièvre de la Terre. Lui proposer de se reposer ou de boire beaucoup d’eau ne figurent pas parmi celles retenues : mieux vaut économiser l’énergie ou inviter ses parents à couper le contact.

Petite pousse deviendra grande ?

Mais les enfants discuteront-ils ou non du ralenti inutile – un bien petit geste pour certains – ou d’économie d’énergie avec leurs parents ? Jacques Tremblay admet que la limite de cette sensibilisation repose sur les épaules des jeunes. Et encore faut-il que l’information circule jusqu’au bout : le matériel est distribué par les commissions scolaires aux directions des écoles qui le remettent aux enseignants; ceux-ci sont invités à prendre de leur temps de l’utiliser avec leurs élèves, puis on demande à ces derniers de donner la carte postale à leurs parents pour leur suggérer à leur tour de couper le contact… Un cercle vertueux, finalement.

Mais il y a d’autres projets : comme ce concours de dessins où les enfants sont invités à approfondir et à dessiner les conséquences du réchauffement climatique sur la biodiversité. Ou encore, ce projet d’agent X du gouvernement du Canada (Biosphère), où l’enfant devient un véritable détective en environnement pour comprendre les changements climatiques et la pollution de l’air.

Quant à Daniel, il guette de bon cœur les automobilistes fautifs…


Marie-Soleil Desautels

Collaboration spéciale


Pour en savoir plus sur les changements climatiques et la Ville de Montréal : http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=916,3291492&_dad=portal&_schema=PORTAL

Le projet agent X : http://www.spst.org/servlet/FicheOutil?outils_id=1068

 

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